lundi 21 mai 2012

L'Europe du désastre économique et social ne se mouche pas avec les doigts



En pleine crise économique, José Manuel Barroso a coûté 730 230 euros en frais de représentation pendant l'année 2009. Les 27 membres de la Commission Européenne ont dépensé 4 millions d'euros la même année. Ces chiffres sont donnés par un service appartenant à cette même Commission, le "paysmaster office" (PMO), chargé des paiements pour les missions.

Lire l'article du Monde: http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/13/en-2009-barroso-a-depense-730-230-euros-en-missions-et-frais-de-representation_1305437_3214.html

                                                  48 millions de francs par an, 4 milliard de centimes.    

262 millions de francs pour la Commission Européenne, qui prêche la rigueur, les économies, la mise à sac du Service Public.  

Salle de conférence de la Commission
                                            

dimanche 20 mai 2012

L'Europe du désastre économique et social: manifestations



Les citoyens européens prennent conscience peu à peu que la politique menée par la Commission Européenne est un non sens: dogme ultralibéral, croyance magique dans la "main invisible" des marchés qui se réguleraient par l'intervention du Saint-Esprit, portes grandes ouvertes à la mondialisation y compris et surtout avec des pays n'ayant aucune loi sociale et soumettant donc le continent à une concurrence déloyale, confiance et soumission aux fameux marchés dont le soucis principal et l'accumulation de bénéfices, destruction que l'on peut qualifier de sauvage des Services Publics, vente à des sociétés privées du bien public (les autoroutes), foi insensée dans une économie uniquement basée sur la consommation et les services et une hypothétique haute technologie, rigueur pour les salariés, les classes moyennes.
On en finirait plus: l'énumération rabelaisienne pourrait s'étendre à l'infini ou presque. Je me souviens d'un commentaire d'Arté à propos de la réglementation de l'élevage en Allemagne d'abord traditionnel (des boeufs dans les prairies) puis sous le diktat des technocrates, l'abandon des prairies au profit de l'élevage en stabulation, l'abandon des boeufs au profit des taureaux, puis la réglementation de la hauteur des taureaux... et je ne sais quoi encore... Ce commentaire évoquait une "déraison systématique".
Quoiqu'il en soit, le prix de l'usine à gaz européenne s'annonce salé: la Grèce, l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre désindustrialisée jusqu'aux os, les pays-Bas sous la menace d'une rigueur, le Portugal avec un salaire moyen se situant aux alentours de 400 euros,la France, qui doit sûrement sa survie à un secteur public fort et à une résistance syndicale, à une volonté de ne pas abandonner les acquis sociaux légitimes...tous ces pays sont touchés par l'ineptie d'une politique imposée par les instances non élues de l'Europe et son seul candidat à la présidence, je parle du Sieur Barroso pour qui le Parlement Européen a voté benoitement comme un seul homme.
Le prix du mépris du peuple et de la démocratie s'annonce "lourdingue". Certains économistes parlent de 15 ans de récession pour la "Vielle Europe". Espérons qu'ils se trompent et que la nouvelle donne politique française qui vient de secouer le G8 sera suffisamment puissante pour réguler le capitalisme financier en crise de délire.

Angela Merkel, émule légèrement édulcorée de la sinistre Tatcher, qui a néantisé l'économie britannique, voit ses rangs se clairsemer peu à peu, se trouve face à un Président français décidé à lui tenir tête et qui mine de rien "secoue le cocotier en évoquant une nécessaire relance de l'économie, approuvée par le Président Obama. Un espoir se lève d'autant plus que les peuples se réveillent. Voici que les Indignés allemands font entendre leurs voix et ça "c'est une nouvelle qu'elle est bonne" comme dirait le regretté Coluche. Vidéo.

                                                 
Manifestation des Indignés en Espagne
Les Indignés en Italie
Ceux de France
Les Indignés grecs
 Terminons avec nos Amis Canadiens qui ont lancé un légitime mouvement sitôt appelé "le printemps érable". Magnifique.

    Une manifestation du tout nouveau "printemps érable" qui s'est terminée de façon plutôt sportive,    d'après les médias. On le sait les Canadiens sont très vigoureux.

                                                                                                                              

mercredi 16 mai 2012

Les médicaments chinois, dépendance, délocalisation: l'Europe n'est plus capable de produire ses médicaments




Voici de l'acide acétyl salycilique présenté à un dollar les 100 kg. Si cette référence est juste ce prix est à comparer avec le prix du produit, vendu en pharmacie, une fois conditionné.


Acetylsalicylic acid/Aspirin

Min. Order: 1000 Kilograms FOB Price: US $1-100 / Kilogram
Acetylsalicylic acid/Aspirin
1.Assay :99%-101%
2.Standard: BP/USP
3.Packing: 25kgs/bag
4.CAS No.:50-78-2...
Gold Supplier 3rd Year Shijiazhuang Zhongshuo Pharmaceutical Group Co., Ltd. [ Manufacturer, Trading Company ] Video country flag China (Mainland) 


Voici un antibiotique qui semble être couramment prescrit. A comparer, le prix de vente de quelques grammes pour un traitement classique et le prix d'achat à cette usine chinoise. 




fine powder Vitamin C

Min. Order: 500 Kilograms FOB Price: US $3.0-3.3 / Kilogram
Vitamin C
HACCP Kosher Halal ISO9001 GMP
BP USP EP
Health certificate by Embassy
SGS inspection...
Gold Supplier 8th Year The TNN Development Limited [ Manufacturer, Trading Company ] Video country flag China (Mainland)

HIGH CONTENT DOXYCYCLINE HCL BP&EP

Min. Order: 25 Kilograms FOB Price: US $42-43 / Kilogram
doxycycline HCL BP2007&EP6
25kg/drum...
Gold Supplier 4th Year Shijiazhuang Huixiang Pharmaceutical Co., Ltd. [ Trading Company, Distributor/Wholesaler ] country flag China (Mainland)


La vitamine c, toujours à comparer avec le prix de vente en pharmacie. Le reste est l'avenant: les antibiotiques, les vitamines, les acides aminés. Tout se trouve à des prix très modérés. Bien présentés, bien conditionnés, ces produits seront vendus pour des dizaines d'euros les quelques grammes, puisque c'est en gramme que se compte la consommation humaine.On peut supposer, sans trop se tromper que les bénéfices sont colossaux et, qu'ils échappent en partie à l'impôt, en délocalisant au Luxembourg par exemple, haut-lieu de la fraude fiscale, au nez et à la barbe de l'Europe du désastre. Allez faire un tour sur alibaba.com et vous prendrez conscience que les prix pratiqués dans notre pays, pour un bon nombre de produits, sont de l'ordre du "foutage de gueule".

L'industrie pharmaceutique, flairant les gros bénéfices, sur le dos des patients et de la Sécurité Sociale, c'est à dire deux fois sur le dos des patients a cessé en grande partie la production des médicaments pour se consacrer à la production d'emballages, de gélules, de tablettes, de comprimés effervescents.
Aujourd'hui, la Chine et l'Inde contrôlent 80% de la production des principes actifs. Cette dépendance pose à présent les questions de la qualité et de la disponibilité des traitements. Ainsi l'Afssaps a lancé, en 2011, 31 bulletins d'alerte pour des ruptures de stocks de médicaments ou des risques de rupture. Ceux-ci concernent surtout des produits hospitaliers ou des anticancéreux (on imagine l'état d'esprit de la personne atteinte d'un cancer attendant que le container arrive à Hambourg ou ailleurs).

Un millier de producteurs chinois et indiens se partagent l'élaboration des principes actifs. Les laboratoires occidentaux prennent en charge le conditionnement des médicaments et l'encaissement des bénéfices.Les pouvoirs publics ont favorisé ce processus en promouvant l'utilisation des génériques. De cette façon la Chine concentre 40 à 50% de la production des principes actifs des génériques. C'est d'une intelligence rare.

De petites économies pour de grandes délocalisations.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/20110610trib000628726/faut-il-craindre-une-penurie-de-medicaments-en-france-.html

Lire l'article complet sur La Tribune Entreprise et Finance


                                                              Un beau pigeon bien de chez nous  

                                                   

lundi 14 mai 2012

Sartre, lectures



La liberté

Ainsi l'homme éprouve sa liberté qui est à la fois terrible et honorable puisque c'est par cette liberté, par le projet qui en découle, que l'homme se saisit en tant qu'être humain. L'hypothèse divine est rejetée. L'hypothèse de l'inconscient et des pulsions est éliminée. Reste la vision d'un univers informe, dénué de sens par lui-même. C'est la conscience qui va lui donner ses contours et ses significations; c'est par celle-ci que vont être fixées les valeurs: le bien, le mal, le beau, l'utile, le juste, qui seront déterminées, non par essence mais par l'homme qui décide en pleine liberté mais aussi en pleine angoisse.
Dieu n'existe plus, dans la perspective sartrienne, les normes, la vertu, le vice, ne sont plus balisés par la croyance. Le ciel platonicien des Idées, des valeurs transcendantes est vide de majuscules. L'homme est créateur de valeurs et c'est à lui que revient la responsabilité de les transcender ou non.

   
Autrui

Le regard d'autrui qui nous saisit comme objet devient tout à la fois angoissant et sauveur. Autrui nous classe et nous fait exister, nous accable ou nous accepte. Nous sommes livrés à l'autre, dont dépend notre réputation. L'homme sartrien est l'homme qui se sait libre dans l'angoisse car cette liberté lui confère une terrible responsabilité: ses actes l'engagent, aucun cadre social ou dogmatique ou relationnel ne le libère.
Ainsi, face à cette redoutable liberté, conscient de l'existence d'autrui, en situation, conscient des conditions matérielles de son existence et de son histoire, l'homme apparaît comme un être complexe et quasi tragique. Cette découverte  doit conduire, toujours selon la philosophie de Sartre à la recherche d'engagement et de valeurs  authentiques dans le monde des luttes sociales et politiques et, à présent écologiques pour assumer pleinement sa condition.


La conscience néantisante

                                           
La caractéristique de la conscience est son rôle "néantiseur". C''est à dire qu'elle rejette à l'arrière plan l'ensemble des choses et le monde extérieur devenu simple toile de fond, pour isoler un aspect privilégié de l'univers qui est attendu et recherché au préalable, comme un observateur qui isole le phénomène qui l'intéresse et ignore le reste. Les hommes politiques sont les spécialistes de cette centration.
La conscience choisit un aspect des choses et se différencie radicalement de ce qui n'est pas elle. "Elle est comme un trou au sein de l'être".
Voici un texte où est analysé ce rôle de la conscience dans la perception du monde, des objets et évidemment des idées.

Le narrateur doit retrouver un nommé Pierre dans un café.

"Il est certain que le café, par soi-même, avec ses consommateurs, ses tables, ses banquettes, ses glaces, sa lumière, son atmosphère enfumée, et les bruits de voix qui le remplissent, est un plein d'être. Et toujours les intuitions de détail que je puis avoir sont remplies par ces odeurs, ces sons, ces couleurs, tous ces phénomènes qui sont un être transphénoménal. Pareillement la présence de Pierre en un lieu que je ne connais pas est aussi plénitude d'être. Il semble que nous trouvions le plein partout. Mais il faut observer que dans la perception, il y a toujours constitution d'une forme sur un fond. Aucun objet, aucun groupe d'objets n'est spécialement désigné pour s'organiser en fond ou forme: tout dépend de la direction de mon attention. Lorsque j'entre dans ce café, pour y chercher Pierre, il se fait une organisation synthétique de tous les objets du café en fond sur quoi Pierre est donné comme devant paraître. Et cette organisation du café en fond est une première néantisation. Chaque élément de la pièce, personne, table, chaise, tente de s'isoler, de s'enlever sur le fond constitué par la totalité des autres objets et retombe dans l'indifférenciation de ce fond, il se dilue dans ce fond. Car le fond est ce qui n'est vu que par surcroît, ce qui est l'objet d'une attention purement marginale.Ainsi, cette néantisation première de toutes les formes qui paraissent et s'engloutissent dans la totale équivalence d'un fond est la condition nécessaire pour l'apparition de la forme principale qui est ici la personne de Pierre...Je suis témoin de l'évanouissement successif de tous les objets que je regarde, en particulier les visages, qui me retiennent un instant et qui se décomposent aussitôt précisément parce que ils ne sont pas le visage de Pierre. Si toutefois, je découvrais enfin Pierre, mon intuition serait remplie par un élément solide, je serais soudain fasciné par son visage et tout le café s'organiserait autour de lui, enn présence discrète.
                                                                                                               L'Etre et le néant, p 44





Mauvaise foi et engagement

Libre et conscient de la réalité de l'univers, qui est gratuité et qui ne fournit ni valeurs, ni significations, livré à lui même, sans Dieu, sans valeurs transcendantes, l'homme va tenter de vivre.
Sa conscience en quête de certitudes, en quête d'en soi, va l'amener à s'évader dans des attitudes de mauvaise foi. La mauvaise foi est partout,: notre corps en est complice, le regard se détourne, l'organisme sert d'échappatoire. Ainsi, on trahit son devoir sans y avoir consenti, on se réfugie dans la névrose pour ne pas avoir osé affronter les responsabilités de la situation.
La mauvaise foi est en jeu aussi lorsque nous voulons échapper à nous-même ou s'emprisonner ou emprisonner autrui dans les fictions sociales: les hiérarchies, les idées toutes faites, les droits prétendus, les cadres du langage, du rang, de la fonction, de la richesse, qui sont autant d'instruments de la mauvaise foi.
L'homme qui joue son rôle social, tel un comédien, y tente de s'y absorber. L'homme qui se croit des droits, en vertu de sa naissance, de sa profession, de sa race, de sa nature, fuit la réalité, qui est précisément contingence, facilité et projet. L'homme s'arroge des droits par mauvaise foi.
La fuite des responsabilités, dans l'appartenance à un parti, à une organisation à qui ont fait aveuglément confiance, entre les mains de qui on abdique, est mauvaise foi. Sartre n'est plus de ce monde, mais il aurait vraisemblablement constaté ce type de conduite dans l'acceptation des idées imposées: la mondialisation, le financiarisme, l'incitation délirante à la consommation tous azimuts, le divertissement généralisé.                      L'attitude opposée à ces conduites de mauvaise foi est l'engagement, l'action lucide et sans illusion, c'est à dire l'exercice de notre liberté, accompagné de la conscience de notre responsabilité, dans les cadres historiques, politiques, économiques et sociaux dans lesquels nos sommes placés.

" L'homme se fait; il n'est pas fait d'abord, il se fait en choisissant la morale, et la pression des circonstances est telle qu'il ne peut pas ne pas en choisir une. Nous ne définissons l'homme que par rapport à un engagement." L'existentialisme est un humanisme, p 67, Folio Essais.

Stéphane Hessel, l'homme des engagements exemplaires
                                                           
Stéphane  Hessel donne un exemple d'engagement que n'aurait pas renié Jean-Paul Sartre. Voici les cinq préceptes d'"Indignez-Vous":
      - Trouvez un motif d'indignation. Selon le héros de la Résistance, la pire des attitudes est l'indifférence, dire:"Je n'y peux rien, je me débrouille."
     - Oeuvrer pour changer de système économique. L'actuel dictature des marchés financiers menace la paix et la démocratie. L'auteur propose comme alternative "l'intérêt général", "le juste partage des richesses créées par le travail".
      - Mettre fin au conflit israélo-palestinien. Celui-ci pose au monde un problème d'ordre moral et se trouve en partie à la base de certains extrémismes.
        - Choisir la non-violence.
        - Endiguer le déclin de notre société.

                                                                                                                                                                   L'humanisme existentialiste

"Le culte de l'humanité aboutit à l'humanisme fermé sur soi d'Auguste Comte, et, il faut le dire, au fascisme. C'est un humanisme dont nous ne voulons pas.
Mais il y a un autre sens de l'humanisme, qui signifie au fond ceci: l'homme est constamment hors de lui-même, c'est en se projetant et en se perdant hors de lui qu'il fait exister l'homme et, d'autre part, c'est en poursuivant des buts transcendants qu'il peut exister; l'homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au coeur , au centre de ce dépassement. Il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité humaine. Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l'homme-non pas au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement-, et de la subjectivité, au sens où l'homme n'est pas enfermé en lui-même mais présent dans un univers humain, c'est ce que nous appelons l'humanisme existentialiste. Humanisme, parce que nous rappelons à l'homme qu'il n'y a pas d'autre législateur que lui-même, et que c'est dans le délaissement qu'il décidera de lui-même; et parce que nous montrons que ça n'est pas en retournant vers lui, mais toujours en cherchant hors de lui un but qui est telle libération, telle réalisation particulière, que l'homme se réalisera précisément comme humain."                                                                                                                                                  p76, ibid

Jean-Paul Sartre et sa compagne Simone de Beauvoir
                             

                                                           

dimanche 13 mai 2012

La psychanalyse existentielle (suite et fin)




Après avoir souligné les différences entre l'existentialisme et le freudisme, voici la dernière étude concernant la psychanalyse existentielle.

Sartre admet que la psychanalyse a pour objet "la réalité d'un être" et que cette méthode possède la valeur d'un "quasi savoir". Cependant, l'auteur rejette les notions de libido ou de volonté de puissance qui, selon lui, "constituent un résidu psychobiologique qui n'est pas clair en lui même, et qui ne nous apparaît pas comme devant être le terme irréductible de la recherche", l''Etre et le néant, p 632.
Une réalité humaine peut être envisagée sans libido ou volonté de puissance. En effet, la psychanalyse existentielle se propose de remonter au choix originel fait par la personne, au milieu du monde et des événements (ce qui est contingent). Un choix fondé sur le "manque d'être, conçu comme le caractère fondamental de l'être", ibid, p 632.

Ce choix est irréductible et singulier: il ne débouche pas sur une notion abstraite comme la libido, le ça, les pulsions en général. Sartre considère le choix comme : "l'être de chaque réalité humaine".

Il est tout à fait clair qu'il s'agit d'une vision optimiste de l'homme qui n'est pas mû par des instances invisibles et incontrôlables. C'est une doctrine de la liberté et de la responsabilité. la libido, la volonté de puissance, les pulsions, n'apparaissent qu'à titre de particularités. De même que le milieu, l'environnement, n'agissent sur le sujet  "que dans la mesure où il le comprend" et non pas à la façon de déterminismes. L'éventuelle prise en compte du milieu exclue "toutes causations mécaniques": il faut comprendre que, contrairement à ce qui est encore si courant aujourd'hui, que le point de vue sartrien est détachée des théories externalistes (l'homme soumis aux influences de son milieu), et des théories internalistes (l'homme est agi par un inconscient, entre autre). Le but de l'enquête existentielle est de découvrir un choix et non pas un état. L'homme de Sartre se détermine de façon libre et consciente.

     

Le but de la psychanalyse existentielle est donc de découvrir un choix dont les prémisses ne sont pas "une donnée enfouie dans les ténèbres de l'inconscient, mais une détermination libre et consciente- qui n'est même pas un habitant de la conscience , mais qui ne fait qu'un avec cette conscience elle-même", ibid p 633. Sartre accorde le fait que la psychanalyse freudienne (qu'il nomme la psychanalyse empirique) est : souvent "sur la voie  d'une découverte existentielle" qui n'est cependant jamais menée à son terme ni utilisée. En effet, le psychanalyste empirique ne peut comprendre "ce témoignage" car il est à la recherche d'un complexe inconscient, "un signe séparé du signifié par un barrage" dit Sartre qui, se demande aussi, s'il ne faudrait pas parler d'un "inconscient conscient".
Dans le cas contraire, il reste à l'analysant d'accorder foi à l'interprétation psychanalytique . De son côté, le psychanalyste peut avoir "l'image obscure d'une brusque coïncidence du conscient et de l'inconscient" mais, il s'est ôté les moyens de concevoir positivement cette coïncidence",ibid, p 634

En définitive la psychanalyse existentielle est une méthode destinée à mettre en lumière , sous une forme rigoureusement objective, le choix subjectif par lequel l'homme se fait être, c'est à dire fait annoncer à lui même ce qu'il est.


                                                                                      L'homme face à la liberté à la façon de Magritte
   

Textes complémentaires: voici les dernières lignes que Sartre consacre à la psychanalyse existentielle au chapitre II de L'être et le néant, à la section Faire et avoir qui constitue la fin, avant les Perspectives morales, de cette oeuvre magistrale.

"Les conduites étudiées par cette psychanalyse ne seront pas seulement les rêves, les actes manqués, les obsessions et les névroses mais aussi et surtout les pensées de la veille, les actes réussis et adaptés, le style, etc. Cette psychanalyse n'a pas encore trouvé son Freud: tout au plus peut-on en trouver le pressentiment dans certaines biographies particulièrement réussies. Nous espérons pouvoir tenter d'en donner deux exemples, à propos de Flaubert et de Dostoïeski. Mais il nous importe peu , ici, qu'elle existe: l'important pour nous c'est qu'elle soit possible." 

Perspectives morales, extraits

"L'ontologie ne saurait formuler elle-même des prescriptions morales. Elle s'occupe uniquement de ce qui est, et il n'est pas possible de tirer des impératifs de ses indicatifs. Elle laisse entrevoir cependant ce que sera une éthique qui prendra une responsabilité en face d'une réalité humaine en situation"

"Ainsi la psychanalyse existentielle est une description morale car elle nous livre le sens éthique des différents projets humains: elle nous indique la nécessité de renoncer à la psychologie de l'intérêt, comme à toute interprétation utilitaire de la conduite humaine , en nous révélant la signification idéale de toutes les attitudes de l'homme. Ces significations sont par delà l'égoïsme et l'altruisme, par delà aussi les comportements désintéressés. L'homme se fait homme pour être Dieu, peut-on dire: et l'ipséité, considérée  de ce point de vue, peut paraître un égoïsme: mais précisément parce qu'il n'y a aucune commune mesure entre la réalité humaine et la cause de soi qu'elle veut être, on peut très bien dire que l'homme se perd pour que la cause de soi existe. On envisagera alors toute existence humaine comme une passion, le trop fameux amour-propre n'étant qu'un moyen librement choisi parmi d'autres pour réaliser cette passion."

"La psychanalyse existentielle va lui faire découvrir (à l'homme) le but réel de sa recherche qui est l'être comme fusion synthétique de l'en-soi avec le pour-soi; elle va le mettre au fait de sa passion. A vrai dire, il est beaucoup d'hommes qui ont pratiqué sur eux-mêmes cette psychanalyse, et qui n'ont pas attendu de connaître ses principes pour s'en servir comme d'un moyen de délivrance et de salut. Beaucoup d'hommes savent, en effet , que le but de leur recherche est l'être; et dans la mesure où ils possèdent cette connaissance, ils négligent de s'approprier les choses pour elle-mêmes et tentent de réaliser l'appropriation symbolique de leur être en-soi... "

"Mais l'ontologie et la psychanalyse existentielle (ou l'application que les hommes ont toujours fait de ces disciplines) doivent faire découvrir à l'agent moral qu'il est l'être par qui les valeurs existent. C'est alors que la liberté prendra conscience d'elle-même et se découvrira dans l'angoisse comme l'unique source de la valeur..."