vendredi 25 janvier 2013

Le chômage en France, le désastre économique et social




Selon les instances européennes, le marché a toujours raison

Le néolibéralisme se fonde sur une pensée magique: les marchés se régulent d'eux-mêmes, c'est la fameuse "main invisible" théorisée par Adam Smith qui n'a rien trouvé de mieux pour permettre aux intérêts privés de toutes sortes de mettre le monde en coupe réglée. L'Europe du non-sens a bien évidemment emboîté le pas  à cette fable pour petits enfants et les citoyens commencent à voir les vrais résultats de ce projet néolibéral imposé, par divers moyens plus ou moins démocratiques, au rang desquels se trouvent des traités réputés illisibles et dont il m'étonnerait fort que tous nos élus les aient lus*. Ceux-ci n'ont certainement parcouru  que des synthèses très courtes, proposées par leurs partis. Le résultat est à la hauteur de ce suivisme généralisé.




*A propos de l'illisibilité des traités, il faut savoir qu'il existe des versions simplifiées du Traité de Lisbonne, celles qui doivent être lues par nos hommes politiques multi-cartes, le dernier comprend 145 pages mais, il modifie plusieurs centaines de dispositions de la CE et de l'UE, il est associé à trente-six protocoles, vingt-six déclarations et des annexes consacrées à une renumérotation des articles des traités existants. Sa complexité rédactionnelle est très élevée et il faudrait lire aux alentours de 3000 pages pour essayer de comprendre ce qu'il contient vraiment...A ce niveau le prof que je suis dit: "Je suis certain que ce travail de lecture, de compréhension, d'exégèse, n'a pas été fait et que l'approbation de nos élus est purement idéologique.


"Dans l'approche libérale le marché a toujours raison. Si la production a chuté, c'est à cause de problème d'offre (productivité ou compétitivité insuffisante, salaires trop élevés, marché du travail trop rigide...) Il n'est pas possible d'avoir une production plus importante dans l'état actuel de l'économie: il faut des réformes structurelles. La production potentielle est proche de la production observée. La partie conjoncturelle du déficit est donc faible: l'essentiel du déficit de crise est structurel." L'Europe mal-traitée, les économistes atterrés, 2012.
Chacun aura reconnu dans cette approche le refrain servi par le gouvernement Sarkozy, jusqu'à l'écoeurement et qui a conduit à la destruction du Service Public au profit de privatisations dont on sait qu'elles permettront de faire des profits sur le dos des citoyens (assurances, énergie, école, santé, sécurité, entretien des structures...) Ces réformes ont été faites et, à moins de situer le travailleur français au niveau de la main d'oeuvre esclave de l'Asie, on ne voit pas très bien  jusqu'où cela peut aller. A noter que cela serait la seule vraie solution car pour s'aligner sur la concurrence de ces pays, pour les contrer sur le plan ce cette fameuse compétitivité, il faudrait proposer des salaires de 200 ou 300 euros par mois aux travailleurs européens. Nous y sommes déjà avec par exemple l'ignoble directive Bolkeinstein qui permet aux ressortissants de venir travailler en France, avec les conditions de leurs pays: ainsi, dans la construction, des travailleurs polonais ou roumains sont employés pour les sommes dérisoires citées...comme l'a montré un récent "Envoyé Spécial" sur A2.


                                             
File de chômeurs en Espagne, un des laboratoires des docteurs Mabuse de L'Europe



"Dans l'approche keynésienne, par contre, la récession provient souvent d'une insuffisance de demande effective. A la suite d'un krach boursier par exemple, les entreprises investissent peu, elles licencient; les salaires progressent peu; les ménages en chômage ou menacés de l'être réduisent leur consommation. Aucun mécanisme stabilisateur spontané ne soutient l'activité. La production peut chuter très fortement en dessous de son potentiel. La partie conjoncturelle du déficit peut être importante." (ibid)
Nulle main invisible capable de redresser l'économie n'est à l'oeuvre et cette analyse convient mieux à la réalité. 

La raison du marché crée un chômage de masse

L'état du marché du travail en France devient de plus en plus alarmant avec le seuil symbolique des 3 millions de chômeurs de la catégorie A, franchi. De nouveaux phénomènes apparaissent: les décrocheurs du Pôle Emploi, une masse de non-inscrits ou de désinscrits, un nombre de chômeurs dits invisibles: "Les gens qui disparaissent de nos radars sont en augmentation" confirme Sylvette Uzan-Chomat, conseillère et membre du SNU Pôle-Emploi. Parmi eux, on trouve les jeunes et les femmes, des catégories surprésentées.Les jeunes diplômés, les décrocheurs scolaires grossissent cette masse invisible crée par la main identique..
La réalité est catastrophique. En décembre 2012, chiffres de l'INSEE et de la DARES à l'appui, Le Parisien publie un article intitulé: "Le chiffre noir des chômeurs invisibles". Le nombre de chômeurs officiel est opposé au nombre de chômeurs officieux. Le gouvernement parle de 3 103 000 chômeurs, il s'agit de la catégorie A, avec la prise en compte de l'ensemble des catégories (chômeurs d'Outre-Mer, travailleurs en activité réduite, en formation, en contrats aidés), on atteint 5 581 000 chômeurs. A ceux-là s'ajoutent les chômeurs invisibles, à savoir, les 1 300 000  personnes au RSA, les1 500 000 travailleurs à temps partiel non désiré ou subi, les 830 000 découragés répertoriés ne s'inscrivant plus à Pôle-Emploi, on arrive à un total de 9 211 800 Français broyés par la sinistre menotte d'Adam Smith, avec l'aide de l'Europe néolibérale qui conduit notre continent à la ruine.


                                                     

                                                            

mercredi 23 janvier 2013

La sculpture de soi selon Michel Onfray, fin

article en cours d'écriture et de correction

S'opposant à la philosophie traditionnelle et en particulier à Platon et Kant, Michel Onfray propose, pour philosophie, pour le corps, des chemins de traverse, loin "des concepts pâles et désertés", "ses revendeurs de vielles vertus" qui appuient leur pensée, à l'exemple de celle de Kant, sur "un savant complexe d'axiomes, de postulats, de lemmes et de propositions" (La sculpture, p. 27).

Se découvrir en tant qu'individu

Le philosophe de L'Université Populaire a choisi un personnage conceptuel, entendons par cela une personnalité qui, métaphoriquement va guider sa pensée en tant qu'elle s'oppose à la morale des philosophes de la tradition et, qu'elle est l'image d'une vie vouée à la création, à l'usage humain des passions et à la construction de soi à travers les opportunités d'une existence ouverte aux événements. Il s''agit du Condotierre Bartolomeo Colleoni, capitaine à l'époque de la Renaissance italienne dont la statue équestre se trouve Piazza san Giovani à Venise.


   

"Bartolomeo Collenoni n'est pas le soudard que l'on dit. L'homme fut soldat et il faut bien avoir à l'idée que braver la mort est un métier et que la proximité avec les passions tragiques trempe les âmes autrement que l'ignorance du destin de mortel. Le Condotierre est avant tout une figure de l'excellence, un emblème de la Renaissance qui associe le calme et la force, la quiétude et la détermination et la volonté de régner sur soi avant toute forme d'emprise." (ibid p.20,21).
Pour Onfray, ce personnage se situe "loin des vertus chrétiennes, ces rapetissantes logiques, comme l'humilité qui rabougrit, la culpabilité qui ronge, la mauvaise conscience et l'idéal ascétique qui tuent", il est: "une épiphanie dynamique dans un paysage chaotique, une orgueilleuse exception dans un monde voué aux duplications et aux hommes calculables" (ibid p. 27)
 A ce propos et selon une perspective nietzschéenne, c'est l'éthique collective instituée qui s'impose aux individus, à ceux qui sont réactifs en particulier, afin d'éviter justement, les réactions imprévisibles qui pourraient mettre en danger l'ordre établi. Ainsi, l'homme est rendu "calculable" en ce qui concerne ce qu'il peut faire et ce qui peut lui être imposé, ce qu'il peut subir. Ainsi, s'établira ou est établi (il y a là une question) la victoire absolue de la société sur l'individu  par les moyens de la démocratie et de la culture.   


   Le Condotierre est l'adepte d'une morale qui se conjugue avec l'esthétisme, il se conduit avec grandeur et ne dédaigne pas, bien au contraire, les passions dans un monde sans Dieu et ainsi libéré du modèle religieux , il est celui qui se livre aux plaisirs de la chair, de la fiasque et des bons plats, aime les bals fastueux et les bons mots et se conduit comme un cynique. Il a le tempérament libertaire, une conduite aristocratique et ludique.

                                                     Human Installation: OBSOLESCENZA DEL GENERE

  Michel Onfray à propos des "performances"

"Dans l'immédiat après-guerre, ce sont les situationnistes qui formulent théoriquement le principe de la construction de situation. Il s'agit de mettre en forme, dans la vie quotidienne, sous ses modalités les plus simples, la confusion de l'éthique et de l'esthétique." (ibid p. 96)

"Jeu avec le kaîros, jubilation des vitalités débordantes, cultes faustiens de l'énergie, de l'acte, virtuosité pratique conductrice et mise en forme d'un style, sculpture du temps, art de soi, construction de situations subsersives, les performances récapitulent les soucis du Condotierre. Elles magnifient une maïeutique en quête d'accouchements qui la dépassent: découvrir en sollicitant l'avènement, faire en se faisant. Sculpter sa propre statue, désirer la vie transfigurée et insuffler l'esthétique dans l'éthique." (ibid p.98)   


La morale esthétique

La philosophie "sent la poussière" et elle accomode "les vieux reliefs" des religions". Le bourgeois, adepte de ces vieux restes est  aussi adepte des vertus chrétiennes, il refuse la proximité de l'éthique et de l'esthétique et dénonce l'esthète.
L'homme adepte de la morale esthétique au contraire, sait faire des pulsions, des forces agissantes, considère la vie comme un combat contre l'immobilisme, il veut transformer sa vie en oeuvre d'art, il invente de nouvelles formes de vie, tout comme le philosophe-artiste de Nietzsche. 


                                                        Le Pulle de Emma Dante (traduction: Les Putains)

Michel Onfray et le théâtre de la cruauté

"Il faut libérer les rêves, les obsessions érotiques, transfigurer les fascinations pour le crime, laisser libre cours à l'utopie et soumettre la vie à cet idéal d'un ailleurs situé entre l'imaginaire et les événements" (ibid p.99)   

Le philosophe-artiste:

- il se fait l'incarnation d'une puissance que rien ne distrait;
-  il s'arrache à la contingence historique;
- il marque son époque;
- il crée un nouvel ordre;
- il détruit l'ordre ancien;
- il accepte les forces qui l'habitent;
- il refuse la passivité, il est actif;
- il est optimiste;
- il est individualiste;
- il pratique les affinités électives;     
-il est l'homme qui produit du sens...     


Les Femen, le courage d'être des femmes

Les Indignés à Barcelone face à une police "courageuse" qui défend les marchés financiers...
         

La sculpture de soi, se mettre en mouvement

Le bourgeois est adepte de Parménide: il est soucieux de ses biens, de son existence et vit comme s'il ne devait jamais mourir. Par exemple (j'ai fait une rapide recherche pour étayer cette affirmation), le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, gagne 9 240 809 euros annuels, soit 572 smic par mois à 1344 euros mensuel... Donc pour le bourgeois,"L'Un Parménidien lui sied ", surtout ne rien changer: L'argent, l'or, les richesses et les biens matériels sont  ses attributs et toute son existence est tournée du côté de l'avoir. Par ailleurs, le bourgeois s'est doté de moyens d'existence , d'instances et d'instruments et "assurent leurs promotions dans des lieux où fonctionnent de redoutables machines à produire des domestiques".

L'adepte de la sculpture de soi aime le divers et le multiple, il se place, du côté d'Héraclite. C'est la mobilité qui est privilégiée dans le but de créer des opportunités pour dépenser l'énergie.
"La volonté esthétique vise l'oeuvre ouverte: sa nature suppose qu'elle est nouvelle à chaque considération dont elle fait l'objet. Jamais terminée, toujours en mouvement, obéissant à sans cesse plus de sollicitations, elle ne se fige à aucun moment. Elle est comme le fleuve du Philosophe d'Ephèse, un flux, une coulée déterminée par le dynamique" (ibid)
L'existence est une "oeuvre ouverte" qui nécessite "un soucis esthétique perpétuel": inventer de nouvelles possibilités de vie afin "d'augmenter les chances de cristallisations heureuse", de découvrir de nouvelles perspectives grâce au nomadisme, "Le poids de l'or alourdit les immobiles , et, en retour, transforme ces richesses là en chaînes" dit Onfray. Avoir le goût de l'aléatoire permet de composer de libres variations, d'être familier du "hasard objectif" et de "solliciter l'événement par une bienveillance lointaine, très lointaine" (ibid)            




Vivre les passions dans la perspective de l'hédonisme

Ne pas éradiquer les passions afin de ne pas "vider l'homme de sa substance" comme le veut l'idéal ascétique qui clame: "Haro sur les passions! Haine à l'enthousiasme!"
Selon Michel Onfray une éthique affirmative veut la part animale de l'homme jusqu'à l'acceptable et accepte donc l'épanouissement de ce qui passe souvent comme répréhensible: les rires, les larmes, l'érotisme,la mort,, la saleté, la transgression, le sacrifice... Cette partie animale de l'être humain, animale c'est pour éviter la répétition mais cette part est bien humaine donc laissons les animaux tranquilles, ces conduites qui transgressent l'ordre n e sont condamnables que si elles se mettent au service du négatif, dans la destruction et les oeuvres de mort.

"Toutes la question éthique réside dans la détermination des limites: à partir de quel   moment ces puissances magnifiques risquent-elles de basculer du côté sombre? L'hédonisme permet une réponse. Disons-le d'une première manière indicative avant de préciser plus avant: tout est acceptable qui procure de la jouissance, tout est condamnable qui procure de la souffrance. En vertu du mouvement naturel et universel, qui pousse les hommes à rechercher le plaisir, à aller vers lui, à le désirer en même temps qu'à fuir le déplaisir, à s'éloigner de la douleur, de la souffrance et des peines, il s'agit de réaliser une intersubjectivité contractuelle dans laquelle les sujets consentent, l'un et l'autre, à une algèbre des plaisirs qui s'instruise des parts maudites." (ibid p. 148)       

          à suivre , en cours d'écriture pour être plus précis... avec un peu de retard...

                                                                                                                                                                       

lundi 7 janvier 2013

La guerre en Syrie




"La guerre est un mal qui déshonore le genre humain" Fénelon

"La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie, comme le typhus"Saint Exupéry

Impossible pour le modeste blogger que je suis de prendre partie pour l'un ou l'autre des camps qui s'affrontent bien que logiquement la préférence va vers l'Armée Syrienne Libre, avec une inquiétude légitime à présent, en ce qui concerne le devenir islamique de cette révolution mais, voilà comment cela se passe. Et ces images devraient faire réfléchir tous ceux qui par cupidité, par inconscience, par ignorance, par lâcheté, par quiétisme, par je-m'en-foutisme, laissent le monde et le sociétés se diriger vers le chaos.
Une fois la pente prise, les freins cassent et l'humanité pleure des larmes de sang. Comme d'habitude. Après, vient une période pendant laquelle tout le monde se tient à carreaux: les politiques ont les yeux en face des trous, les citoyens sont solidaires, les patrons et les banques aident à la reconstruction, les professeurs enseignent et les médecins soignent... Ensuite, la mémoire flanche: chacun retrouve son naturel, sa tendance au pouvoir et à ne penser qu'à son compte en banque,chacun y va de son idéologie, les parlementaires, les ministres, les présidents,du monde entier, de sessions en voyages, de forums en traités, d'indifférences en ignorances, discutent le bout de gras en se tapotant les épaules et en souriant à la presse aux ordres et, petit à petit ça s'installe, le cloaque grossit démesurément et les égouts pètent. Le peuple trinque, les hommes courageux se battent et se font découper en morceaux... Généralement, il n'y a jamais de riches dans ce merdier, ils n'ont pas les capacités physiques et morales pour affronter cela et surtout, la vie pour eux est trop belle, trop chère: les massacres, les tranchées, les mines, les usines, le chômage, c'est pour le peuple.


Avertissement:
Internautes sensibles, s'abstenir; il me semble également que cette vidéo, pourtant en accès libre, ne doit pas être vue par des enfants.

                                                          Cette horreur que l'on doit regarder en se questionnant

mardi 1 janvier 2013

Bonne Année 2013 avec une pensée de Sartre et le "Collectif Roosevelt 2012"



Bonne Année 2013 aux lecteurs dont je devine qui ils sont à travers les statistiques, des lecteurs de Sartre, de Bauman, des indignés de tout poil qui ont lu en grand nombre "Le racket des grandes surfaces", des Internautes de tout pays qui délaissant la navigation pulsionnelle (38 000 visites à ce jour) viennent avec moi, en toute humilité, fréquenter des gens de bonne compagnie, les philosophes.
Bonne Année à mes membres fidèles.
Bonne Année à tous ceux qui ont la réflexion et l'analyse, l'indignation et le désir de changement chevillés au corps et je les invite, pour ceux  qui le veulent bien à rejoindre, comme je l'ai fait, le mouvement "Roosevelt 2012" et ses 87 835 citoyens engagés dont je suis et un collectif de personnalités parmi lesquelles se trouvent, par exemple, Stéphane Hessel,  Edgar Morin, Curtis Roosevelt, petit fils de Franklin D. Roosevelt, Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, Jean Rousseau, Président d'Emmaüs International et bien d'autres noms de la philosophie et de l'engagement politique et moral.






"Il y a un futur vague et conceptuel qui concerne l'humanité entière et sur lequel nous n'avons pas de lumière: l'histoire aura-t-elle une fin? Le soleil s'éteindra-t-il? Quelle sera la condition de l'homme dans le régime socialiste de l'an 3000? Nous laissons ces rêveries aux romanciers d'anticipation: c'est l'avenir de notre époque qui doit faire l'objet de nos soins: un avenir limité qui s'en distingue à peine - car une époque, comme un homme, c'est d'abord un avenir. Il est fait de ses travaux en cours, de ses entreprises, de ses projets à plus ou moins long terme, de ses révoltes, de ses combats, de ses espoirs: quand finira la guerre? Comment aménagera-t-on les relations internationales? Que seront les réformes sociales? Les forces de réaction triompheront-elles? Y aura-t-il une révolution et que sera-t-elle? Cet avenir nous le faisons nôtre, nous ne voulons point en avoir d'autre."

                                                                                                   Jean-Paul Sartre, Situations II


Sartre et Simone de Beauvoir
          

  Dire l’urgence et  reconstruire l'Espoir ( Introduction du Manifeste du Collectif "Roosevelt 2012"

"Nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous ne pouvons pas rester sans agir. Aujourd’hui, l’esprit se révolte contre le sort qui est promis à l’homme. Crise sociale, crise financière, crise écologique, crise démocratique… dans tous ces domaines, nos sociétés approchent d’un point de rupture, d’un point de non-retour. Après 30 ans de laisser-faire, après 5 ans de crise financière, nous arrivons à un moment crucial. Comme l’écrivent Stéphane Hessel et Edgar Morin : «maintenant nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort.» Dans tous les domaines (emploi, écologie, démocratie, éducation, culture, logement, santé, relations Nord- Sud…), de nombreuses associations, des élus et des citoyens agissent déjà avec force et intelligence. Si nous créons aujourd’hui un collectif nouveau, c’est parce que nous pensons qu’il est urgent d’agir pour éviter un effondrement économique. Car un tel effondrement pourrait amener à un chaos qui rendrait vaines toutes les actions entreprises dans les autres domaines. «Le capitalisme vit une crise suicidaire pour l’humanité» affirmait déjà Michel Rocard en 2007. Cinq ans plus tard, rien n’a changé. Ou alors en pire ! Plutôt que de s’attaquer aux racines de la crise, plutôt que de changer radicalement un système économique que tous, en 2008, disaient vouloir transformer de fond en comble, nos dirigeants ont continué la fuite en avant, en remplaçant la «transfusion» de dette privée par une transfusion de dette publique.
Mais jusqu’à quand cette fuite en avant est-elle durable ?...." 
   


Lire la suite du Manifeste  sur le lien suivant:

http://www.roosevelt2012.fr/    



Stéphane Hessel et le Dalaï Lama, "Déclarons la paix"
                                                                                                               

Edgar Morin fustige les soit-disant experts politiques et économiques










Le philosophe Edgar Morin et le candidat François Hollande, le 10 mars à Paris au siège de campagne socialiste. Dans une tribune publiée dans "Le Monde", le philosophe estime que le président Hollande est désormais "condamné à un 'en avant'" pour dépasser le vide de la pensée politique qui touche les Etats. 

        Edgar Morin et François Hollande






 
Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes." (Manifeste Roosevelt, 2012.)
"Un diagnostic juste" suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.


Voici le lien pour le "Manifeste Roosevelt 2012"

http://www.roosevelt2012.fr/




Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreurs et illusions ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique.

 

 

"Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur.
L'erreur n'est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu'un élément, un seul aspect d'une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c'est-à-dire complexe. Hélas, notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n'enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d'erreur et d'illusion, et il n'enseigne nullement les conditions d'une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.
Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies et cécités. Paradoxalement l'amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.

Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde.
Nous avons vu, notamment dans les pays du "printemps arabe", mais aussi en Espagne et aux Etats Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d'une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d'une intelligente stratégie pacifique était capable d'abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, nous avons vu l'incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l'intérieur même des conquêtes démocratiques

Ce mal est généralisé. La gauche est incapable d'extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l'évolution et de la mondialisation. Elle est incapable d'intégrer la source écologique nécessaire à la sauvegarde de la planète. Les progrès d'un vichysme rampant, que nulle occupation étrangère n'impose, impose dans le dépérissement du peuple républicain de gauche la primauté de ce que fut la seconde France réactionnaire.
Notre président de gauche d'une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un "en avant". Mais cela nécessite une profonde réforme de la vision des choses, c'est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, à partir d'un diagnostic pertinent, d'indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle.

Je dégagerais ce que pourrait être cette ligne, cette voie que j'ai proposée aussi bien dans La Voie que dans Le Chemin de l'espérance, écrit en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011). Je voudrais principalement ici indiquer que l'occasion d'une réforme de la connaissance et de la pensée par l'éducation publique est aujourd'hui présente. Le recrutement de plus de 6000 enseignants doit permettre la formation de professeurs d'un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l'identité et la condition humaines, l'ère planétaire, la compréhension humaine, l'affrontement des incertitudes, l'éthique.
Sur ce dernier point, l'idée d'introduire l'enseignement d'une morale laïque est à la fois nécessaire et insuffisante.
 La laïcité du début du XXe siècle était fondée sur la conviction que le progrès était une loi de l'histoire humaine et qu'il s'accompagnait nécessairement du progrès de la raison et du progrès de la démocratie.  Nous savons aujourd'hui que le progrès humain n'est ni certain ni irréversible. Nous connaissons les pathologies de la raison et nous ne pouvons que taxer comme irrationnel tout ce qui est dans les passions, les mythes, les idéologies.Nous devons revenir à la source de la laïcité, celle de l'esprit de la Renaissance, qui est la problématisation, et nous devons problématiser aussi ce qui était la solution, c'est-à-dire la raison et le progrès.

La morale alors ? Pour un esprit laïque, les sources de la morale sont anthropo-sociologiques. Sociologiques : dans le sens où communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. Anthropologiques dans le sens où tout sujet humain porte en lui une double logique : une logique égocentrique, qui le met littéralement au centre de son monde, et qui conduit au "moi d'abord" ; une logique du "nous", c'est-à-dire du besoin d'amour et de communauté qui apparaît chez le nouveau-né et va se développer dans la famille les groupes d'appartenance, les partis, la patrie.
Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s'est surdéveloppée et où la logique du "nous" collectif s'est "sous-développée". C'est pourquoi, outre l'éducation, une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse, garçons et filles, et l'instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.

Ainsi, nous pouvons voir qu'un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l'autonomie individuelle et l'insertion communautaire. Ainsi, nous pouvons voir déjà que la réforme de la connaissance et de la pensée est un préliminaire, nécessaire et non suffisant, à toute régénération et rénovation politique, à toute nouvelle voie pour affronter les problèmes vitaux et mortels de notre époque.
Et de cette façon nous pouvons commencer aujourd'hui une réforme de l'éducation par l' introduction de la connaissance des problèmes fondamentaux et vitaux que chacun doit affronter comme individu, citoyen, humain."

                                                                                                Interview Le monde.fr, 1 janvier 2013