mardi 15 octobre 2013

L'existentialisme, Sartre, Camus, Simone de Beauvoir et les autres -1-



L'existentialisme désigne une philosophie dont les contours sont plus ou moins flous et à laquelle le sens commun attribue une certaine marginalité, une manière d'être un peu originale. Pourtant, ce terme désigne un mode de pensée véritable qui situe la philosophie au niveau précis de l'existence et aussi une orientation spécifique de la philosophie contemporaine. Faisons au préalable un retour sur le concept d'existence, ce qui est la moindre des choses.

Existence

L'existence est la propriété de l'être qui existe. Au delà de cette tautologie, il faut préciser qu'il y a des êtres qui existent et que d'autres n'existent pas, les Idées au sens platonicien du terme, les concepts mathématiques, alors que le Monde existe, l'Homme existe, ce qui conduit à poser la question: qu'est ce qui fait que l'existence est un mode d'être particulier?

Le terme latin ex-sistencia signifie "sortir de ", "naître", le préfixe exprime une sortie, une extériorisation qui d'emblée dénote une origine, une provenance externe. Le nom ex-sistentia, qui préfigure plus exactement le terme moderne, apparaît au Moyen Age. Ce sont les philosophes et les théologiens qui l'ont employé  et, son sens est tout à fait proche du sens étymologique, c'est à dire: le mode d'être de l'être qui reçoit son être d'un autre être que lui. Une citation latine l'exprime clairement: "Quid est enim consistere nisi ex aliquo sistere, hoc est substantialiser ex aliquo esse?" (Qu'est-ce qu'ex-sister, sinon provenir de quelque chose, c'est à dire substantiellement être à partir de quelque chose?). Cela signifie que ex-sister insiste sur la nécessaire dépendance de l'ex-sistant par rapport à l'être qui lui donne son origine. la relation est hiérarchique entre celui qui ex-siste et celui dont il tire son origine. L'être de la créature provient et reste sous la dépendance du Créateur. L'être vient de Dieu et d'une certaine façon, ce qui est créé est un moindre être puisque c'est un dérivé de l'être véritable. L'ex-sistant possède de l'être mais c'est un être différent, amoindri par rapport à celui qui est seul capable de donner de l'être.

                                                                           


Les Anciens n'utilisaient pas de terme pour exprimer la notion d'existence, ils parlaient "d'être". Si l'ex-sistere exprime le fait d'être en rapport avec une cause, "être" provient d'une étymologie différente: la racine ancienne est "es " que l'on peut traduire par " ce qui est authentique" avec le sens de croître, d'apparaître, subsister. Cette racine est à la base du "esse" latin. Les philosophes anciens utilisaient le mot "ousia"  dérivé de "enaî" qui signifie exister, être présent. Le nom "ex-ousia" aurait pu servir pour désigner la sortie de soi, dans la perspective d' existence et de liberté.
Cela conduit philosophiquement, dans la pensée occidentale,  à une attitude, avec le doute concernant l'existence de Dieu en tant que créateur de l'homme et de toute autre créature ou, d'une façon moins radicale par une autonomie nouvelle par rapport à Dieu, à penser qu'il n'y pas de logique de l'existence: elle n'est pas déduite d'un être infini, puisque l'être suprême ne saurait exister, puisqu'il tient son origine d'aucun autre.
 La créature, dans cette perspective, doit être considérée comme contingente, c'est à dire qu'elle peut être là ou ne pas être là, elle est ni nécessaire,  c'est à dire, qu'elle ne peut être conçue comme n'étant pas, elle n'est pas non plus impossible.
L'existence humaine apparaît comme dépourvue de raison et détachée de toute idée de Créateur. L'existence est le pur fait d'être; elle n'est aucunement le résultat d'un état préalable de l'être. "L'existence ne peut naître d'un raisonnement" dira justement le philosophe Alain. C'est ainsi qu'avec Descartes, le penseur le plus représentatif dans cette nouvelle approche de l''homme, une autre pensée s'exprime, apportant une alternative salutaire à la théologie réductrice: l'existence est le fait que quelque chose de possible est devenu actuel. Il y a dans l'existence une présence effective et, existence devient le synonyme de réalité actuelle (étant bien entendu que l'idée de Créateur subsiste) mais l'existence, en tant que fait d'être, est ce qui est va s'imposer.



Descartes, une nouvelle approche du concept d'existence

C'est au XVIème  siècle qu'avec la pensée cartésienne apparaît donc une manière nouvelle de considérer l'existence, qui finira par se substituer à la conception traditionnelle. Le concept s'affaiblit et se libère en tout cas de la relation théologique. Exister devient l'équivalent du verbe être. Pour le philosophe du cogito ergo sum, l'homme découvre qu'il existe en tant que chose qui pense: "Il n'y a pas de doute que je suis... Je suis, j'existe" Méditation seconde. Dieu existe, en tant qu'être parfait mais l'homme et le monde existe. Pour Descartes, l'existence est le simple fait d'être, sans considérer aucun ordre, aucune provenance ou rang.

Une nouvelle approche de l'existence reprise par Sartre

Sartre soulignera cette caractéristique de la pensée cartésienne: être conscient de son existence, c'est penser que l'on est et, l'identité de l'homme est cette pensée.

"Et telle est bien l'intuition première de Descartes: il a compris mieux que personne, que la moindre démarche de pensée engage toute la pensée, une pensée autonome qui se pose, en chacun de ses actes, dans son indépendance plénière et absolue." La liberté cartésienne, 1946, Situations I.





                                


à suivre

                                                             


                                                           

vendredi 11 octobre 2013

Patrice Chéreau



                               

Acteur, comédien et metteur en scène français, Patrice Chéreau (1944-2013) nous laisse une filmographie flamboyante.

Les films qui ont marqué toute une époque

Patrice Chéreau était aussi un homme de théâtre. Touche à tout, doué, il avait mis en scène, pour le festival de musique d'Aix-en-Provence, le fameux "Cosi fan tutte" de Mozart.






Lire à son sujet l'hommage rendu sur le blog de la "lectrice en campagne", La livrofage", c'est multi thématique, littéraire, riche en liens et très esthétique. Musical aussi.

La livrophage, lectrice en campagne



Isabelle Adjani dans "La reine Margot"


La crise. Quelle crise? Le point de vue de Patrick Viveret


Patrick Viveret

Patrick Viveret est titulaire d'une licence et du capes de philosophie et d'un doctorat de lInstitut d'étude politiques de Paris. Chargé sous le gouvernement Jospin par le secrétaire d'État à l'économie solidaire d'une mission visant à redéfinir les indicateurs de richesse, il est l'auteur du rapport Reconsidérer la Richesse (ed de l'Aube) et de livres comme Pourquoi ça ne va pas plus mal? (Fayard) dans lequel il établit la distinction entre « coopérateurs ludiques » et « guerriers puritains »3. Animateur de la JEC (jeunesse étudiante chrétienne) dans le cadre du mouvement du christianisme social des années soixante, il rejoindra le PSU après 1968, puis le Parti Socialiste et sera le rédacteur en chef des revues Faire puis Intervention qui s'inscrivent dans la tradition d'un socialisme démocratique et autogestionnaire. Chargé par Michel  Rocard d'une mission sur l'évaluation des politiques publiques en France il est nommé conseiller référendaire à la Cour des compte en 1990. Actif dans les mouvements altermondialistes, il a participé en  200 à Porto Alegre au premier Forum social et collabore régulièrement au journal Le Monde diplomatique..

Ses domaines d'intérêt sont la philosophie politique, l'économie, la comptabilité, les mouvements associatifs et des alternatives au développement non durable, telles qu'une « sobriété heureuse » démocratiquement débattue et choisie ou des « politiques publiques de mieux-être ».
En septembre 2008, il participe au forum de Grenoble, "Un nouveau monde ! Mondialisation, Environnement, Europe " Il y évoque en particulier un thème récurrent chez lu : de nouvelles formes de rapport au pouvoir.
En octobre 2010, il prononce la conférence d'ouverture du Salon de l'horizon vert de Villeneuve sur Lot sur le thème « Capitalisme vert ou sobriété heureuse ».
En décembre 2011, il participe à la journée "Action collective et développement durable : comment favoriser l'implication citoyenne et la coopération entre acteurs pour la réalisation d'objectifs partagés ? à Dijon.
En 2012, il participe à la fondation du collectif de citoyens Roosevelt 2012 qui propose une analyse originale des causes de la crise du système et des réformes économiques, sociales et écologiques avec Stéphane Hessel, Edgar Morin, Curtis Roosevelt (petit fils du président Franklin D. Roosevelt), Michel Rocard, Pierre Larrouturou . (d'après Wikipedia)


Patrick Viveret
  

 Un point de vue différent du refrain habituel

Selon Patrick Viveret, interrogé par Sylvain Bourmeau (Libération du 15 septembre 2013) le terme de crise est un mot écran qui en principe s'applique à une situation aiguë et ponctuelle. Mais ce terme est employé depuis les années 1970. On avait parlé à l'époque de crise pétrolière engendrée par la légère augmentation du prix du pétrole, après que les pays producteurs se soient fédérés en organisation (OPEP). Il faudrait plutôt parler de "grande transformation".
Il s'agit pour cet intellectuel d'une "...nouvelle mutation profonde, à la fois écologique, sociale, et informationnelle. Ou pour parler comme Edgard Morin d'une métamorphose".
Dans cet ordre d'idée, la crise serait "une arnaque inventée par une oligarchie mondiale pour préserver ses intérêts, alors que le monde est bousculé par cette grande transformation."
Les initiateurs de la crise s'appuient sur cette notion qui fait frémir le monde occidental: la dette. "Ce processus est apparu avec les politiques reaganiennes et tatchériennes et cela relève plus de l'escroquerie en bande organisée que de la crise".

Regarder à ce sujet cette courte vidéo ou Patrick Viveret explique dans les grandes lignes ce mécanisme de la dette.



                                                  
  
Pour répondre à ce discours de la dette, dont on se demande comment les partis politiques ont pu être assez naïfs pour en créer les conditions, en livrant les états pieds et poings liés à la rapacité privée et au dogme insensé de l'Europe ultralibérale, les citoyens s'organisent mais encore trop localement et sans véritable actions d'envergure. Mais, il s'agit d'un mouvement de fond:
"A l'échelle mondiale, la créativité est extraordinaire. Elle s'exprime simultanément dans deux directions: par cette vision transformatrice qu'elle dessine et, sur le terrain de la résistance au grand narratif de la crise. Alors bien sûr, ces initiatives sont souvent modestes et locales. Face à la crise du macro crédit, on oppose des expérimentations du micro crédit, pour ne prendre qu'un exemple. Non pas pour rester indéfiniment à cette échelle mais, au contraire, avec l'objectif de préparer des réformes plus générales du macro crédit."

Ces initiatives sont évidemment peu relayées par les médias conventionnels qui défendent en majorité et envers et contre tout le système, mais une véritable résistance s'organise. Patrick Viveret site les états généraux de la transformation citoyenne  qui doivent se tenir à partir du 12 octobre, dont on peut lire le programme ici.

Cette page d'accueil présente également des textes intéressants sur cette vision alternative.

Voici un autre lien où sont développées plus amplement les thèses de cette économiste alternatif.

Texte complémentaire, La mondialisation, Philippe Moreau Defarges, chercheur et codirecteur de l'Institut français des Relations international, professeur à Sciences Politiques et auteur entre autre d'un très intéressant Que sais-je, La Mondialisation, PUF, numéro 1687.

Selon ce spécialiste la mondialisation se traduit par une multiplication des échanges entre les êtres humains, sans commune mesure avec ce qui a pu exister précédemment. C'est le monde dans son intégralité qui est devenu un espace politique et économique unique ce qui a pour conséquence des circulations d'hommes, de biens, de capitaux de plus en plus intenses, une exploitation  de toutes les richesses de la planète et la mise en œuvre de moyens technologiques de plus en plus efficaces. Le monde est entré dans l’anthropocène, c'est à dire l'âge de l'homme succédant aux ères géologiques.

"Les êtres humains sont de plus en plus liés, que ce soit par l'occupation des territoires, l'urbanisation, les communications de toutes sortes. Ces liens impliquent l'homme dans sa totalité... la mondialisation, définie initialement comme un processus économique, a toujours été globale. " ibid, p 123.

On peut se demander si cette densification intense de l'interactivité entre les hommes ne va pas être le lieu d'une privation de liberté qui supplanterait l'échange: "la seule défense contre la mondialisation réside dans la soumission à ces lois: commercialisation, marchandisation, judiciarisation" ibid, p 124.

"Toute la terre constitue désormais un seul et unique marché. les destructions qui en résultent sont multiples constantes et inévitables... Les hommes ne sont-ils pas condamnés à se ligoter pour s'empêcher d'aller trop loin, pour ne pas vivre sur une planète surexploitée et bétonnée? La terre est la maison des hommes; elle est aussi leur prison, ils ne peuvent vivre ailleurs." ibid, p 124.

L'auteur termine justement sur la nécessité de la découverte d'une "sagesse planétaire" afin de gérer les urgences. On ne voit pas comment cette sagesse puisse être découverte par les hommes politiques ou les multinationales, il revient donc au citoyen de se mettre à la tâche et il faut oser penser que les premiers pas sont en cours.

ATELIER D’ÉCRITURE

La crise? Quelle crise? Il y a bien là un début qui incite à un exercice d'écriture polémique, c'est à dire liè au combat (polemos désigne la guerre en grec ancien). Le texte s'adresse à la raison, il utilise un lexique moral, éthique, mélioratif qui concerne la vertu, la liberté, la beauté, la tolérance... qui s'oppose à des termes péjoratifs. L'objectif est de convaincre, pour cela, il ne faut pas hésiter à utiliser des formes oratoires, des exclamations, des questions rhétoriques. Enfin, l'ironie peut être employée afin de fustiger ce que l'on combat, pas forcément la crise, bien d'autres sujets existent et sont des motifs d'indignation.

Envoyez vos textes à kayak83@orange.fr, ils seront publiés sur Écrire, Penser, Comprendre.

Au plaisir de vous lire!