jeudi 27 septembre 2012

La sculpture de soi selon Michel Onfray -3-




Un visée esthétique opposée à la philosophie classique

La pensée de Michel Onfray délaisse les chemins balisés de la pensée classique, citons pour illustrer cette expression des philosophes comme Platon, Aristote, Descartes, Kant... et développe une "morale esthétique qui fait l'éloge, préconise, "la vitalité débordante", "la restauration de la "virtu contre la virtu chrétienne", "la culture du talent", "l'individualité forte"," la capacité à la magnificence dans une perspective hédoniste". Un véritable cauchemar pour les patrons, les europhiles, les politiciens institutionnels.Un dynamitage du politiquement correct.

"L'artiste est une figure qui me repose du philosophe lorsque celui-ci est devenu une caricature de lui-même. J'ai plus de plaisir, parfois, à la compagnie de Michel-Ange qu'à celle de Malebranche. Et même aujourd'hui, à celle d'un peintre, d'un sculpteur ou d'un architecte plutôt qu'à un professionnel de l'idéal ascétique. Et des vertus caduques. La philosophie sent la poussière et relève bien souvent de l'art d'accommoder les restes ou les vieux releifs laissés par les religions sinistres.
L'atelier de l'artiste est un monde à lui tout seul, une fabrique de rêve et d'images, une manufacture pour les formes. Celui du sculpteur est presque métaphorique: la terre brute, le chaos, puis le vouloir de l'artiste qui se fait démiurge et informe les volumes qui lui échappent ensuite. Ou celui du maître-verrier qui fait fondre ses matériaux pour produire des filets de pâte aux couleurs inattendues bien que voulues. Et le résultat intégrera la beauté, l'équilibre, l'harmonie, le charme, la grâce, toutes ces vertus qui rebutent le philosophe chien de garde préoccupé de tout sacrifier de ces qualités pour ce qu'il croit être la vérité, la logique, la conséquence, la certitude. Je me moque de la raison raisonnante et lui préfère l'intuition fine et foudroyante. Le verbe est toujours second, du moins il doit toujours l'être. Et l'émotion doit primer.
Quiconque met l'émotion avant la réflexion est artiste. Les philosophes qui ont toute mon admiration sont ceux qui ont injecté une forte dose d'art dans leur façon.Ce sont les mêmes qui se sont ri des prétentions aux métaphysiques pouvant se présenter comme sciences." (La sculpture de soi, Eloge de l'artiste,..)

                     


Une pensée établie dans le droit fil de Nietzsche      

Le philosophe de La sculpture de soi est l'héritier direct, pourrait-on dire, de Nietzsche, le concepteur du "philosophe artiste" dont "le signe distinctif est la capacité à  inventer de nouvelles formes d'existence". Il s'agit de rompre avec les "adhésions passives" de l'homme du commun" même si les voies qui s'ouvrent à cette perspective sont plus difficiles et plus dangereuses que celles "des réussites frelatées"  et des aboutissements des troupeaux populeux. La vie et l'oeuvre de Michel Onfray sont l'illustration parfaite de ce "chemin de traverse", lui qui a rompu avec l'Education Nationale, créé une Université Populaire et déclenché les cris d'orfraies des tenants d'une pensée en ligne droite.


Pour prendre contact avec l'excellent Michel Onfray... "On n'est pas couché", émission du 29-10-2011



                                                             


                                                                                 

mercredi 26 septembre 2012

rcredi 26 septembre 2012


La sculpture de soi selon Michel Onfray -2-





La maïeutique et le style

La maïeutique  est l'art de faire accoucher (maieuven, techné, en grec ancien). Au sens figuré, et la comparaison est due à Socrate dont la mère était sage-femme, c'est l'art de faire accoucher les esprits, c'est à dire de les conduire à une prise de conscience de ce qu'ils savent implicitement, à l'exprimer et à le juger. Faisons un bref détour par Platon.

". Socrate. -Mon art de maïeutique a les mêmes attributions générales que celui des sages-femmes. La différence est qu'il délivre les hommes et non les femmes et que c'est les âmes qu'il surveille en leur travail d'enfantement, non point les corps. Livre-toi donc à moi comme au fils d'une accoucheuse, lui-même accoucheur; efforce-toi de répondre à mes questions le plus exactement que tu pourras..." Platon, Théétète, 150 b-151 c)

La maïeutique est donc l'art de faire accoucher les idées, qui autrefois ont été contemplées et oubliées par l'homme selon la théorie platonicienne.Cette technique va conduire l'apprenti philosophe sur la voie du Bien et du Beau. Cette idée d'une absence de formes valides chez l'être originel est reprise par Michel Onfray:
"Tout le monde est précédé d'un chaos appelant le démiurge." (ibid, p.77).
C'est aussi le cas d'une personne en ce qui concerne ses éléments constitutifs tels que son tempérament et son caractère. Se développer, selon Onfray, consiste à mettre en forme les potentialités en "sélectionnant la formule la plus heureuse"  et en livrant au néant les autres. "Pas de constitution d'une singularité sans la mort de tout ce qu'elle aurait pu être hors de cette cristallisation particulière." (ibid, p. 78). Cette singularité, il faut comprendre cette personnalité unique, doit confiner à l'oeuvre d'art en se plaçant au-delà de "ces rapetissantes logiques, contre l'humilité qui rabougrit, la mauvaise conscience qui sape, l'idéal ascétique qui tue..." (ibid, p 21).
Et pour cela intervient l'esthétique, le style: "Pas d'oeuvre digne de ce nom donc, sans manifestation d'un style, sans distinction d'une manière, l'un et l'autre supposant une main particulièrement habile" (ibid p. 78). L'homme , dans cette perspective, dans ce travail de la forme, s'érige en oeuvre personnelle selon une esthétique. Il faut replacer cette pensée de la construction de soi dans cette fameuse notion nietzschéenne de "volonté de puissance", qui est à l'origine de nombreux contresens. Elle a souvent été présentée comme un appétit de domination, comme le culte du fait accompli, le triomphe de la force brute, ou encore, comme la possibilité d'une justification théorique des méfaits les plus tragiques.
Il s'agit en fait "d'une tentative de penser de façon active au-delà du ressentiment et de la mauvaise conscience, au-delà aussi des autres formes de nihilisme telle que le pessimisme moderne." André Simha, Nietzsche, Bordas, 1988.

Agir avec style
        à suivre                                        


mardi 25 septembre 2012

La sculture de soi, Michel Onfray, 1ère partie


 

L'idée de cet article qui sera une analyse de l'ouvrage de Michel Onfray, "La Sculpture de soi", publié en 1993 chez Grasset, m'est venu à la lecture d'un article de Libération du 8 août, "L'ego, vices sans fin" écrit par Eric Loret.
L'article débute par une phrase superbe: "Le seul domaine où l'être humain touche à l'infini, c'est le ratage". Ensuite l'auteur analyse le besoin irrépressible de résister à la concurrence de l'autre dans le style inimitable de Libé, et c'est pour cela que je suis un lecteur assidu de ce journal qui souvent me fait bondir pour ceci où cela, mais que je lis toujours, parce que j'aime la lecture qu'il me procure et ce style particulier fait de décontraction et de savoirs et de compétence pour l'écriture. Je précise que je n'ai aucune action chez lui et que je n'ai aucune action nulle part. Cette analyse dit notamment: "Dès ses premières expériences de sociabilité, le petit enfant s'aperçoit que la plupart des ses camarades sont plus beaux et plus intelligents que lui, qu'ils obtiennent plus de gâteaux et de bisous, qu'ils sont plus forts, lui pissent à la raie et veulent globalement sa mort. Certes, il en existe aussi de moins bien lotis que lui, mais il ne les voit pas car il est assis dessus". C'est à partir de ce constat enfantin, imagé et réaliste que l'individu va développer de très nombreuses stratégies pour séduire, travailler, gagner sa vie, d'une façon générale être performant y compris au lit, afin de ne pas être un laissé pour compte.


La lutte pour la vie
Ainsi dès l'Antiquité, toujours selon l'article de Libé, Antiphon, sophiste du Ve siècle avant JC soignait les peines par la parole et serait ainsi un des précurseurs de la psychanalyse. Il est, Antiphon, l'auteur d'une phrase remarquable: "Il y a des gens qui ne vivent pas la vie présente: c'est tout comme s'ils se préparaient, en y consacrant toute leur ardeur, à vivre on ne sait quelle autre vie, mais pas celle-ci, et pendant qu'il font cela , le temps s'en va et il est perdu. on ne peut pas remettre en jeu la vie comme un dé qu'on relance." (ibid)
D'où le succès des méthodes de développement personnel  concernant la timidité, l'affirmation, la gestion du stress, la transformation de sa vie et dans cette "idéologie de la remise à niveau permanente, les vingt dernières années ont vu le triomphe et la déchéance  de l'injonction du "be yourself". Le mythe libéral notamment à travers les émissions de télé-réalité avec cette "régression politique" des candidats qui s"assoient sur les autres et leur "pissent à la raie" et, ceux plus cools qui se contentent d'être ce qu'ils sont mais qui ne sont pas très à la mode.
Ce que l'on ne peut nier, c'est que l'on évolue sans cesse, que l'on adapte ou modifie sa personnalité au gré des besoins, des relations et au fil du temps; que l'on se construit pour réussir ou résister ou simplement survivre. Que dit Michel Onfray dans cette ouvrage au titre prometteur, "La Sculpture de soi" qui laisse apparaître l'idée que derrière cette construction permanente à laquelle nous nous livrons, si nous n'avons pas de tendance suicidaire, il y a une sorte d'oeuvre à accomplir et de préférence une oeuvre d'art.    

 La sculpture de soi selon Michel Onfray

La métaphore de la sculpture est aisée à comprendre. Retournons en classe de lycée pendant quelques lignes. Le comparé de cette figure d'analogie est le soi. Le comparant est la sculpture, c'est à dire l'art de tailler la pierre, le bois ou d'autres matières, avec divers outils en vue de dégager des formes, des volumes, afin de créer un effet artistique. Se sculpter soi-même est donc un projet qui consiste à se donner une forme avec des critères esthétiques. On pense immédiatement à la sculpture du corps telle que le permettent des sports comme le body-building ou plus simplement la musculation, les diverses formes d'aérobics, atttendons par là, toutes les formes sportives en salle ou en plein air qui engage en même temps un effort cardiovasculaire.Il faut remarquer que tous les sports présentent cet aspect de construction esthétique du corps. Il n'y a qu'à se rappeler les images des derniers Jeux Olympiques pour comprendre combien cela est important. A la beauté du geste ou de la performance, s'ajoute la beauté des corps (et des esprits) et, ces beautés rassemblées créent ce spectacle magnifique.
A mon sens, Onfray ne doit pas dédaigner ce type de sculpture de soi  qui consiste en un surpassement du physique ordinaire, de l'esprit commun (pour éviter d'être accusé d'élitisme-commun donc-) qui permet une liberté; dans le sens où l'athlète s'affranchit un peu plus de la gravité, de la lenteur, de la faiblesse, de la peur, de l'adversaire...Il y a donc un aspect esthétique qui ressort de l'emploi de cette métaphore. La transformation de soi n'est pas seulement corporelle ou psychique ou encore pragmatique du type "Comment avoir confiance en soi," "Comment prendre la parole en public?, "Comment vaincre ses complexes?", ou bien analytique comme peuvent le proposer des thérapies classiques du type cure freudienne, cette transformation se place, en partie, dans le domaine esthétique. L'oeuvre personnelle, selon ce philosophe libertaire, a un rapport étroit avec le Beau, la Grâce, qui manquent singulièrement au monde postmoderne.



Une sculpture philosophique

Malgré l'attirance que je soupçonne chez Onfray vis à vis des athlètes de toutes conditions, c'est en philosophie que ce travail des belles formes va se placer.
"Pas d'oeuvre, donc sans maïeutique et sans cette capacité à solliciter la matière en gésine." Tel est le début du chapitre intitulé "De la sculpture ou l'avènement des formes" (p. 77 de La sculpture...Biblio, Essais.). Il faut remarquer que le sous-titre de cet ouvrage est "La morale esthétique" et l'on comprend que Michel Onfray ne va pas entraîner ses lecteurs dans des chemins très parcourus. Comme pour l'athlète qui allie la beauté du corps à celle de la performance, les recommandations philosophiques sur le Bien et le Mal vont se marier avec le Beau. Ce qui est rafraîchissant car avouons le, la morale, l'éthique, les règles, sont tristes. La chair n'est pas triste comme le disent les pisse-vinaigre. La chair est érotique,douce au toucher et au regard. Il apparaît donc totalement bizarre de la cacher sous des voiles, mais il s'agit d'un autre sujet, à évoquer avec prudence, afin d'éviter le destruction des ambassades.