mercredi 30 novembre 2011

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud


Le sentiment religieux

Le malaise dans la culture qui est présenté assez fréquemment sous un autre titre, Le malaise dans la civilisation, ce qui est très équivalent, n'est pas un essai construit selon un plan rigoureux: il progresse au gré des éléments de réflexion qui s'ajoutent aux propos énoncés.
Au premier chapitre Freud fait état d'une correspondance avec Romain Rolland, à propos de la religion et complète ce qui a été dit dans L'avenir d'une illusion en 1927.

L'auteur de "Jean-Christophe" a fait part de ses propres réflexions après la lecture de L'avenir...Selon lui, elle est "un sentiment particulier qui ne le quitte jamais, qu'il a trouvé chez beaucoup d'autres, et qu'il peut présupposer chez des milliers d'autres. Un sentiment qu'il nommerait volontiers la sensation de l'éternité, un sentiment qui serait sans limite, sans bornes, pour ainsi dire "océanique".

                                               

Freud analyse, comme il se doit ces propos et, selon ses dires, cela ne lui pose guère de difficultés. Dans un premier temps, est énoncée la difficulté de travailler scientifiquement sur la notion de sentiment, ce n'est pas une démarche proprement scientifique, bien qu'il soit possible dans ce domaine de mesurer les signes physiologiques engendrés par cette forme d'activité mentale.
L'expression de Romain Rolland, qui restera célèbre et qui sera accommodée de différentes façons, présente un rapport avec la poésie: "le sentiment du lien indissoluble, de l'appartenance réciproque avec le Tout du Monde extérieur, possède toutes les caractéristiques d'une vision intellectuelle mêlée d'une tonalité affective..." La question qui se pose est de savoir si un tel sentiment "doit être reconnu pour fons et origo de tous les besoins religieux", ce qui entraîne l'auteur et, on le conçoit aisément, en direction d'une interprétation psychanalytique.

   
Le cheminement proposé par Freud est celui-ci: L'individu trouve la certitude la plus forte dans la perception de son propre moi qui lui apparaît " autonome, unitaire, bien isolé de tout le reste". La psychanalyse détermine et cela a été dit dans les articles précédents, que ce moi se prolonge vers l'intérieur (vers l'inconscient) qui se présente sans frontières nettes, jusqu'au ça (le réservoir des pulsions), le moi ne servant que de façade (de partie visible de ...). Par contre, vers l'extérieur, le moi "affirme des frontières visibles et nettes". Cependant, des états pathologiques, comme la psychose ou l'état amoureux, c'est Freud qui le dit, peuvent diluer la frontière entre le moi et l'objet (un autre corps pour l'état amoureux).
"Contre tous les témoignages des sens, l'amoureux affirme que le moi et le toi ne font qu'un    , et il est prêt à se comporter comme s'il en était ainsi..."

En ce qui concerne la pathologie proprement dite, le psychanalyste écrit: "...un grand nombre d'états dans lesquels la démarcation du moi avec le monde qui l'entoure devient incertaine, ou dans lesquels les frontières sont tracées de manière vraiment incorrecte; des cas où des parties de notre propre corps, et même des pans de vie de notre âme, perceptions, pensées, sentiments, apparaissent comme étrangers et n'appartenant pas au moi, d'autres où l'on impute au monde extérieur ce qui est manifestement né dans le moi et devrait être reconnu par lui. Ainsi le sentiment du moi est soumis lui aussi à des perturbations, et les frontières du moi ne sont pas constantes." ibid, p. 41      

   

Il est aussi évident que le sentiment de ce moi n'est pas inné, il a suivi un développement que le père de la psychanalyse nous décrit et même si aucune preuve ne peut étayer les étapes décrites à ce sujet cela est de toute évidence vraisemblable. Je ferai juste une courte aparté  à ce niveau, pour dire que la théorie freudienne n'est pas vérifiable au sens où on l'entend, par la science dure, on ne possède pas d'images photographiées ou radiographiées de l'inconscient et du ça. Les notions freudiennes sont critiquées, réfutées, Michel Onfray est par exemple un grand pourfendeur de Freud. Mais, c'est à ce même philosophe que j'emprunterai le meilleur compliment concernant celui-ci, glané dans son pavé (au double sens du terme, ouvrage important et pavé dans la mare): "Freud a énoncé une théorie vitaliste" et c'est éminemment important, vrai ou faux, en totalité ou en partie, l'enseignement de la psychanalyse permet à l'homme de se regarder un peu plus précisément, de mettre en perspective, ses pensées, ses actions avec sa propre histoire et celle de l'humanité et ce n'est pas si mal . L'aparté n'est pas si courte mais elle était nécessaire.

Le nourrisson donc n'isole pas son moi du monde extérieur qui est source de sensations. Il apprend à le faire par diverses excitations parmi lesquelles certaines se dérobent, et parmi elles se trouve celle qu'il désire  le plus, le sein maternel. Le sein nourricier s'oppose au moi, comme extérieur qui peut apparaître par une action particulière, les pleurs. Une autre impulsion au détachement du moi et à la reconnaissance d'un dehors est donnée par les véritables sensations de douleur et de déplaisir (se cogner, éprouver une chaleur trop vive...): "le tout puissant principe de plaisir commande d'éviter ce type de sensations" et il se forme ce que Freud appelle un moi hédonique dont les frontières seront rectifiées ensuite par l'expérience.

                                                            
                                                                                                                                                                      "Bien des choses auxquelles on ne voudrait renoncer, parce qu'elles dispensent du plaisir, ne sont pourtant pas moi, ce sont des objets, et bien des tourments, qu'on veut rejeter à l'extérieur, se révèlent pourtant inséparable du moi." Cela signifie que les frontières de ce moi hédonique primitif peuvent parfois échapper aux nécessaires rectifications de l'expérience et, en dépit de l'apprentissage effectué pour distinguer l'extérieur de l'intérieur qui est une des caractéristiques du principe de réalité.
A l'origine donc, suivant cette théorie, le moi contient tout, c'est le syncrétisme enfantin et, ensuite de ce moi fusionnel, se détachent un monde extérieur et un monde intérieur. Le sentiment actuel du moi "n'est plus qu'un monde rabougri d'un sentiment qui embrassait bien davantage et même qui embrassait tout". Ce moi correspondait à un lien intime avec le monde et, Freud considère que c'est ce type de moi qui, chez de nombreux hommes coexisterait avec le moi de la maturité "comme une sorte de pendant" et, ce serait l'origine de ce sentiment d'absence de frontières, d'un lien avec le Tout que Romain Rolland exprime par cette belle et poétique expression," un sentiment océanique". A propos de cette coexistence du primitif et de la construction adulte achevée, l'auteur remarque :"Dans le domaine de l'âme,...la conservation du primitif, à coté de ce qui en est issu et transformé,  est si fréquente qu'il est superflu d'en faire la preuve par des exemples. Le plus souvent, ce cas est la conséquence d'une scission dans le développement. Une certaine quantité d'une disposition, d'un mouvement fusionnel, se conserve inchangée, une autre a continué à se développer." ibid, chapitre 1.                 

Primitif tattou
         Notions complémentaires

Les principes freudiens

Principe de constance: ce principe a été énoncé à propos de l'appareil psychique qui tend à maintenir à un niveau aussi bas ou, tout au moins aussi constant que possible, la quantité d"excitation qu'il contient. La constance est obtenue d'une part par la décharge de l'énergie déjà présente, d'autre part par l'évitement de ce qui pourrait accroître la quantité d'excitation et la défense contre cette augmentation. Voc. de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis, PUF.

Principe de Nirvâna: ce principe désigne la tendance de l'appareil psychique à ramener à zéro ou du moins à réduire la plus possible en lui toute quantité d'excitation d'origine externe ou interne. "Le terme de Nirvâna, répandu en Occident par Schopenhauer, est tiré de la religion bouddhique où il désigne l'extinction du désir humain, l'anéantissement de l'individualité  qui se fond dans l'âme collective, un état de quiétude et de bonheur parfait." ibid.

Principe de plaisir: un des deux principes régissant selon Freud, le fonctionnement mental: l'ensemble de l'activité psychique a pour but d'éviter le déplaisir et de procurer le plaisir. En tant que le déplaisir est lié à l'augmentation des quantités d'excitation et, le plaisir à leur réduction, le principe de plaisir est un principe économique."Les pulsions ne chercheraient d'abord qu'à se décharger, à se satisfaire par les voies les plus courtes. Elles feraient progressivement l'apprentissage de la réalité qui ,seule leur permet, à travers les détours et les ajournements nécessaires, d'atteindre la satisfaction cherchée."ibid.

Principe de réalité: il forme couple avec le principe de plaisir qu'il modifie dans la mesure où il réussit à s'imposer comme principe régulateur. Envisagé du point de vue économique, le principe de réalité correspond à une transformation de l'énergie libre (l'énergie est dite libre ou mobile dans la mesure où elle s'écoule vers la décharge de la façon la plus rapide possible), en énergie liée (le mouvement vers la décharge est retardé et contrôlé). Du point de vue génétique, l'état libre de l'énergie précède, on s'en doutait, son état lié, celui-ci caractérisant un degré plus élevé de structuration de l'appareil psychique.
Le principe de réalité, du point de vue de la topique freudienne, correspond au système préconscient-conscient. la psychanalyse cherche à fonder, dans le travail effectué par le patient avec l'écoute de l'analyste, l'intervention du principe de réalité sur l'énergie pulsionnelle.

                                 

                                                                                                                                                      

lundi 14 novembre 2011

Le Malaise dans la culture, le point de vue de Freud


A propos du Malaise dans la culture, il faut préciser deux données plus ou moins éloignées l'une de l'autre. La première, est que Freud considère l'évolutionnisme de Darwin comme un acquis scientifique d'autant qu'il y trouve un appui pour sa théorie. Il accepte ainsi le point de vue d'Auguste Comte selon lequel l'humanité passe par différents stades, animiste puis religieux et scientifique. Cependant Freud va au-delà de cette grille de lecture puisqu'il met en parallèle ces différentes phases du développement avec celles de la sexualité infantile,ce qui place immédiatement sa pensée du côté de la psychanalyse et non pas de l'histoire. La deuxième est que dans cet ouvrage, il est fait plusieurs fois allusion à "l'histoire" racontée dans Totem et Tabou, celle de la horde primitive dominée par un père tyrannique se réservant la jouissance sexuelle de toutes les femmes. Le meurtre du père par les fils établissant une période de domination du droit maternel puis enfin, l'établissement d'une société culturelle dominée par les hommes. Ce récit est fondé sur une hypothèse de Darwin faite dans La descendance de l'homme. Il faut cependant adopter une attitude spécifique envers ces écrits anthropologiques: "cette narration freudienne possède le statut de mythe dans le sens où, un mythe est un récit qui permet d'expliquer certaines situations et certains faits actuels à des faits donnés, comme s'étant passés dans un autre temps, les deux temporalités, antérieure et actuelle, étant généralement séparées par une rupture forte",( Pierre Pellegrin, ibid ), l'expulsion d'Adam et Eve du jardin d'Eden étant un exemple de mythe fondateur.
Freud s'appuie donc sur des données, les différentes étapes du développement de l'humanité et le mythe de la horde sauvage, constituées d'origines diverses. Il s'agit des faits historiques, des productions culturelles, d'autres mythes, des matériaux cliniques venant de la pratique psychanalytique qui donnent un supplément de sens aux situations actuelles. Ces données peuvent être qualifiées de mythes scientifiques, vraisemblablement très proches de la réalité historique et anthropologique.






Pour en savoir plus

La loi des trois états d'Auguste Comte


Selon ce philosophe, la connaissance scientifique constitue la maturité de l'esprit humain qui a été acquise au cours d'une longue histoire. Les hommes adoptèrent dans un premier temps des explications théologiques du monde, par exemple, une tempête était expliquée par une colère des dieux du vent. Puis, les dieux furent remplacés par l'idée de forces abstraites et l'explication fut métaphysique, la tempête étant causée par "la vertu dynamique de l'air". Enfin, l'explication moderne, renonçant à imaginer la raison ultime des choses, attribua une cause positive ou scientifique de ce phénomène, c'est à dire, un déplacement d'air des hautes pressions vers les basses pressions de l'atmosphère.
Cette théorie a le mérite d'attirer l'attention sur le fait que l'attitude scientifique n'est pas spontanée chez l'homme et qu'elle est un produit tardif de l'histoire. La théorie freudienne n'a-t-elle pas le mérite d'attirer notre attention sur le fait que l'action humaine est soumises à une histoire personnelle, une histoire collective et que les éléments entremêlés des ces deux histoires constituent des forces qui nous échappent et que à partir de là, il convient d'être infiniment prudent sur les pensées, les théories, les idéologies qui induisent l'action? C'est la question que je pose d'une façon rhétorique car il est bien évident que la réponse est positive, au vu de l'état d'esprit et de cette sorte de chaos du monde actuel.

        Mieux connaître Auguste Comte, cliquer sur le lien ci-dessous; Encyclopédie de l'Agora:                                  
       http://agora.qc.ca/dossiers/Auguste_Comte 

Citation extraite de Totem et Tabou

 " Si les frères étaient associés, tant qu'il s'agissait de supprimer le père, ils devenaient rivaux dès qu'il s'agissait de s'emparer des femmes. Chacun aurait voulu, à l'exemple du père, les avoir toutes à lui, et la lutte générale qui en serait résultée aurait amené la ruine de la société. Il n'y avait plus d'homme qui, dépassant tous les autres par sa puissance, aurait pu assurer le rôle du père. Aussi les frères s'ils voulaient vivre ensemble, n'avaient-ils qu'un seul parti à prendre: après avoir surmonté de graves discordes, instituer la prohibition de l'inceste par laquelle ils renonçaient tous à la possession des femmes désirées. C'est peut-être de cette situation qu'est né le droit maternel et, qui a existé jusqu'au jour où il a été remplacé par l'organisation de la famille patriarcale."
 Freud,  Totem et Tabou, chapitre 5.

                                                                

     Totem et Tabou, l'ouvrage en ligne (gratuit): http://www.therapiesenligne.be/Freud_Totems_Tabous.pdf                            



                                                                                        

mercredi 9 novembre 2011

Le Malaise dans la culture, le point de vue de Freud

Les homologies freudiennes

Pour bien comprendre Le Malaise dans la culture, il est nécessaire de considérer le parallèle établi entre l'individuel et le collectif. La première homologie freudienne concernait la correspondance entre l'activité psychique du névrosé et le rêve. Puis Freud étendra l'homologie à l'enfance; l'enfant étant présent à la fois dans la névrose et le rêve. A partir de 1908, les relations entre l'individu et la société, notamment en ce qui concerne l'impact de la morale sexuelle, seront explicitées. Les oeuvres d'art, les mythes, les croyances, les règles sociales seront abordés comme autant de signifiants (comme le rêve et la sexualité infantile dont la névrose présents des manifestation) et seront  susceptibles d'une approche psychanalytique (ce que l'on oublie aujourd'hui).

La société, elle-même peut faire l'objet d'une psychanalyse. Freud dit à ce sujet: "Nous disions : dans le rêve et la névrose se retrouve l'enfant avec toutes les particularités qui caractérisent son mode de penser et sa vie affective. Nous ajouterons aujourd'hui: et nous y retrouvons encore l'homme primitif, sauvage, tel qu'il apparaît à la lumière des recherches archéologiques et ethnographiques".
Cette seconde homologie rend légitime de considérer qu'il y a eu une enfance de l'humanité et que celle-ci est parvenue à l'âge adulte et, qu'il y a un parallèle entre les processus culturels et le développement de l'individu.Freud à ce niveau s'aligne sur la théorie d'Auguste Comte de l'évolution de l'humanité.
Pierre Pellegrin signale dans les "Notes de l'Editeur" que si cette idée de départ est naïve (celle d'associer un peuple primitif à un stade de développement enfantin), elle a au moins la chronologie pour elle et, que toutefois, le fait de penser que les peuples dits "primitif" ou "sauvages" actuels sont restés dans un état d'enfance est proprement inacceptable, pour un anthropologue ou un historien d'aujourd'hui. Ce n'est pas la seule idée de Freud qui est inacceptable à notre époque, le politiquement correct ne retient du père de la psychanalyse que ce qui l'arrange (à ce propos, on peut se demander ce qu'il en serait des idées de Voltaire, de Diderot, de Montesquieu...)

Indiennes d'Amazonie
                                                   



en maintenance

dimanche 6 novembre 2011

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud


L'essai de Sigmund Freud, Le malaise dans la culture a reçu un accueil mitigé et a souvent été schématisé jusqu'au ridicule, à l'époque de sa parution. Beaucoup y ont vu "la pensée pessimiste d'un vieil homme rongé par un cancer de la mâchoire, se laissant aller à un pessimisme foncier à propos de l'irrépressible agressivité des humains", Le malaise, ibid... Pourtant, l'Europe s'apprêtait à vivre une période de totalitarismes qui la gangrénaient déjà et, qu'il était difficile de ne pas percevoir. Aujourd'hui, cette courte vue sur "Le malaise dans la culture" apparaît fausse et on peut considérer qu'il s'agit d'un écrit "où l'un des grands penseurs du XXe siècle expose, tout simplement, sa conception de la société humaine et sa philosophie de l'histoire".

Cette conception de la réalité sociale et de sa philosophie politique s'inscrit dans un environnement théorique. Freud y introduit le concept de narcissisme et sa nouvelle théorie des pulsions. La psychanalyse est passée, entre 1920 et 1930, d'une "figure" à l'autre. La première topique était constituée du conscient,  du préconscient et de l'inconscient, le sujet, le patient, étant invité à se servir de l'analyse comme un moyen de mettre à jour "un matériel inconscient en grande partie constitué de désirs inacceptables et refoulés". Le sujet se sert de la cure psychanalytique pour devenir "maître chez lui". La première théorie des pulsions opposait donc les pulsions du moi ou pulsions d'auto-conservation aux pulsions sexuelles désignées par le terme de libido.


Alors que la psychanalyse apparaissait comme une discipline optimiste et rassurante pouvant permettre à tout un chacun la mise à jour des déterminations inconscientes des individus "nerveux", promettant ainsi une meilleure adaptation dans la société, Freud va proposer une théorie dualiste qui met la pulsion de vie, Eros, face à la pulsion de mort, Thanathos. Le moi devient impuissant et hanté par l'autodestruction.

"Cette seconde topique est un positionnement philosophique et devient une grille de lecture universelle "s'appliquant au psychisme de l'homme, au monde vivant dans son ensemble et jusqu'en physique dans la polarité attraction-répulsion." Le malaise, ibid.
La première topique avait connu un accueil favorable aux Etats-Unis et la psychanalyse, devenue infréquentable, engendra une extraordinaire floraison de méthodes thérapeutiques (un peu comme l'extraordinaire floraison d'appareils à abdominaux venus d'outre Atlantique permettant soit-disant d'obtenir des  muscles d'acier et qui ne sont que des pâles copies des relevés de buste ou de jambes..). Ces méthodes refusent donc la vraie difficulté de la psychanalyse et les grandes entreprises conseillent ce type de thérapies. Autant marcher sur la braise.   

Quelques précisions sur les deux topiques de l'inconscient selon Freud.

La représentation la plus simple de l'appareil psychique est, selon Freud, la représentation spatiale ou topique. Le terme vient du grec ancien, topos, déjà utilisé par Aristote et étant même le titre de l'un de ses ouvrages, les Topiques, dans lequel il explique sa conception de la logique et du raisonnement.
Le Laplanche et Pontalis donne du concept freudien la définition suivante:

"Théorie ou point de vue qui suppose une différenciation de l'appareil psychique en un certain nombre de systèmes doués de caractères ou de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres, ce qui permet de les considérer métaphoriquement comme des lieux psychiques dont on peut donner une représentation figurée spatialement."   


Dans cette première topique l'Inconscient est une vaste antichambre dans laquelle se pressent les tendances de la libido qui échappent au regard de la Conscience, le Préconscient veille et refoule les tendances déplaisantes. Les tendances permises ne deviennent conscientes que "si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la Conscience" explique Freud. En attendant elles restent dans le Préconscient. Le refoulement consiste en ce qu'une tendance est empêchée de pénétrer dans le Préconscient. Elle reste enfouie dans l'Inconscient. Le fait de ne pas parvenir à mettre fin au refoulement dans l'analyse constitue une résistance. La Conscience étant une sorte de spectatrice,"elle joue le rôle de spectatrice au bout du salon" selon le mot de Freud.                               

   
La seconde topique, ci-dessus, est celle du ça, du Moi et du Surmoi, les pulsions du ça, Eros et Thanatos occupent et gouvernent la majeure partie de l'appareil psychique. Le Moi, Surmoi, et  l'Idéal du Moi sont en partie inconscients. Lacan dira que "nous sommes parlés " par des forces inconnues qui échappent à notre maîtrise. Le Moi est dominé par le principe de réalité, à l'extérieur et les exigences contraires du ça et du Surmoi (les interdits venant de l'éducation et de la culture, des tabous...). A noter aussi que le ça présente des pulsions contraires qui peuvent toutefois se mêler...

   
                                                                                                                                                                          à suivre...  

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud



Il est difficile de poser ou d'opposer une pensée philosophique à l'époque actuelle où les dictatures de renard, soumises aux puissances financières libérées, exonérées et même "décoliérisées" (comme disait Léo Ferré à propos de choses beaucoup plus agréables) s'organisent en meutes assoiffées de profits sans partage et de pouvoirs, afin de mettre les peuples à genoux et d'instaurer une globalisation dans laquelle le citoyen n'aura plus le droit à la parole. Le XXème  siècle a vu les massacres de masse au niveau mondial, le nazisme, le stalinisme, le génocide commis vis à vis du Peuple Juif, la guerre de Corée, d'Indochine, du Vietnam, Pol Pot, les sombres dictatures d'Amérique du Sud et bien d'autres choses encore. Le XXIème siècle s'annonce prometteur: le 11 septembre, la guerre en Irak, en Afghanistan, différents massacres ici ou là, des empoisonnements ou des pollutions perpétrés par les industries pharmaceutiques, chimiques ou nucléaires, le Printemps Arabe dont on ne sait quel sera son devenir, la crise des banques- casinos mettant, pour ne citer qu'eux des milliers d'Américains à la rue et, cerise sur cette poubelle, le "financiérisme" qui s'annonce comme un nouveau haut mal humain. Les nations ou les (vagues) conglomérats de nations sont dépecées, l'esclavage est réinventé, les droits sociaux sont combattus avec une férocité et une iniquité sans égales par une caste ou une clique politique et financière arrogante, coupée des réalités et se situant dans le droit fil de ceux qui ont commis les erreurs les plus nuisibles du siècle dernier.
L'Humanité est souffrante, le mal dont elle atteinte menace de s'aggraver singulièrement même si des espaces et des esprits en santé se manifestent en grand nombre. Pour retrouver un peu de sérénité et des points d'ancrage, penchons-nous sur ce que dit le bon Docteur Freud à propos de la culture.

                                                       

Le Malaise dans la culture, publié en 1930, est un texte majeur de Freud, plutôt oublié des psychanalystes mais il faut savoir que son auteur avait dit à l'époque: " Ce livre traite de la civilisation, du sentiment de culpabilité, du bonheur et d'autres choses du même genre et il me semble, assurément à juste titre , tout à fait superflu par rapport à mes travaux antérieurs qui procédaient toujours de quelque poussée interne." Cet essai ne traite pas en effet directement de la théorie psychanalytique, il n'apporte en particulier aucun remaniement notionnel, Freud y rapportant de façon allusive et rapide " ses thèses et ses trouvailles théoriques" (Pierre Pellegrin, notes de l'éditeur, Les livres qui ont changé le monde,2010). Mais " l' incursion opérée dans le domaine de la culture se conjugue bien avec le souci constant de son auteur de sortir la psychanalyse de toute dépendance envers la psychopathologie. D'où ce droit de regard que la psychanalyse s'arroge sur des phénomènes "normaux", individuels et collectifs, comme le rêve, le mot d'esprit, les productions artistiques, les légendes, les coutumes et les rites folkloriques." (ibid). La psychanalyse est différente de la psychiatrie.

Voici à ce sujet précisément un des éléments de définition de la notion de psychanalyse que je déduis de l'excellent ouvrage, Vocabulaire de la Psychanalyste de Laplanche et Pontalis au PUF que je recommande chaudement à tout lecteur intéressé par le sujet.


Trois niveaux sont distingués en ce qui concerne la définition de cette discipline fondée par Freud:
- Il s'agit d'une méthode d'investigation, de recherche consistant dans la mise en évidence du sens caché, inconscient, des paroles, des actes, des productions imaginaires telles que les rêves, les fantasmes, les délires d'une personne.Cette recherche s'effectue à partir des libres associations de l'analysant qui avec l'aide du psychanalyste, en donnera une interprétation. Freud dit: " Nous avons nommé psychanalyse le travail par lequel nous amenons à la conscience du malade le psychisme refoulé en lui...Les symptômes et les manifestations pathologiques du patient sont, comme toutes ses activités psychiques, d'une nature hautement composée; les éléments de cette composition sont en dernier ressort des motifs, des motions pulsionnelles..." Cité dans le Laplanche et...
- C'est aussi une méthode " psychothérapique " fondée sur cette investigation. Psychanalyse est synonyme de "cure psychanalytique" ou tout simplement analyse.
- Le mot désigne enfin l'ensemble des théories psychologiques et psychopathologiques basées sur la méthode psychanalytique.   

             à suivre...        

                                                                                                                          

Le nouvel ordre mondial pour les nuls