jeudi 8 décembre 2011

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud


La religion expliquée par la psychanalyse

La religion offre un "système de doctrines et de promesses" qui permet une vision du monde exhaustive et console des malheurs éprouvés sur terre en offrant une perspective d'une vie dans l'Au-delà. Freud précise que "l'homme du commun ne peut représenter cette Providence qu'en la personne d'un père élevé jusqu'au grandiose". En effet, le père est, en principe, plein de sollicitude pour son enfant, il est sensible à ses marques d'affection et à son obéissance.Le Dieu, ou ses divers représentants, sont l'expression de la "dérivation de la dépendance infantile" et, le désir du père qu'elle éveille, sont irréfutables "cela en raison de la peur éprouvée face à la puissance supérieure du destin". La religion est la "précipitation" au sens chimique du terme de l'expérience faite par l'enfant du sentiment d'impuissance, de dépendance et de menace face à l'autorité extérieure de ses parents et, par conséquence elle est une réponse au malheur humain qui offre à l'adulte de multiples facettes tout à fait propres à réactiver la perception enfantine.
En ces temps de tensions mondiales, de guerres, de crise économique et sociales, d'affaiblissement des états, de pertes des valeurs, on comprend bien que beaucoup d'hommes et de femmes trouvent ou retrouvent, dans la religion cette puissante consolation, devant une vie trop lourde et apportant "trop de douleurs, de déceptions, de tâches insurmontables" comme le dit Freud au second chapitre de son ouvrage, et il cite la phrase de Théodore Fontane: "Cela ne va pas sans constructions de secours"

Une image rassurante du père
                                                                   
Un point de vue philosophique sur la religion

Objectivement, une religion se présente comme une société particulière ayant des racines historiques et géographiques déterminées et qui se caractérisent par des règles et des pratiques érigées en prescriptions absolues. Ces comportements observables et mesurables sont à l'origine d'un problème politique, celui des rapports d'une partie des citoyens avec les autres composantes de la société civile. Jean-Jacques Rousseau, au chapitre IV de son ouvrage, Du Contrat social analyse la problématique ainsi posée. D'emblée l'état théocratique est condamné:
"Mais je me trompe en disant république chrétienne, chacun de ces deux mots exclut l'autre. le Christianisme ne prêche que servitude et dépendance. Son esprit est trop favorable à la tyrannie pour qu'il n'en profite pas toujours"
Le droit est l'émanation d'un besoin public et les dogmes religieux  ne doivent pas participer à son élaboration: "Le droit, que le pacte social donne au souverain sur les sujets, ne passe point comme je l'ai dit, les bornes de l'utilité publique. Les dogmes n'intéressent ni l'Etat ni ses membres."
C'est une profession de foi civile qui cimente une société: "Il y a donc une profession de foi civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogme de religion, mais comme sentiment de sociabilité sans lequel il est impossible d'être bon citoyen ni sujet fidèle."
L'intolérance est dénoncée: "Il est impossible de vivre en paix avec des gens qu'on croit damnés; les aimer serait trahir Dieu: il faut absolument qu'on les ramène ou qu'on les tourmente. Partout où l'intolérance théologique est admise, il est impossible qu'elle n'ait pas quelques effets civils et sitôt qu'elle en a, le souverain n'est plus souverain, même temporel; dès lors, les prêtres sont les vrais maîtres, les rois ne sont plus que leurs officiers."

Le procès de Galilée
 Subjectivement, le fait qu'une religion soit vécue de l'intérieur et que sa pratique soit justifiée  par une croyance en une relation fondamentale avec Dieu, entre la créature et son Créateur, dans l'intériorité du sujet, pose le problème d'un rapport avec un Etre absolu et c'est ce rapport que refuse l'agnosticisme qui considère que l'absolu est inaccessible à notre connaissance et que part conséquent, les spéculations théologiques ou métaphysiques sont vaines.
Ce qu'il y a d'essentiel dans toute religion est la pensée du divin, du sacré, de l'inconditionné, de l'inconditionnel en un mot de l'absolu. C'est cette revendication du vrai et du bien , dans une révélation historique qui engendre les difficultés et les contradictions propres au problème religieux. La vérité d'une religion se présente comme une vérité absolue révélée par Dieu lui-même et ses prophètes et les devoirs prescrits sont des commandements absolus. A ce titre, les religions se placent hors de portée de toute juridiction supérieure, au-dessus de tout pouvoir politique, hors d'atteinte de toute critique et au-delà du champ et de la recherche de la rationalité: "credo quia absurdum", "je le crois parce que c'est absurde (Tertullien). Cette prétention rend les religions suspectes ou insupportables à la rationalité scientifique mais aussi au pouvoir politique qui, le plus souvent cherche à s'en accommoder en redoutant fort justement le fanatisme.  

Guerre de religion entre Catholiques et Protestants
 Dieu est présenté comme cause ultime des phénomènes: chaque phénomène a une cause, celle-là une autre, celle-là une autre encore et comme il faut bien s'arrêter quelque part, une cause première est posée, c'est Dieu, comme "premier moteur de l'univers" selon la phrase de Saint Thomas empruntée à Aristote et celui-ci rajoute: "Il faut arriver à un premier moteur qui ne soit mû par nul autre et tout le monde comprend que cela est Dieu". Philosophiquement, on peut penser que l'univers est contingent, qu'il ne possède pas en lui-même sa raison d'être et se poser la question: "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien du tout?". La réponse à cette question est que Dieu est l'Etre nécessaire qui justifie la raison d'être du monde.
Cette argument par la causalité, Dieu est invoqué pour clore le débat de l'existence du monde, a été critiqué par Kant.

Selon ce philosophe des Lumières, la raison, l'esprit humain, peut faire un usage légitime ou illégitime de la catégorie de causalité. Si on dit que l'échauffement d'une barre de métal est la cause de la dilatation de celle-ci, la catégorie de cause est utilisée en droit, les deux phénomènes, échauffement et dilatation étant donnés dans l'expérience et il suffit de les relier par le lien de causalité. Par contre, quand l'esprit humain avance que Dieu est la cause du monde, un seul terme de cette relation, c'est à dire le monde est donné par l'expérience et l'autre est supposé de toutes pièces. La raison a le droit d'utiliser la catégorie de cause pour relier deux phénomènes donnés dans l'expérience, mais elle n'a pas le droit d'imaginer quelque chose qui soit en dehors des phénomènes réels.
Cette analyse pose bien la problématique des religions et la philosophie politique et morale considère qu'il est irrationnel de vouloir fonder l'absolu sur le relatif, un événement historique particulier, dans le cadre des religions révélées (seulement à quelques-uns), quelque-part, à un moment donné au lieu de fonder rationnellement la morale individuelle et sociale sur des préceptes, des lois, valables en tout temps et en tout lieu.   



"Deux choses me remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération, toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. [...] Le premier spectacle d'une multitude innombrable de mondes anéantit, pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l'Univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) douée de la force vitale. Le second, au contraire, élève infiniment ma valeur, comme celle d'une intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me manifeste une vie indépendante de l'animalité et même de tout le monde sensible."

Kant, Critique de la raison pratique, V, 77f
   
                                                                                                                                                                                              

mercredi 30 novembre 2011

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud


Le sentiment religieux

Le malaise dans la culture qui est présenté assez fréquemment sous un autre titre, Le malaise dans la civilisation, ce qui est très équivalent, n'est pas un essai construit selon un plan rigoureux: il progresse au gré des éléments de réflexion qui s'ajoutent aux propos énoncés.
Au premier chapitre Freud fait état d'une correspondance avec Romain Rolland, à propos de la religion et complète ce qui a été dit dans L'avenir d'une illusion en 1927.

L'auteur de "Jean-Christophe" a fait part de ses propres réflexions après la lecture de L'avenir...Selon lui, elle est "un sentiment particulier qui ne le quitte jamais, qu'il a trouvé chez beaucoup d'autres, et qu'il peut présupposer chez des milliers d'autres. Un sentiment qu'il nommerait volontiers la sensation de l'éternité, un sentiment qui serait sans limite, sans bornes, pour ainsi dire "océanique".

                                               

Freud analyse, comme il se doit ces propos et, selon ses dires, cela ne lui pose guère de difficultés. Dans un premier temps, est énoncée la difficulté de travailler scientifiquement sur la notion de sentiment, ce n'est pas une démarche proprement scientifique, bien qu'il soit possible dans ce domaine de mesurer les signes physiologiques engendrés par cette forme d'activité mentale.
L'expression de Romain Rolland, qui restera célèbre et qui sera accommodée de différentes façons, présente un rapport avec la poésie: "le sentiment du lien indissoluble, de l'appartenance réciproque avec le Tout du Monde extérieur, possède toutes les caractéristiques d'une vision intellectuelle mêlée d'une tonalité affective..." La question qui se pose est de savoir si un tel sentiment "doit être reconnu pour fons et origo de tous les besoins religieux", ce qui entraîne l'auteur et, on le conçoit aisément, en direction d'une interprétation psychanalytique.

   
Le cheminement proposé par Freud est celui-ci: L'individu trouve la certitude la plus forte dans la perception de son propre moi qui lui apparaît " autonome, unitaire, bien isolé de tout le reste". La psychanalyse détermine et cela a été dit dans les articles précédents, que ce moi se prolonge vers l'intérieur (vers l'inconscient) qui se présente sans frontières nettes, jusqu'au ça (le réservoir des pulsions), le moi ne servant que de façade (de partie visible de ...). Par contre, vers l'extérieur, le moi "affirme des frontières visibles et nettes". Cependant, des états pathologiques, comme la psychose ou l'état amoureux, c'est Freud qui le dit, peuvent diluer la frontière entre le moi et l'objet (un autre corps pour l'état amoureux).
"Contre tous les témoignages des sens, l'amoureux affirme que le moi et le toi ne font qu'un    , et il est prêt à se comporter comme s'il en était ainsi..."

En ce qui concerne la pathologie proprement dite, le psychanalyste écrit: "...un grand nombre d'états dans lesquels la démarcation du moi avec le monde qui l'entoure devient incertaine, ou dans lesquels les frontières sont tracées de manière vraiment incorrecte; des cas où des parties de notre propre corps, et même des pans de vie de notre âme, perceptions, pensées, sentiments, apparaissent comme étrangers et n'appartenant pas au moi, d'autres où l'on impute au monde extérieur ce qui est manifestement né dans le moi et devrait être reconnu par lui. Ainsi le sentiment du moi est soumis lui aussi à des perturbations, et les frontières du moi ne sont pas constantes." ibid, p. 41      

   

Il est aussi évident que le sentiment de ce moi n'est pas inné, il a suivi un développement que le père de la psychanalyse nous décrit et même si aucune preuve ne peut étayer les étapes décrites à ce sujet cela est de toute évidence vraisemblable. Je ferai juste une courte aparté  à ce niveau, pour dire que la théorie freudienne n'est pas vérifiable au sens où on l'entend, par la science dure, on ne possède pas d'images photographiées ou radiographiées de l'inconscient et du ça. Les notions freudiennes sont critiquées, réfutées, Michel Onfray est par exemple un grand pourfendeur de Freud. Mais, c'est à ce même philosophe que j'emprunterai le meilleur compliment concernant celui-ci, glané dans son pavé (au double sens du terme, ouvrage important et pavé dans la mare): "Freud a énoncé une théorie vitaliste" et c'est éminemment important, vrai ou faux, en totalité ou en partie, l'enseignement de la psychanalyse permet à l'homme de se regarder un peu plus précisément, de mettre en perspective, ses pensées, ses actions avec sa propre histoire et celle de l'humanité et ce n'est pas si mal . L'aparté n'est pas si courte mais elle était nécessaire.

Le nourrisson donc n'isole pas son moi du monde extérieur qui est source de sensations. Il apprend à le faire par diverses excitations parmi lesquelles certaines se dérobent, et parmi elles se trouve celle qu'il désire  le plus, le sein maternel. Le sein nourricier s'oppose au moi, comme extérieur qui peut apparaître par une action particulière, les pleurs. Une autre impulsion au détachement du moi et à la reconnaissance d'un dehors est donnée par les véritables sensations de douleur et de déplaisir (se cogner, éprouver une chaleur trop vive...): "le tout puissant principe de plaisir commande d'éviter ce type de sensations" et il se forme ce que Freud appelle un moi hédonique dont les frontières seront rectifiées ensuite par l'expérience.

                                                            
                                                                                                                                                                      "Bien des choses auxquelles on ne voudrait renoncer, parce qu'elles dispensent du plaisir, ne sont pourtant pas moi, ce sont des objets, et bien des tourments, qu'on veut rejeter à l'extérieur, se révèlent pourtant inséparable du moi." Cela signifie que les frontières de ce moi hédonique primitif peuvent parfois échapper aux nécessaires rectifications de l'expérience et, en dépit de l'apprentissage effectué pour distinguer l'extérieur de l'intérieur qui est une des caractéristiques du principe de réalité.
A l'origine donc, suivant cette théorie, le moi contient tout, c'est le syncrétisme enfantin et, ensuite de ce moi fusionnel, se détachent un monde extérieur et un monde intérieur. Le sentiment actuel du moi "n'est plus qu'un monde rabougri d'un sentiment qui embrassait bien davantage et même qui embrassait tout". Ce moi correspondait à un lien intime avec le monde et, Freud considère que c'est ce type de moi qui, chez de nombreux hommes coexisterait avec le moi de la maturité "comme une sorte de pendant" et, ce serait l'origine de ce sentiment d'absence de frontières, d'un lien avec le Tout que Romain Rolland exprime par cette belle et poétique expression," un sentiment océanique". A propos de cette coexistence du primitif et de la construction adulte achevée, l'auteur remarque :"Dans le domaine de l'âme,...la conservation du primitif, à coté de ce qui en est issu et transformé,  est si fréquente qu'il est superflu d'en faire la preuve par des exemples. Le plus souvent, ce cas est la conséquence d'une scission dans le développement. Une certaine quantité d'une disposition, d'un mouvement fusionnel, se conserve inchangée, une autre a continué à se développer." ibid, chapitre 1.                 

Primitif tattou
         Notions complémentaires

Les principes freudiens

Principe de constance: ce principe a été énoncé à propos de l'appareil psychique qui tend à maintenir à un niveau aussi bas ou, tout au moins aussi constant que possible, la quantité d"excitation qu'il contient. La constance est obtenue d'une part par la décharge de l'énergie déjà présente, d'autre part par l'évitement de ce qui pourrait accroître la quantité d'excitation et la défense contre cette augmentation. Voc. de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis, PUF.

Principe de Nirvâna: ce principe désigne la tendance de l'appareil psychique à ramener à zéro ou du moins à réduire la plus possible en lui toute quantité d'excitation d'origine externe ou interne. "Le terme de Nirvâna, répandu en Occident par Schopenhauer, est tiré de la religion bouddhique où il désigne l'extinction du désir humain, l'anéantissement de l'individualité  qui se fond dans l'âme collective, un état de quiétude et de bonheur parfait." ibid.

Principe de plaisir: un des deux principes régissant selon Freud, le fonctionnement mental: l'ensemble de l'activité psychique a pour but d'éviter le déplaisir et de procurer le plaisir. En tant que le déplaisir est lié à l'augmentation des quantités d'excitation et, le plaisir à leur réduction, le principe de plaisir est un principe économique."Les pulsions ne chercheraient d'abord qu'à se décharger, à se satisfaire par les voies les plus courtes. Elles feraient progressivement l'apprentissage de la réalité qui ,seule leur permet, à travers les détours et les ajournements nécessaires, d'atteindre la satisfaction cherchée."ibid.

Principe de réalité: il forme couple avec le principe de plaisir qu'il modifie dans la mesure où il réussit à s'imposer comme principe régulateur. Envisagé du point de vue économique, le principe de réalité correspond à une transformation de l'énergie libre (l'énergie est dite libre ou mobile dans la mesure où elle s'écoule vers la décharge de la façon la plus rapide possible), en énergie liée (le mouvement vers la décharge est retardé et contrôlé). Du point de vue génétique, l'état libre de l'énergie précède, on s'en doutait, son état lié, celui-ci caractérisant un degré plus élevé de structuration de l'appareil psychique.
Le principe de réalité, du point de vue de la topique freudienne, correspond au système préconscient-conscient. la psychanalyse cherche à fonder, dans le travail effectué par le patient avec l'écoute de l'analyste, l'intervention du principe de réalité sur l'énergie pulsionnelle.

                                 

                                                                                                                                                      

lundi 14 novembre 2011

Le Malaise dans la culture, le point de vue de Freud


A propos du Malaise dans la culture, il faut préciser deux données plus ou moins éloignées l'une de l'autre. La première, est que Freud considère l'évolutionnisme de Darwin comme un acquis scientifique d'autant qu'il y trouve un appui pour sa théorie. Il accepte ainsi le point de vue d'Auguste Comte selon lequel l'humanité passe par différents stades, animiste puis religieux et scientifique. Cependant Freud va au-delà de cette grille de lecture puisqu'il met en parallèle ces différentes phases du développement avec celles de la sexualité infantile,ce qui place immédiatement sa pensée du côté de la psychanalyse et non pas de l'histoire. La deuxième est que dans cet ouvrage, il est fait plusieurs fois allusion à "l'histoire" racontée dans Totem et Tabou, celle de la horde primitive dominée par un père tyrannique se réservant la jouissance sexuelle de toutes les femmes. Le meurtre du père par les fils établissant une période de domination du droit maternel puis enfin, l'établissement d'une société culturelle dominée par les hommes. Ce récit est fondé sur une hypothèse de Darwin faite dans La descendance de l'homme. Il faut cependant adopter une attitude spécifique envers ces écrits anthropologiques: "cette narration freudienne possède le statut de mythe dans le sens où, un mythe est un récit qui permet d'expliquer certaines situations et certains faits actuels à des faits donnés, comme s'étant passés dans un autre temps, les deux temporalités, antérieure et actuelle, étant généralement séparées par une rupture forte",( Pierre Pellegrin, ibid ), l'expulsion d'Adam et Eve du jardin d'Eden étant un exemple de mythe fondateur.
Freud s'appuie donc sur des données, les différentes étapes du développement de l'humanité et le mythe de la horde sauvage, constituées d'origines diverses. Il s'agit des faits historiques, des productions culturelles, d'autres mythes, des matériaux cliniques venant de la pratique psychanalytique qui donnent un supplément de sens aux situations actuelles. Ces données peuvent être qualifiées de mythes scientifiques, vraisemblablement très proches de la réalité historique et anthropologique.






Pour en savoir plus

La loi des trois états d'Auguste Comte


Selon ce philosophe, la connaissance scientifique constitue la maturité de l'esprit humain qui a été acquise au cours d'une longue histoire. Les hommes adoptèrent dans un premier temps des explications théologiques du monde, par exemple, une tempête était expliquée par une colère des dieux du vent. Puis, les dieux furent remplacés par l'idée de forces abstraites et l'explication fut métaphysique, la tempête étant causée par "la vertu dynamique de l'air". Enfin, l'explication moderne, renonçant à imaginer la raison ultime des choses, attribua une cause positive ou scientifique de ce phénomène, c'est à dire, un déplacement d'air des hautes pressions vers les basses pressions de l'atmosphère.
Cette théorie a le mérite d'attirer l'attention sur le fait que l'attitude scientifique n'est pas spontanée chez l'homme et qu'elle est un produit tardif de l'histoire. La théorie freudienne n'a-t-elle pas le mérite d'attirer notre attention sur le fait que l'action humaine est soumises à une histoire personnelle, une histoire collective et que les éléments entremêlés des ces deux histoires constituent des forces qui nous échappent et que à partir de là, il convient d'être infiniment prudent sur les pensées, les théories, les idéologies qui induisent l'action? C'est la question que je pose d'une façon rhétorique car il est bien évident que la réponse est positive, au vu de l'état d'esprit et de cette sorte de chaos du monde actuel.

        Mieux connaître Auguste Comte, cliquer sur le lien ci-dessous; Encyclopédie de l'Agora:                                  
       http://agora.qc.ca/dossiers/Auguste_Comte 

Citation extraite de Totem et Tabou

 " Si les frères étaient associés, tant qu'il s'agissait de supprimer le père, ils devenaient rivaux dès qu'il s'agissait de s'emparer des femmes. Chacun aurait voulu, à l'exemple du père, les avoir toutes à lui, et la lutte générale qui en serait résultée aurait amené la ruine de la société. Il n'y avait plus d'homme qui, dépassant tous les autres par sa puissance, aurait pu assurer le rôle du père. Aussi les frères s'ils voulaient vivre ensemble, n'avaient-ils qu'un seul parti à prendre: après avoir surmonté de graves discordes, instituer la prohibition de l'inceste par laquelle ils renonçaient tous à la possession des femmes désirées. C'est peut-être de cette situation qu'est né le droit maternel et, qui a existé jusqu'au jour où il a été remplacé par l'organisation de la famille patriarcale."
 Freud,  Totem et Tabou, chapitre 5.

                                                                

     Totem et Tabou, l'ouvrage en ligne (gratuit): http://www.therapiesenligne.be/Freud_Totems_Tabous.pdf                            



                                                                                        

mercredi 9 novembre 2011

Le Malaise dans la culture, le point de vue de Freud

Les homologies freudiennes

Pour bien comprendre Le Malaise dans la culture, il est nécessaire de considérer le parallèle établi entre l'individuel et le collectif. La première homologie freudienne concernait la correspondance entre l'activité psychique du névrosé et le rêve. Puis Freud étendra l'homologie à l'enfance; l'enfant étant présent à la fois dans la névrose et le rêve. A partir de 1908, les relations entre l'individu et la société, notamment en ce qui concerne l'impact de la morale sexuelle, seront explicitées. Les oeuvres d'art, les mythes, les croyances, les règles sociales seront abordés comme autant de signifiants (comme le rêve et la sexualité infantile dont la névrose présents des manifestation) et seront  susceptibles d'une approche psychanalytique (ce que l'on oublie aujourd'hui).

La société, elle-même peut faire l'objet d'une psychanalyse. Freud dit à ce sujet: "Nous disions : dans le rêve et la névrose se retrouve l'enfant avec toutes les particularités qui caractérisent son mode de penser et sa vie affective. Nous ajouterons aujourd'hui: et nous y retrouvons encore l'homme primitif, sauvage, tel qu'il apparaît à la lumière des recherches archéologiques et ethnographiques".
Cette seconde homologie rend légitime de considérer qu'il y a eu une enfance de l'humanité et que celle-ci est parvenue à l'âge adulte et, qu'il y a un parallèle entre les processus culturels et le développement de l'individu.Freud à ce niveau s'aligne sur la théorie d'Auguste Comte de l'évolution de l'humanité.
Pierre Pellegrin signale dans les "Notes de l'Editeur" que si cette idée de départ est naïve (celle d'associer un peuple primitif à un stade de développement enfantin), elle a au moins la chronologie pour elle et, que toutefois, le fait de penser que les peuples dits "primitif" ou "sauvages" actuels sont restés dans un état d'enfance est proprement inacceptable, pour un anthropologue ou un historien d'aujourd'hui. Ce n'est pas la seule idée de Freud qui est inacceptable à notre époque, le politiquement correct ne retient du père de la psychanalyse que ce qui l'arrange (à ce propos, on peut se demander ce qu'il en serait des idées de Voltaire, de Diderot, de Montesquieu...)

Indiennes d'Amazonie
                                                   



en maintenance

dimanche 6 novembre 2011

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud


L'essai de Sigmund Freud, Le malaise dans la culture a reçu un accueil mitigé et a souvent été schématisé jusqu'au ridicule, à l'époque de sa parution. Beaucoup y ont vu "la pensée pessimiste d'un vieil homme rongé par un cancer de la mâchoire, se laissant aller à un pessimisme foncier à propos de l'irrépressible agressivité des humains", Le malaise, ibid... Pourtant, l'Europe s'apprêtait à vivre une période de totalitarismes qui la gangrénaient déjà et, qu'il était difficile de ne pas percevoir. Aujourd'hui, cette courte vue sur "Le malaise dans la culture" apparaît fausse et on peut considérer qu'il s'agit d'un écrit "où l'un des grands penseurs du XXe siècle expose, tout simplement, sa conception de la société humaine et sa philosophie de l'histoire".

Cette conception de la réalité sociale et de sa philosophie politique s'inscrit dans un environnement théorique. Freud y introduit le concept de narcissisme et sa nouvelle théorie des pulsions. La psychanalyse est passée, entre 1920 et 1930, d'une "figure" à l'autre. La première topique était constituée du conscient,  du préconscient et de l'inconscient, le sujet, le patient, étant invité à se servir de l'analyse comme un moyen de mettre à jour "un matériel inconscient en grande partie constitué de désirs inacceptables et refoulés". Le sujet se sert de la cure psychanalytique pour devenir "maître chez lui". La première théorie des pulsions opposait donc les pulsions du moi ou pulsions d'auto-conservation aux pulsions sexuelles désignées par le terme de libido.


Alors que la psychanalyse apparaissait comme une discipline optimiste et rassurante pouvant permettre à tout un chacun la mise à jour des déterminations inconscientes des individus "nerveux", promettant ainsi une meilleure adaptation dans la société, Freud va proposer une théorie dualiste qui met la pulsion de vie, Eros, face à la pulsion de mort, Thanathos. Le moi devient impuissant et hanté par l'autodestruction.

"Cette seconde topique est un positionnement philosophique et devient une grille de lecture universelle "s'appliquant au psychisme de l'homme, au monde vivant dans son ensemble et jusqu'en physique dans la polarité attraction-répulsion." Le malaise, ibid.
La première topique avait connu un accueil favorable aux Etats-Unis et la psychanalyse, devenue infréquentable, engendra une extraordinaire floraison de méthodes thérapeutiques (un peu comme l'extraordinaire floraison d'appareils à abdominaux venus d'outre Atlantique permettant soit-disant d'obtenir des  muscles d'acier et qui ne sont que des pâles copies des relevés de buste ou de jambes..). Ces méthodes refusent donc la vraie difficulté de la psychanalyse et les grandes entreprises conseillent ce type de thérapies. Autant marcher sur la braise.   

Quelques précisions sur les deux topiques de l'inconscient selon Freud.

La représentation la plus simple de l'appareil psychique est, selon Freud, la représentation spatiale ou topique. Le terme vient du grec ancien, topos, déjà utilisé par Aristote et étant même le titre de l'un de ses ouvrages, les Topiques, dans lequel il explique sa conception de la logique et du raisonnement.
Le Laplanche et Pontalis donne du concept freudien la définition suivante:

"Théorie ou point de vue qui suppose une différenciation de l'appareil psychique en un certain nombre de systèmes doués de caractères ou de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres, ce qui permet de les considérer métaphoriquement comme des lieux psychiques dont on peut donner une représentation figurée spatialement."   


Dans cette première topique l'Inconscient est une vaste antichambre dans laquelle se pressent les tendances de la libido qui échappent au regard de la Conscience, le Préconscient veille et refoule les tendances déplaisantes. Les tendances permises ne deviennent conscientes que "si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la Conscience" explique Freud. En attendant elles restent dans le Préconscient. Le refoulement consiste en ce qu'une tendance est empêchée de pénétrer dans le Préconscient. Elle reste enfouie dans l'Inconscient. Le fait de ne pas parvenir à mettre fin au refoulement dans l'analyse constitue une résistance. La Conscience étant une sorte de spectatrice,"elle joue le rôle de spectatrice au bout du salon" selon le mot de Freud.                               

   
La seconde topique, ci-dessus, est celle du ça, du Moi et du Surmoi, les pulsions du ça, Eros et Thanatos occupent et gouvernent la majeure partie de l'appareil psychique. Le Moi, Surmoi, et  l'Idéal du Moi sont en partie inconscients. Lacan dira que "nous sommes parlés " par des forces inconnues qui échappent à notre maîtrise. Le Moi est dominé par le principe de réalité, à l'extérieur et les exigences contraires du ça et du Surmoi (les interdits venant de l'éducation et de la culture, des tabous...). A noter aussi que le ça présente des pulsions contraires qui peuvent toutefois se mêler...

   
                                                                                                                                                                          à suivre...  

Le malaise dans la culture, le point de vue de Freud



Il est difficile de poser ou d'opposer une pensée philosophique à l'époque actuelle où les dictatures de renard, soumises aux puissances financières libérées, exonérées et même "décoliérisées" (comme disait Léo Ferré à propos de choses beaucoup plus agréables) s'organisent en meutes assoiffées de profits sans partage et de pouvoirs, afin de mettre les peuples à genoux et d'instaurer une globalisation dans laquelle le citoyen n'aura plus le droit à la parole. Le XXème  siècle a vu les massacres de masse au niveau mondial, le nazisme, le stalinisme, le génocide commis vis à vis du Peuple Juif, la guerre de Corée, d'Indochine, du Vietnam, Pol Pot, les sombres dictatures d'Amérique du Sud et bien d'autres choses encore. Le XXIème siècle s'annonce prometteur: le 11 septembre, la guerre en Irak, en Afghanistan, différents massacres ici ou là, des empoisonnements ou des pollutions perpétrés par les industries pharmaceutiques, chimiques ou nucléaires, le Printemps Arabe dont on ne sait quel sera son devenir, la crise des banques- casinos mettant, pour ne citer qu'eux des milliers d'Américains à la rue et, cerise sur cette poubelle, le "financiérisme" qui s'annonce comme un nouveau haut mal humain. Les nations ou les (vagues) conglomérats de nations sont dépecées, l'esclavage est réinventé, les droits sociaux sont combattus avec une férocité et une iniquité sans égales par une caste ou une clique politique et financière arrogante, coupée des réalités et se situant dans le droit fil de ceux qui ont commis les erreurs les plus nuisibles du siècle dernier.
L'Humanité est souffrante, le mal dont elle atteinte menace de s'aggraver singulièrement même si des espaces et des esprits en santé se manifestent en grand nombre. Pour retrouver un peu de sérénité et des points d'ancrage, penchons-nous sur ce que dit le bon Docteur Freud à propos de la culture.

                                                       

Le Malaise dans la culture, publié en 1930, est un texte majeur de Freud, plutôt oublié des psychanalystes mais il faut savoir que son auteur avait dit à l'époque: " Ce livre traite de la civilisation, du sentiment de culpabilité, du bonheur et d'autres choses du même genre et il me semble, assurément à juste titre , tout à fait superflu par rapport à mes travaux antérieurs qui procédaient toujours de quelque poussée interne." Cet essai ne traite pas en effet directement de la théorie psychanalytique, il n'apporte en particulier aucun remaniement notionnel, Freud y rapportant de façon allusive et rapide " ses thèses et ses trouvailles théoriques" (Pierre Pellegrin, notes de l'éditeur, Les livres qui ont changé le monde,2010). Mais " l' incursion opérée dans le domaine de la culture se conjugue bien avec le souci constant de son auteur de sortir la psychanalyse de toute dépendance envers la psychopathologie. D'où ce droit de regard que la psychanalyse s'arroge sur des phénomènes "normaux", individuels et collectifs, comme le rêve, le mot d'esprit, les productions artistiques, les légendes, les coutumes et les rites folkloriques." (ibid). La psychanalyse est différente de la psychiatrie.

Voici à ce sujet précisément un des éléments de définition de la notion de psychanalyse que je déduis de l'excellent ouvrage, Vocabulaire de la Psychanalyste de Laplanche et Pontalis au PUF que je recommande chaudement à tout lecteur intéressé par le sujet.


Trois niveaux sont distingués en ce qui concerne la définition de cette discipline fondée par Freud:
- Il s'agit d'une méthode d'investigation, de recherche consistant dans la mise en évidence du sens caché, inconscient, des paroles, des actes, des productions imaginaires telles que les rêves, les fantasmes, les délires d'une personne.Cette recherche s'effectue à partir des libres associations de l'analysant qui avec l'aide du psychanalyste, en donnera une interprétation. Freud dit: " Nous avons nommé psychanalyse le travail par lequel nous amenons à la conscience du malade le psychisme refoulé en lui...Les symptômes et les manifestations pathologiques du patient sont, comme toutes ses activités psychiques, d'une nature hautement composée; les éléments de cette composition sont en dernier ressort des motifs, des motions pulsionnelles..." Cité dans le Laplanche et...
- C'est aussi une méthode " psychothérapique " fondée sur cette investigation. Psychanalyse est synonyme de "cure psychanalytique" ou tout simplement analyse.
- Le mot désigne enfin l'ensemble des théories psychologiques et psychopathologiques basées sur la méthode psychanalytique.   

             à suivre...        

                                                                                                                          

Le nouvel ordre mondial pour les nuls





vendredi 21 octobre 2011

La démondialisation, points de vue


De nombreux Américains, victimes de la crise financière, vivent désormais dans des villages de tentes. Selon Libération, ce phénomène est très sensible en Californie mais, en faisant des recherches sur You Tube, on s'aperçoit que que de nombreux états sont touchés par cette catastrophe sociale que les financiers, les fameux marchés, les agences de notation, ignorent totalement.

Voici donc une vidéo intitulée "Tent cities spring up in L.A.", des villages de tentes surgissent à L.A., dans lequel la présentatrice expose le triste sort de ceux dont le domicile a été saisi, ceux qui ont perdu leur travail... Dans le même ordre d'idée, on peut trouver des vidéos qui montrent des gymnases ou salles de spectacle transformés en salle de soins où les plus démunis sont pris en charge par des médecins, dentistes, ophtalmologistes bénévoles.

                                  Les Américains sont en train de devenir des Indiens, à qui le tour en Europe?



   
En Europe, la situation n'est guère meilleure. Voici un copié-collé provenant de la page d'accueil OrangeLes grandes associations caritatives françaises ont appelé vendredi les dirigeants européens à sauver le financement de l'aide alimentaire européenne et à "ne pas abandonner" les 18 millions de pauvres, au lendemain d'un nouveau rendez-vous raté des ministres de l'Agriculture.
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Photographe : Mychele Daniau :: Logo des Restos du Coeur  
 
Sans un déblocage rapide de la situation, "une catastrophe humanitaire" menace l'Union européenne dès 2012, ont de nouveau alerté les Restos du Coeur, la Croix-Rouge française, la Fédération des banques alimentaires et le Secours populaire."Les problèmes de carences alimentaires, de déséquilibre nutritionnel, risquent de réapparaître en Europe, pour la première fois depuis l'après-Guerre", a prévenu auprès de l'AFP Olivier Berthe, président des Restos du Coeur.
Créé en 1987, le Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) permet de financer sur le budget de la Politique agricole commune (PAC) l'aide alimentaire de 18 millions d'Européens pauvres dans 19 des 27 Etats membres.Mais son avenir est en sursis.
Suite à une décision de la Cour de justice européenne, la Commission européenne a annoncé en juin une baisse de 80% de son financement pour 2012, à 113 millions d'euros contre 480 millions prévu initialement.
Il risque même de disparaître en 2013.

Après plusieurs rencontres pour tenter de résoudre cette crise, les ministres de l'Agriculture n'ont une fois de plus pas pu se mettre d'accord jeudi à Luxembourg: six états (Allemagne, Suède, Royaume-Uni, Danemark, République tchèque et Pays-Bas) ont bloqué le maintien du PEAD, considérant que son financement ne devait plus relever de la PAC, mais de budgets sociaux gérés par chaque Etat.
"Sauf nouvelle décision, le PEAD sera donc bel et bien amputé de 80% en 2012", redoute Didier Piard, responsable de l'action sociale de la Croix-Rouge française.
"Une preuve d'égoïsme", a déploré le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos; "Scandaleux!", a dénoncé le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire.
Après ce nouvel échec, les quatre grandes associations françaises bénéficiaires du PEAD en ont pour la première fois appelé vendredi aux "chefs d'état et de gouvernement européens" pour qu'ils "n'abandonnent pas les plus pauvres".
En France, troisième pays bénéficiaire des fonds européens derrière l'Italie et la Pologne, le PEAD représente 23% à 55% des denrées collectées par les associations.
Mais si son budget fond à 15 millions d'euros, contre 78 millions précédemment, les associations risquent de manquer de denrées dès les premiers mois de 2012. Sur l'ensemble de l'année, 130 millions de repas sur les 440 millions actuellement distribués pourraient ne plus l'être.
Certaines, comme la Croix-Rouge, ont déjà indiqué qu'elles se tourneraient alors vers le gouvernement "pour trouver des solutions rapides".
Bruno Le Maire a souligné jeudi dans La Croix que le gouvernement est "déterminé à ne pas (les) laisser tomber".
Mais là où la crise frappe le plus fort, comme en Espagne, en Grèce ou au Portugal, les gouvernements risquent de refuser de débloquer des fonds, estiment les associations.A la Fédération française des banques alimentaires (FFBA), on compte plus que jamais sur "la générosité des Français lors de la grande collecte des 25 et 26 novembre" pour construire des stocks qui permettront de faire face à la pénurie annoncée pour début 2012.
Aux Restos du Coeur, on estime toutefois que la marge de manoeuvre est quasiment inexistante.
"Les donateurs sont eux aussi touchés par la crise", souligne Olivier Berthe, et "nous avons déjà fait de gros efforts pour faire face à une augmentation de la demande de 25% en trois ans".
                        

        Pour en savoir plus: Observatoire des inégalités  ***clic***                                               


                               
             Plus de 100 millions de repas servis en 2010...

Une réflexion sur une possibilité d'une éventuelle taxation des transactions financières fait d'une proposition courageuse au Parlement Européen qui va réfléchir à la possibilité en question (autant dire que c'est pour les calendes grecques).

Les transactions financières ne sont pas taxées jusqu'à présent alors que tout est taxé. Le Parlement Européen, cet usine à gaz qui s'emmêle les tuyaux,sollicité par mère courage, la Chancelière A.M. a voté récemment en faveur d'une proposition visant à réfléchir à l'éventualité d'une taxe de 0,01  ou de 0,05 pour cent sur l'ensemble des transactions financières en Europe. Les députés européens encouragent (encore du courage) l'ensemble des pays de la planète à suivre cet exemple.
Selon les déclarations officielles ( anciennement les "milieux autorisés", cette taxe rapporterait 200 milliards d'euros, chaque année.

A vos calculettes: si 0,01 ou 0,05 pour cent (peu importe, on n'est pas à quelques euros près) représente 200 milliards, quel est le montant des transactions financières non taxées?
                   

mardi 18 octobre 2011

La démondialisation, points de vue

Interview de Jacques Sapir, réalisée par Xerfil-Canal, la chaîne de la réflexion économique


Présentation de l'émission


Le monde est-il encore global? Partout on voit un retour au rôle des Etats et des manoeuvres  protectionnistes. Depuis des mois, s'est installé un climat de guerre monétaire. D'ailleurs même en Europe, la zone euro est en crise. Un nombre croissant d'économistes n'hésitent plus à évoquer les inconvénients de la monnaie unique. On n'ose même plus rêver d'union politique ou de fédéralisme économique. Quant à la France, son modèle de croissance basé sur la consommation, elle se trouve dans une impasse avec un déficit  du commerce extérieur record. Un constat s'impose désormais: chacun préfère défendre ses intérêt nationaux plutôt que de coopérer.
Serions en train de vivre le début de la démondialisation? Jacques Sapir, économiste et auteur notamment de " La démondialisation", Directeur d'études à l' Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, professeur d'économie, va donner son point de vue en ce qui concerne ces questions.

                                         

http://lebondosage.over-blog.fr/article-jacques-sapir-et-l-election-presidentielle-de-2012-44918287.html

Musique, Peter Paul and Mary

Jane Jane, une chanson que j'affectionne particulièrement.


Plus moderne, James Blunt, dans cet excellent clip, Same mistake.

                                                   

  James Blunt est né à Tidworth en Angleterre, dans une famille de militaires de père en fils, depuis des générations. Après avoir suivi des études à l'Université de Bristol, il s'engage dans l'armée britannique où il atteindra le grade de capitaine. Ainsi, il participera à la mission de paix de l'ONU au Kosovo. Pendant celle-ci, il prends conscience de son intérêt pour la musique et compose la chanson, No Bravery qui raconte son expérience de la guerre.Il quitte l'armée en 2002 et donne son premier concert à Londres. En 2003, il part pour Los Angeles, enregistre son premier album, You're Beautiful. En 2006, James Blunt remporte le NRJ Music Awards de la révélation internationale de l'année. Une belle vie déjà.

James Blunt
                                                                         

lundi 17 octobre 2011

La démondialisation, points de vue (suite)

Le choc des images, contestable sur le plan argumentatif, mais qui donne à réfléchir.

Usine en Chine
File d'attente de chômeurs devant un "job fair" à Seattle, le Figaro du 13/7/2009
Usines de chaussures en Chine

Après la fermeture de la plupart de ses usines, Roman a le droit à un musée de la chaussure
                                                                                                                                                                                                

La démondialisation, points de vue (suite)



Le point de vue de Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, d'aprés une interview recueillie par Christophe Alix, Libération du 12/10/2011.

Cet économiste appartient à un courant que l'on peut qualifier de gauche libérale, "ouverte sur le monde" dont le candidat désigné du Parti Socialiste, François Hollande est un représentant. Selon ce spécialiste, "il n'existe pas d'exemples d'économies fermées et prospères". Cependant, le débat sur la démondialisation est toujours selon ses dires  "le reflet de préoccupations légitimes". A noter que pour  Aghion, le mot "démondialisation" est immédiatement connoté par "économie fermée"; tout débat est ainsi entaché de l'argument du pire. Le politiquement correct.

L'analyse est cependant critique:

- précarisation du travail accrue,
- délocalisations provoquant le chômage et la destruction du tissu social,
- contagion de la crise financière d'un pays à l'autre,
- inaptitude flagrante des Etats à protéger leurs populations contre ces nouveaux risques,

"Il est possible d'amortir ces risques et de s'adapter à la nouvelle donne mondiale sans pour autant se replier sur soi." L'exemple de l'Allemagne et de la Scandinavie est donné. "Ce sont des économies très ouvertes, fortement exportatrices, qui ont su tirer parti de la mondialisation, en faire une chance plutôt qu'un handicap. Les Danois, par exemple ont,  avec la "flexicurité", adapté et modernisé leur marché du travail. Ils donnent à la fois plus de liberté aux entreprises, et plus de sécurité et de moyens aux salariés. Grâce à l'imbrication très forte entre l'entreprise et le système de formation, notamment via l'apprentissage, l'Allemagne a réussi à maintenir un fort emploi industriel sur son sol."

Phillipe Aghion en conclue que les pays qui réussissent la mondialisation sont évidemment ouverts sur l'international et ont un fort potentiel de croissance et des taux de chômage bas en adaptant leur système d'enseignement et leur modèle social, en mettant en place une véritable politique industrielle dont l'Europe devrait être l'instigatrice.

Le problème des exportations venant de pays ne respectant pas les normes sociales et environnementales (très appréciés des multinationales et des patrons voyous), "les paradis polluants" selon le mot d'Aghion, est évoqué : "il est tout à fait normal de mettre en place des barrières tarifaires aux frontières de l'UE".
Mais une mise en garde est prononcée à propos de ce "protectionnisme sélectif" propre à devenir "un protectionnisme systématique" qui nuirait à la croissance mondiale et serait "un signal terrible" pour les pays émergents. La Chine par exemple, s'enrichit (c'est le moins qu'on puisse dire) et constitue un débouché de plus en plus important pour nos entreprises. Pour y fabriquer quoi? La question se pose, puisque du moindre bouton de culotte au plus gros téléviseur ou satellite, tout est fabriqué en Chine, ou contrefait, au bénéfice des importateurs qui multiplient les prix de revient par 10, 20 ou trente afin de faire les plus gros bénéfices possibles sur le dos des citoyens européens, les grosses pommes de l'Asie.

" Les entreprises françaises et américaines ont joué à fond la délocalisation sur les nouveaux lieux de consommation en détruisant des pans entiers de nos industries" signale Aghion en citant encore l'exemple des Allemands qui ont "veillé à maintenir    sur leur sol les segments les plus innovants de la chaîne de production."
Les chefs d'entreprise français et américains peuvent à mon sens être fiers de leur sens de l'intérêt général de nos pays. Les citoyens sont contents de vivre dans des pays dotés de telles élites.

                                            

                                              

Musique celtique et syncrétisme culturel

Un peu de musique planante après ces graves sujets:

- la flamboyante Loreena Mc Kennith avec Tango to Evora et Marco Polo;

                                                  




- le planant Denez Prigent, Gortoz a ran

                                       
                                                   
                                            
                                                                
                                           

mercredi 12 octobre 2011

La démondialisation, points de vue



Un  nécessaire changement d'époque


Un nouveau cycle s'annonce après trente années de libéralisme à  l'origine d'une crise mondiale. Le dogme du profit immédiat a brisé les consensus sociaux, affaibli les économies occidentales en y installant le chômage, en favorisant les délocalisations industrielles vers les pays à bas salaires, en développant les emplois précaires et les licenciements boursiers et ce qui est un comble, en réduisant l'imposition des hauts revenus dont les bénéficiaires sont affranchis de toute règle. Par ailleurs, "un assaut  frontal", sans précédent a été donné contre la protection sociale. Les économies occidentales sont fragilisées par ce laisser-faire tragique (démentiel) dont les conséquences morbides ont atteint les états eux-mêmes, surendettés et, à la merci des financiers, des spéculateurs et des agences de notation ( qui ont été incapables de prédire la crise de 2008). La quasi faillite des nations a entraîné l'endettement des ménages, des banques et des entreprises. La coupe est pleine, un retour à une véritable économie s'impose.

France
                             
Grèce
    Un vent de fronde souffle. La droite allemande perd une élection régionale après l'autre, le Danemark est passé à gauche, la droite italienne est en état de décomposition... Après tous les pays d' Europe, avec des variations Nord-Sud, (les manifestations populaires sont plus importantes dans les pays du Sud, alors qu'au Nord, le rôle des syndicats est plus conséquent), Israël entre dans une phase de rejet de cette rigueur unilatérale qui s'abat sur le citoyen de base et  sur les plus démunis.
A présent, les Etats Unis sont également touchés par cette "révolte morale": le mouvement des Indignés se répand dans toute l'Amérique. Joe Biden dit que cela traduit "une suspicion largement partagée envers la manière dont fonctionne le système financier".
Dans le monde arabe, force est de constater que les révoltes, le Printemps Arabe, ont été accélérées par les politiques nuisibles de libération et d'anarchie économique.

" Sous nos yeux, en ce moment même, s'ouvre un nouveau cycle long, celui du retour aux commandes de la puissance publique, après trente années de libéralisme triomphant.". Un libéralisme triomphant et destructeur, des sociétés, des hommes, des protections sociales, de la qualité de vie et de la planète. La sagesse des marchés s'est transformée en fantôme et  mieux en épouvantail, y compris en Chine, où les conflits sociaux se multiplient.
Les citoyens "aspirent partout à un retour de l'Etat arbitre, protecteur et garant du long terme.".   

D'après l'article de Bernard Guetta, Libération (excellent) du 12/10/2011.
                         
                                                                         Les Indignés montent en puissance aux Etats Unis
                                      

Paroles d'Indignés américains  



 " des banques totalement déconnectées de la réalité, qui ont provoqué la crise des subprimes et qui jouent avec le sort de millions de personnes, comme on joue au casino... Nous sommes dans un système politique corrompu, avec deux partis qui se marquent à la culotte et sont dans une impasse." Robert Segal, technicien indigné.  

"Ce que l'on vit aujourd'hui  est le début d'un processus qui doit aboutir à une nouvelle forme de réflexion démocratique. Je suis d'une génération qui n'a plus d'illusion, qui pense qu'elle n'a pas d'avenir. Nous n'avons aucun droit à la parole en Amérique, les citoyens n'ont aucune voix. Tout est bloqué, et la situation au quotidien est de pire en pire." Anj Ferrara, peintre et sculptrice.

"La vérité, c'est que les gens autour de moi en ont assez du système dans lequel on vit, qui est dominé par la finance. C'est la finance qui détruit le tissu social de l'Amérique. Elle a des pratiques illégales, et elle s'est infiltrée partout." Criss Cobb, journaliste.

"Il n'y a plus de place pour l'Américain moyen. Seuls les plus puissants peuvent s'en sortir. Les autres ne peuvent plus payer leurs emprunts immobiliers et n'ont plus d'argent pour vivre décemment. Pendant ce temps, les banques continuent à distribuer des salaires mirobolants et les bonus qui vont avec." Tammy Bick, secrétaire médicale au chômage.

                                               Cleveland contre Wall Street

  • Voici une des critiques de ce film édifiant:
  •  
  • Pariscope - Virginie Gaucher : 2étoiles Cleveland contre Wall Street Cleveland, Ohio. 20 000 familles sont expulsées. La mairie attaque Wall Street. 21 banques s’opposent au procès. Le réalisateur a alors l’idée de filmer un vrai faux procès, réunissant les protagonistes des faits, offrant aux victimes la tribune qu’on leur refuse. Juge, plaignants, avocats, témoins et jury tiennent audience. Les témoignages sont accablants : des clients, parmi les moins éduqués et aux plus bas revenus, tous en quête du modeste rêve américain de posséder sa maison ont obtenu, via des courtiers peu scrupuleux, des financements, puis des refinancements, voire des re-refinancements ! Les taux ? Prohibitifs ! Ces clients étant peu solvables, il fallait bien compenser le risque pris par la banque ! Si on n’a rien compris aux subprimes, cette leçon d’instruction civique expose très clairement la stratégie des financiers. « Tout allait si bien en Amérique » soupire l’un des témoins… Aujourd’hui, pour les banques tout va bien, les expulsions, elles, se poursuivent.
    copié-collé
La crise de la finance globalisée

Il s'agit du titre de l'ouvrage écrit conjointement par Anton Brender et Florence Piscini, deux économistes de qualité. Leur analyse a le mérite d'expliquer la crise actuelle et de poser la responsabilité de la globalisation financière qui s'est accompagné d'une prise de risque accrue des banques. De cette façon, le système est devenu un colosse au pied d'argile qui menace gravement l'économie de la planète. Les politiques au nom de l'idéologie dominante et, croyant fermement à la main invisible des marchés qui par l'opération du Saint-Esprit allait faire en sorte que tout ce beau monde et ce tas de fric dont les citoyens ne voient pas la couleur allait se réguler lui-même. Les fonctions de surveillance et de régulation ayant été abandonnées, la jungle, le chaos financier, plongent tous les pays ou presque dans une crise dramatique, dont on ne voit que le début.

A lire:



La crise financière mondiale de 2011 a-t-elle commencé? (Le Monde): ***clic ***

                                                      
    La mondialisation a échoué, le point de vue de Kostas Vergopulos, professeur d'économie à Paris VIII   

Il s'agit d'une synthèse d'une interview de ce professeur réalisée par Vitorio De Filippis, publiée dans le Libération du 12/10/2011.
Ce spécialiste de l'économie estime que la démondialisation a déjà commencé et qu'il faut accepter que cette idée va s'imposer et que ce concept n'est plus un courant de pensée mais un constat.
C'est la crise financière qui sonne le début du processus: "Jusqu'en 2008, le moteur de la mondialisation était surtout la mobilité des capitaux et une forte intégration mondiale des marchés financiers. Au point que cette intégration a donné lieu à un seul et même marché financier mondial. La libre circulation des capitaux, doublée d'une dérégulation et d'un retrait des états, a provoqué le surendettement. Des états mais aussi des ménages et surtout des banques et des entreprises..."
Les conséquences sont, selon l'économiste, "l'ampleur des déséquilibres et l'explosion des bulles spéculatives" et le fait que le surendettement des pays occidentaux provoque "un mouvement inverse, celui du désendettement" avec une addition très salée pour le citoyen surtout quand il appartient à la classe moyenne et aussi le cortège de destruction du Service Public, éminemment néfaste dans tous les domaines. Cela implique donc "une régression de la mondialisation", les pays tentant de retrouver un équilibre financier, dans un premier temps, sur des ressources nationales ou régionales.

Ainsi certains pays essayent de relancer leur économies en dévaluant leur monnaie et une moindre hostilité au protectionnisme.C'est le cas des Etats-Unis, du Brésil, de la Chine. "Tout le monde tente de réagir, sauf l'Europe qui reste ultralibérale, en retard d'une guerre..." et qui se bat toujours pour une monnaie forte "malgré l'endommagement grave de son tissu productif et ses déséquilibres intrazone euro" souligne très justement l'économiste.

Selon Vergopoulos, le protectionnisme est "le petit côté du problème", la question cruciale étant monétaire: "il faut flexibiliser et même laisser filer l'euro pour réussir la reterritorialisation (néologisme) de nos systèmes économiques. Nous découvrons, après trente années de mondialisation, que nos économies sont de plus en plus difficiles à gérer à cause notamment des effets de la suppression de pans entiers de systèmes productifs."Je me permets d'ajouter à cela que les ouvriers, employés et cadres que l'on avait jetés à la poubelle, dans la sidérurgie par exemple ou dans le textile, l'avaient découvert bien avant que les économistes s'expriment. Passons.

Après cette destruction systématique des industries de nos pays, commence à poindre, fort heureusement, l'idée de "retorrialisation" qui facile ou pas est une nécessité: "Nous ne pouvons pas croire qu'une société puisse vivre uniquement de la production de services. La réalité est simple le chômage frappe quatre millions de personnes, les pauvres qui travaillent sont légion, et la paupérisation est une réalité."

" La cohérence sociale" est plus importante que des téléviseurs à bas prix, d'autant plus que les pays qui profitent de cette économie du tanker, comme le dit l'habile Président de la Banque Centrale européenne, Jean Claude Trichet, refusent de réduire leurs excédents financiers et commerciaux, préférant à la redistribution des fruits de la croissance "un fétichisme de l'épargne" qui mettent, selon une expression que j'affectionne, les pays sur la paille...

Kostas Vergopoulos, professeur d'économie
                                                            
                                                     
à suivre...