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vendredi 19 août 2011

La société en miettes ,le point de vue d'Edgar Morin



La période postmoderne a favorisé, à partir de la progression de l'individualisme, la possibilité d'examen personnel, de réflexions, de prises de décisions autonomes et multiplié les relations affectives d'amitié et d'amour entre les personnes. Il y aurait donc un aspect positif relatif à l'époque présente et, c'est en partie vrai:, les contacts sont facilités, les relations améliorées du fait des lieux de rencontre qui se multiplient, la technologie qui intervient avec le développement des réseaux sociaux.  Ces réseaux qui sont en partie, en grande partie même, à l'origine des révolutions arabes, et c'est une excellente chose (que les écrans contribuent à faire tomber les tyrans).
Ces aspects positifs, ceux de l'autonomie de l'individu et du développement des relations humaines sont énoncés par Edgar Morin, dans son ouvrage, La méthode, T. 6, Ethique, Editions du Seuil, 2004. En revanche, le philosophe signale aussi que "l'autojustification" et la self-deception, le sentiment d'insuffisance postmoderne de Bauman, viennent s'immiscer dans les relations avec autrui. Ce qui a été abordé dans un des articles précédents, en ce qui concerne l'autojustification qui vient parasiter les échanges.

L'auteur dit à ce sujet: "Chacun tend à se donner raison, beaucoup se donne toujours raison. L'incompréhension produit des cercles vicieux contagieux: l'incompréhension à l'égard d'autrui suscite l'incompréhension de cet autrui à son propre égard." ibid p. 137.

Si Bauman, en ce qui concerne ce problème particulier ( l'incertitude, l'insuffisance et leurs conséquences), adopte un point de vue macroscopique (celui du sociologue), Morin considère dans un premier temps du moins, les changements au niveau de la cellule de base de la société, la famille. Il dit ceci:
"Il y a encore deux générations, l'individu devait obéir aux normes de la coutume, ainsi qu'aux injonctions de l"autorité familiale: le fils obéissait au père, le lien matrimonial était sacré. La distension de ces liens, ainsi que la désacralisation de l'autorité du père, le primat de la volonté d'autonomie ont donné des libertés, mais aussi des incompréhensions." ibid, p. 138.
Le couple subit à présent de rapides "dépérissements d'amour", provoquant l'incompréhension, la famille devenant le "bouillon de culture des incompréhensions réciproques". Cette sorte de ciment naturel fait de l'autorité du père, de la bienveillance de la mère, de buts éducatifs clairs, s'insérer dans la société de producteurs de biens ou de soldats (Bauman), ayant disparu, le sens de la famille a disparu, en partie; restent les volontés et les désirs individuels qui débouchent sur le conflit.
Edgar Morin considère que cette incompréhension, basique, produit l"a volonté de nuire," laquelle produit encore de l'incompréhension. Un cercle vicieux s'installe. A propos de cette volonté de nuire, largement distribuée dans le monde postmoderne, le phénomène du harcèlement, que Marie France Hirigoyen  (Malaise dans le travail, le harcèlement moral, Paris, 2001) cantonnait au monde du travail - ce phénomène, n'est-il pas devenu, à présent, général, national, international ?

Je me permets un développement plus personnel, au sujet du harcèlement à l'école. Celle-ci est devenue un haut lieu du harcèlement, un lieu privilégié de son apprentissage même: Les élèves harcèlent les professeurs et ceci très fréquemment.Les polémiques sur les décisions, le travail, la personnalité de l'enseignant sont monnaie- courante. Parfois, les parents, l'administration s'en mêlent et on assiste alors au "lynchage scolaire" cause de départs prématurés, en maladie ou en retraite.Les élèves se harcèlent entre eux. L'administration n'hésite pas à harceler l'enseignant qui aurait de vrais idées de travail et de discipline et qui les exposerait.

 Pour revenir à l'incompréhension, qui n'épargne pas l'école, et chacun le sait, Edgar Morin élargit son propos : "Les incompréhensions se déchaînent en période de guerre civile, guerre religieuse, guerre entre nations. La peur est source de haine, qui est source d'incompréhension, qui est encore source de peur, en cercle vicieux s'auto-amplifiant. Un véritable délire d'aveuglement culpabilisant et diabolisant saisit des populations  entières.
Finalement, notre cosmos humain est parsemé d'énormes trous noirs, d'incompréhension d'où naissent indifférences, indignations, dégoûts, haines, mépris." ibid p. 139.
Ce n'est pas facile d'écrire des choses pareilles. Les remèdes existent et il faut signaler que Bauman et Morin ne s'enlisent pas dans le pessimisme le plus noir, c'est le cas du scripteur aussi. Mais, il ne faut pas se voiler la face: le diagnostic est sombre, les urgences sont nécessaires.



                                                    
                                                Cela ne veut pas que je mette une légende correctement.(constant sorrow)


Pour aller plus loin...

Le lien ci dessous concerne les Assises sur le harcèlement à l' Ecole qui se sont tenues à Paris, le 2 et 3 mai 2011. Elles ont été l'occasion pour le Ministre , Luc Chatel, de réunir les experts français et internationaux, issus de la communauté scientifique et du monde éducatif, autour du problème du harcèlement scolaire.
Personnellement, je pense que c'est une bonne chose, mais cela a dû être coûteux, alors que le simple courage d'agir, de réagir, dans les établissements scolaires, est lui gratuit. Le courage des Chefs d' Etablissement  qui fait fréquemment défaut, qui par contre font preuve de la plus grande fermeté lorsqu'il s'agit  de s'en prendre à un professeur qui, comme je l'ai dit plus loin, oserait dénoncer l'indiscipline généralisée qui touche de très nombreux établissements.


                                                            







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