lundi 27 septembre 2010

Eléments définitionnels de la spiritualité

Un peu d'étymologie

Esprit vient du verbe latin spirare, souffler que l'on retrouve dans spiromètre par exemple, spiritus, souffle est le substantif qui désigne aussi l'âme.Si l'on considère le mot anima, âme et souffle, il apparaît que les noms signifiant souffle ont vocation à désigner les composants humains opposés au corps. En grec, esprit se dit pneuma et le lien sémantique entre souffle et esprit se retrouve dans les deux langues anciennes.

            

Le mot spiritus est donc à l'origine du nom spiritualité, spiritualitas. Il est appliqué dès le 5ième siècle avec un sens religieux opposé à carnalitas ou animalitas; le mot possède un sens philosophique pour désigner un mode d'être ou un mode de connaître; son opposé est corporalitas.
Dés l'Antiquité, le champ sémantique (les différents sens pour être clair) s'applique à tout ce qui n'est pas matériel ou charnel et désigne une caractéristique humaine essentiel, le fait d'être rattaché au Divin ou animé par lui. Dans le christiannisme, l'être spirituel est opposé à l'être charnel, à la nature animale de l'homme et à ses désirs.
Le mot spiritualité dans un emploi plus moderne se substitue de plus en plus au religieux et sa conceptualisation date des années soixante.


                                                  

mardi 14 septembre 2010

Une spiritualité sans Dieu, André Comte- Sponville




André Comte-Sponville est un professeur de philosophie, auteur de livres à succès: le "Petit traité des grandes vertus", le "Traité du désespoir et de la béatitude", "Le capitalisme est-il moral ?", "L'esprit de l'athéisme "  ...
Il s'agit d'un extrait d'une interview publiée dans le journal, "Nouvelles Clés", en 2007,  intitulée, "L'esprit de l'athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu " où le philosophe fait un rapprochement entre la philosophie et la spiritualité que d'aucuns trouveront audacieux.

" C'est vrai qu'en Occident cette expression semble paradoxale. On a été habitué, pendant vingt siècles d'Occident chrétien, à ce que la seule spiritualité socialement disponible soit une religion, au sens occidental du terme, c'est à dire une croyance à un Dieu, un théisme. On a donc fini par croire que les mots "religion" et "spiritualité" étaient synonymes. Il n'en n'est rien. Il suffit pour s'en rendre compte de prendre un peu de recul, aussi bien dans le temps du côté des sagesses antiques, que dans l'espace, du côté des sagesses orientales, spécialement boudhistes ou taoïstes. On découvre vite qu'il existe d'immenses spiritualités sans croyance à un Dieu ou une transcendance. C'est ce que j'appelle des spiritualités de l'immanence. Mon sous titre n'aurait pas du tout choqué un épicurien ou un stoïcien de l'Antiquité. Il ne choquerait pas un boudhiste d'aujourd'hui. Il n'est paradoxal que dans un univers monothéiste, et judéo-chrétien en particulier. Comme je suis athée, j'ai dû m'appuyer sur des traditions différentes, à savoir les sagesses grecques, d'une part, et les spiritualités orientales, d'autre part."





Vocabulaire:   


Immanence: désigne ce qui est propre à soi-même, ce qui est compris dans la nature d'un être et qui ne nécessite pas que l'on fasse appel à un principe extérieur.


spiritualité: aspiration personnelle qui se situe au-delà des besoins matériels ou des ambitions terrestres; elle concerne donc, dans un premier temps, la relation avec Dieu; elle est aussi associée à une quête d'éternité et de sens et s'appuie souvent sur une ascèse destinée à libérer l'individu de ses besoins terrestres.


Une spiritualité laïque se présente comme une vision universelle propre à chaque homme, un besoin d'unité avec une totalité( la Terre, le Monde, l'Humanité...), il s'agit d'un état d'être transcendant la matière; c'est également une recherche sur les valeurs d'empathie, de tolérance, de compassion et aussi sur des valeurs propres à une évolution personnelle telle que la compréhension, la vigilance, la concentration, le calme, le courage, l'élévation de l'esprit, la culture


antonymes: bling-bling, dogmatisme, idiotie, individualisme, lâcheté, ignorance, idolâtrie, suivisme, quiétisme, hystérie, agitation, consumérisme, superficialité, dyslexie...

                                      
                

lundi 13 septembre 2010

Recherche en direction d'une méditation laïque




"Celui qui brûle de connaître sa vraie nature doit d'abord comprendre qu'il s'identifie par erreur aux objets : «je suis ceci», «je suis celà». Toute identification, tout état est transitoire, par conséquent sans réalité. Identifier le «je » à ceci ou celà est la racine de l'ignorance. Demandez-vous ce qui est permanent au cours de toutes les phases de la vie. Vous découvrirez que la question : «qui suis-je?» n'a pas de réponse. Vous ne pouvez pas expérimenter ce qui est permanent dans une relation sujet/objet comme quelque chose de perceptible. Vous pouvez seulement formuler et expliquer ce que vous n'êtes pas. La continuité que fondamentalement vous êtes ne peut se traduire en mots ou se rationaliser. Être est non-duel, absolue présence sans éclipse, quelles que soient les circonstances."Jean Klein, La Conscience et le Monde, Editions Les deux Océans, Paris.

Soir d'été (Photo: Mathias)


Cette citation difficile m'offre une voie de recherche en direction non pas de pratiques de la méditation, les recettes abondent soit en ouvrages ou en sites sur le Net ou encore en cours ou en stages divers que l'on peut trouver ici ou là. En disant celà, il n'est pas question bien entendu de critiquer ce qui existe dans ce domaine mais d'aller plus loin pour trouver des éléments précis qui permettront justement d'utiliser ces pratiques en s'appuyant sur des fondements et donc de le faire en toute connaissance de cause.
Ces fondements sont philosophiques, on l'a vu dans le premier article consacré à la méditation sur ce blog; ils sont religieux, cette voie qui s'offre à l'esprit, à l'intellect, ne peut-être séparée de la religion bouddhiste et à ce sujet, je présenterai et mettrai en lien une interview de Mathieu Ricard, scientifique et moine qui explique notamment pourquoi on peut utiliser ces enseignements millénaires, même et surtout en Occident, ils sont aussi scientifiques et médicaux puisque on parvient à prouver que les états de conscience sont très favorablement influencés par l'exercice de la méditation.

A cela j'ajouterai la quasi obligation personnelle, pour un sujet qui se veut libre, autant que cela puisse être possible, de trouver une voie différente que celles qui nous sont proposées par la société de consommation, par les maîtres à penser médiatiques, par la pensée toute faite, par sa propre pensée qui s'impose tenaillée qu'elle est par le stress et la nécessité.
                                                                        Mathieu Ricard

Voici un extrait du documentaire, Des moines en laboratoire, de Delphine Sorel, publié sur Arte en 2007, présenté sur Youtube.
Depuis plusieurs années, des neuroscientifiques américains mènent des expériences sur des méditants bouddhistes, intrigués par leurs capacités de concentation et de régulations émotionnelles. Cette vidéo présentent plusieurs intervenants: Mathieu Ricard( voir ci-dessus), Rabjam Rinpoché, moine d'une lignée réputée et Paul Ekman, professeur de psychologie.
La pratique de la présence attentive peut mettre en évidence les mécanismes automatiques du psychisme et construire ainsi de nouvelles connexions neuronales. Ces nouvelles connexions permettent de maîtriser la montée des impulsions qui elles aussi sont automatiques. Si on rend des processus automatiques conscients, alors on sera conscient d'autres processus automatiques et on élargira ainsi le champ de ses possibilités.

  



lundi 6 septembre 2010

La méditation, les fondements philosophiques occidentaux (suite)

Nous venons de voir que pour Kant, l'accès à la transcendance à partir de la méditation est une prétention et ce philosophe est connu pour sa critique radicale de la métaphysique, c'est à dire ce qui est au-delà de la physique, la nature donc. Etait visé à l'époque, l'aspect vain de toute recherche sur l'existence de Dieu au profit de la recherche de règles à visée universelle. Je reviendrai sur Kant éventuellement, car c'est un monument de la philosophie que j'apprécie personnellement mais qui ne semble pas très à la mode actuellement, c'est le moins que l'on puisse dire.
A ce niveau, il est peut-être utile de préciser à nouveau, ce terme de transcendance:
-le transcendant est ce qui est au-delà, ce qui dépasse, surpasse, en étant d'un tout autre ordre; par exemple, l'esprit transcende la matière; Dieu est transcendant par rapport au mondee et aux consciences (pour les croyants).

La pensée d'Husserl parait intéressante en ce qui concerne la méditation et vient renouveler son approche quelque peu mise à mal par le philosophe des Lumières (Kant). L'idée de repli sur soi subsiste,  mais il s'agit d'un retour à l'ego gogito pur, c'est à dire au je pense donc je suis délivré de toute autre influence et qui suppose une mise entre parenthèse du monde que l'on appelle en langage savant, époché, terme qui ne doit pas effrayer, puisque il suffit de fermer les yeux un bref instant, ne plus penser à rien, pour réaliser une mini suspension du jugement ce qui d'ailleurs fait beaucoup de bien aux yeux et au cerveau.
Un entraînement, une pratique de cette attidude qui est philosophique est une voie qui peut offrir la découverte de ce que Husserl nomme "le moi transcendantal " que l'on pourrait définir par l'expression, conscience pure, par exemple et atteindre ainsi une objectivité dans la subjectivité: chaque individu pouvant parvenir en principe, par la méditation, à ce courant de conscience pure qui est commun ou qui pourraît être commun à l'ensemble des hommes.
En ce sens exigeant, est évité le solipsisme de Descartes, c'est à dire que le repli sur soi du cogito est le fait d'un homme seul.

Pour terminer cet exposé bref et nécessairement incomplet sur les fondements philosophiques occidentaux de la méditation, il faut dire que celle-ci reste liée à une critique des philosophies réalistes et appartient donc aux pensées idéalistes pour lesquelles la vérité se situe avant tout dans les idées.
On appelle idéalisme toute théorie qui considère que la nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou des réalités mentales. L'idéalisme s'oppose au matérialisme.

Le moi transcentendal est le moi qui n'est pas concerné par l'expérience, ce détachement peut être atteint par la suspension du jugement. Je reviendrai sur cette notion.

                     

dimanche 5 septembre 2010

La méditation, fondements philosophiques occidentaux

Pour une philosophie idéaliste, la méditation permet d'accéder à des connaissances objectivement vraies.Ce courant de pensée est fondée sur l'harmonie fondamentale entre nos idées et la réalité: ainsi, selon Platon, , la connaissance est une réminsicence et chaque vérité est donc à rechercher en soi-même. Il faut noter que le "connais-toi toi-même" de Socrate est fondée sur le dialogue et non pas sur l'introspection en solitaire.
Arrêtons-nous un instant pour mettre au clair, autant que faire ce peut, deux notions, celle de philosophie idéaliste et celle de dialogue:
-on appelle idéalisme toute théorie philosophique qui considère que la nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou sur des réalités mentales;
- le mot dialogue est formé du préfixe dia, signifiant au travers de, au moyen de, et du mot logos qui désigne la parole mais aussi la raison, de là à penser que la vérité se trouve dans le dialogue, il n'y a qu'un pas.

La méditation suppose, généralement, une solitude dans la recherche. C'est la réflexion sur soi-même qui permet l'accés aux vérités principales. Ainsi pour la philosophie chrétienne qui fait de Dieu la connaissance supprême, la validité de ce type de recherche solitaire repose sur le fait que l'individu recèle à l'intérieur de lui-même, la trace du Créateur. Pour Saint-Augustain, invoquer Dieu, c'est l'appeler en soi-même afin qu'il éclaire l'homme sur les Saintes Ecritures. Anselme de Canterbury, voit même, dans l'introspection silencieuse,le moyen de prouver, "la nature surréminente à  toute chose". Le Monologion est ainsi, une "méditation sur la raison de la foi, au nom de qui raisonne en silence, à part lui et explore ce qu'il ne sait pas".
Ce qui aménera ce philosophe à annoncer ce que l'on appelle la preuve ontologique de Dieu et qui consiste à dire que si l 'idée de Dieu, en tant qu'être infiniment parfait, parvient à l'esprit de l'homme, justement dans ces recherches introspectives et solitaires, c'est que Dieu existe.

                                                          Anselme de Canterbury

Plus tard, Descartes, liera la connaissance à la démarche introspective; si "rien ne peut-être connu avant l'intelligence", la méditation devient une démarche essentielle et plus encore même, selon lui, c'est à l'intérieur  de soi-même que se trouve les conditions de l'objectivité de toute science: ainsi la démarche des Méditations Métaphysiques prend pour fondement l'exploration  de l'ego cogito, le fameux "je pense donc je suis" pour parvenir à la déduction de la vérité objective de nos idées claires et distinctes, précédée de ce que le philosophe appèlera le doute hyperbolique, une notion à remettre à la mode d'urgence face à l'habitude contemporaine d'avaler tout cru ce qui est mis en image.
Kant objectera que l'expérience est nécessaire dès que la connaissance a trait à un objet sensible, ( il paraît peu adapté de méditer si on veut construire un mur,quoique...) et considèrera que la théologie rationnelle, c'est à dire la recherche des preuves de l'existence de Dieu, est une prétention vaine et inutile rayant de ce fait et définitivement,toute prétention d'accés à la transcendance dans le domaine métaphysique, par l'usage de la méditation.


Kant en passe de remplacer le Che?

Vous pouvez commander un Tshirt, Kant, pour vous démarquer, en cliquant sur le lien suivant:  http://editions.lapin.org/librairie/product_info.php?cPath=21&products_id=46