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mercredi 23 janvier 2013

La sculpture de soi selon Michel Onfray, fin

article en cours d'écriture et de correction

S'opposant à la philosophie traditionnelle et en particulier à Platon et Kant, Michel Onfray propose, pour philosophie, pour le corps, des chemins de traverse, loin "des concepts pâles et désertés", "ses revendeurs de vielles vertus" qui appuient leur pensée, à l'exemple de celle de Kant, sur "un savant complexe d'axiomes, de postulats, de lemmes et de propositions" (La sculpture, p. 27).

Se découvrir en tant qu'individu

Le philosophe de L'Université Populaire a choisi un personnage conceptuel, entendons par cela une personnalité qui, métaphoriquement va guider sa pensée en tant qu'elle s'oppose à la morale des philosophes de la tradition et, qu'elle est l'image d'une vie vouée à la création, à l'usage humain des passions et à la construction de soi à travers les opportunités d'une existence ouverte aux événements. Il s''agit du Condotierre Bartolomeo Colleoni, capitaine à l'époque de la Renaissance italienne dont la statue équestre se trouve Piazza san Giovani à Venise.


   

"Bartolomeo Collenoni n'est pas le soudard que l'on dit. L'homme fut soldat et il faut bien avoir à l'idée que braver la mort est un métier et que la proximité avec les passions tragiques trempe les âmes autrement que l'ignorance du destin de mortel. Le Condotierre est avant tout une figure de l'excellence, un emblème de la Renaissance qui associe le calme et la force, la quiétude et la détermination et la volonté de régner sur soi avant toute forme d'emprise." (ibid p.20,21).
Pour Onfray, ce personnage se situe "loin des vertus chrétiennes, ces rapetissantes logiques, comme l'humilité qui rabougrit, la culpabilité qui ronge, la mauvaise conscience et l'idéal ascétique qui tuent", il est: "une épiphanie dynamique dans un paysage chaotique, une orgueilleuse exception dans un monde voué aux duplications et aux hommes calculables" (ibid p. 27)
 A ce propos et selon une perspective nietzschéenne, c'est l'éthique collective instituée qui s'impose aux individus, à ceux qui sont réactifs en particulier, afin d'éviter justement, les réactions imprévisibles qui pourraient mettre en danger l'ordre établi. Ainsi, l'homme est rendu "calculable" en ce qui concerne ce qu'il peut faire et ce qui peut lui être imposé, ce qu'il peut subir. Ainsi, s'établira ou est établi (il y a là une question) la victoire absolue de la société sur l'individu  par les moyens de la démocratie et de la culture.   


   Le Condotierre est l'adepte d'une morale qui se conjugue avec l'esthétisme, il se conduit avec grandeur et ne dédaigne pas, bien au contraire, les passions dans un monde sans Dieu et ainsi libéré du modèle religieux , il est celui qui se livre aux plaisirs de la chair, de la fiasque et des bons plats, aime les bals fastueux et les bons mots et se conduit comme un cynique. Il a le tempérament libertaire, une conduite aristocratique et ludique.

                                                     Human Installation: OBSOLESCENZA DEL GENERE

  Michel Onfray à propos des "performances"

"Dans l'immédiat après-guerre, ce sont les situationnistes qui formulent théoriquement le principe de la construction de situation. Il s'agit de mettre en forme, dans la vie quotidienne, sous ses modalités les plus simples, la confusion de l'éthique et de l'esthétique." (ibid p. 96)

"Jeu avec le kaîros, jubilation des vitalités débordantes, cultes faustiens de l'énergie, de l'acte, virtuosité pratique conductrice et mise en forme d'un style, sculpture du temps, art de soi, construction de situations subsersives, les performances récapitulent les soucis du Condotierre. Elles magnifient une maïeutique en quête d'accouchements qui la dépassent: découvrir en sollicitant l'avènement, faire en se faisant. Sculpter sa propre statue, désirer la vie transfigurée et insuffler l'esthétique dans l'éthique." (ibid p.98)   


La morale esthétique

La philosophie "sent la poussière" et elle accomode "les vieux reliefs" des religions". Le bourgeois, adepte de ces vieux restes est  aussi adepte des vertus chrétiennes, il refuse la proximité de l'éthique et de l'esthétique et dénonce l'esthète.
L'homme adepte de la morale esthétique au contraire, sait faire des pulsions, des forces agissantes, considère la vie comme un combat contre l'immobilisme, il veut transformer sa vie en oeuvre d'art, il invente de nouvelles formes de vie, tout comme le philosophe-artiste de Nietzsche. 


                                                        Le Pulle de Emma Dante (traduction: Les Putains)

Michel Onfray et le théâtre de la cruauté

"Il faut libérer les rêves, les obsessions érotiques, transfigurer les fascinations pour le crime, laisser libre cours à l'utopie et soumettre la vie à cet idéal d'un ailleurs situé entre l'imaginaire et les événements" (ibid p.99)   

Le philosophe-artiste:

- il se fait l'incarnation d'une puissance que rien ne distrait;
-  il s'arrache à la contingence historique;
- il marque son époque;
- il crée un nouvel ordre;
- il détruit l'ordre ancien;
- il accepte les forces qui l'habitent;
- il refuse la passivité, il est actif;
- il est optimiste;
- il est individualiste;
- il pratique les affinités électives;     
-il est l'homme qui produit du sens...     


Les Femen, le courage d'être des femmes

Les Indignés à Barcelone face à une police "courageuse" qui défend les marchés financiers...
         

La sculpture de soi, se mettre en mouvement

Le bourgeois est adepte de Parménide: il est soucieux de ses biens, de son existence et vit comme s'il ne devait jamais mourir. Par exemple (j'ai fait une rapide recherche pour étayer cette affirmation), le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, gagne 9 240 809 euros annuels, soit 572 smic par mois à 1344 euros mensuel... Donc pour le bourgeois,"L'Un Parménidien lui sied ", surtout ne rien changer: L'argent, l'or, les richesses et les biens matériels sont  ses attributs et toute son existence est tournée du côté de l'avoir. Par ailleurs, le bourgeois s'est doté de moyens d'existence , d'instances et d'instruments et "assurent leurs promotions dans des lieux où fonctionnent de redoutables machines à produire des domestiques".

L'adepte de la sculpture de soi aime le divers et le multiple, il se place, du côté d'Héraclite. C'est la mobilité qui est privilégiée dans le but de créer des opportunités pour dépenser l'énergie.
"La volonté esthétique vise l'oeuvre ouverte: sa nature suppose qu'elle est nouvelle à chaque considération dont elle fait l'objet. Jamais terminée, toujours en mouvement, obéissant à sans cesse plus de sollicitations, elle ne se fige à aucun moment. Elle est comme le fleuve du Philosophe d'Ephèse, un flux, une coulée déterminée par le dynamique" (ibid)
L'existence est une "oeuvre ouverte" qui nécessite "un soucis esthétique perpétuel": inventer de nouvelles possibilités de vie afin "d'augmenter les chances de cristallisations heureuse", de découvrir de nouvelles perspectives grâce au nomadisme, "Le poids de l'or alourdit les immobiles , et, en retour, transforme ces richesses là en chaînes" dit Onfray. Avoir le goût de l'aléatoire permet de composer de libres variations, d'être familier du "hasard objectif" et de "solliciter l'événement par une bienveillance lointaine, très lointaine" (ibid)            




Vivre les passions dans la perspective de l'hédonisme

Ne pas éradiquer les passions afin de ne pas "vider l'homme de sa substance" comme le veut l'idéal ascétique qui clame: "Haro sur les passions! Haine à l'enthousiasme!"
Selon Michel Onfray une éthique affirmative veut la part animale de l'homme jusqu'à l'acceptable et accepte donc l'épanouissement de ce qui passe souvent comme répréhensible: les rires, les larmes, l'érotisme,la mort,, la saleté, la transgression, le sacrifice... Cette partie animale de l'être humain, animale c'est pour éviter la répétition mais cette part est bien humaine donc laissons les animaux tranquilles, ces conduites qui transgressent l'ordre n e sont condamnables que si elles se mettent au service du négatif, dans la destruction et les oeuvres de mort.

"Toutes la question éthique réside dans la détermination des limites: à partir de quel   moment ces puissances magnifiques risquent-elles de basculer du côté sombre? L'hédonisme permet une réponse. Disons-le d'une première manière indicative avant de préciser plus avant: tout est acceptable qui procure de la jouissance, tout est condamnable qui procure de la souffrance. En vertu du mouvement naturel et universel, qui pousse les hommes à rechercher le plaisir, à aller vers lui, à le désirer en même temps qu'à fuir le déplaisir, à s'éloigner de la douleur, de la souffrance et des peines, il s'agit de réaliser une intersubjectivité contractuelle dans laquelle les sujets consentent, l'un et l'autre, à une algèbre des plaisirs qui s'instruise des parts maudites." (ibid p. 148)       

          à suivre , en cours d'écriture pour être plus précis... avec un peu de retard...

                                                                                                                                                                       

vendredi 30 novembre 2012

Le sculpture de soi selon Michel Onfray -6-




Nietzsche et Onfray


Nietzsche

Le problème qui occupe Nietzsche est celui de la culture moderne.Une culture s'établit sur la croyance à des valeurs or, les valeurs de l'homme moderne sont, à l'époque de Nietzsche, et encore aujourd'hui sous des aspects divers, le christianisme, le pessimisme, le rationalisme, la morale du devoir, la démocratie, le socialisme  (le libéralisme où le socialisme se meut avec aisance, comme on le voit actuellement). Pour Nietzsche, ces valeurs sont les symptômes d'une décadence, d'une vie en voie de disparition et il est nécessaire  d'opérer une transmutation des valeurs en plaçant au premier plan la volonté de puissance, c'est à dire l'affirmation de la vie, dans son épanouissement et sa plénitude.





et la volonté de puissance

Nietzsche oppose la volonté de puissance à la définition de la vie donnée par ceux qu'il nomme "les psychologues anglais", parmi lesquels il faut ranger Spencer et, aussi  l'interprétation pessimiste du vouloir-vivre de Schopenhauer, lequel fait de la volonté une "poussée aveugle et irrésistible" (Le monde comme volonté et représentation). Le vouloir-vivre renvoie pour ce philosophe à un principe universel consistant dans la force instinctive mise par un être en vue de sa réalisation , dans la lutte contre ses semblables. Il s'agit d'un pessimisme: le vouloir-vivre est aveugle et impuissant qui conduit  l'être spirituel, à un renoncement de type "bouddhiste".
En effet, le vouloir-vivre engendre toujours de nouveaux besoins et par conséquent de nouvelles douleurs et l'expérience et ainsi faite , d'espoirs et de vanités, d'efforts et d'échecs.



qui s'oppose à la douleur et l'ennui schopenhauerien:

Schopenhauer est résolument pessimiste, il remarque que lorsque l'homme pense avoir satisfait tous ses désirs, l'ennui s'installe, ce mal redoutable, aussi redoutable que la souffrance. C'est d'ailleurs cet ennui qui serait à la source de la sociabilité: "C'est l'ennui qui fait que des êtres qui s'aiment aussi peu que les hommes, se recherchent pourtant, et là est la cause de la sociabilité" dit-il. Aucun progrès n'est à espérer de l'humanité, les mêmes maux, la maladie, le crime, la guerre, renaissent sans cesse. Quant au plaisir, il n'est qu'un instant fugitif pendant lequel la douleur continuelle cesse.
La tentation de céder au pessimisme schopenhauerien est grande, c'est une voie facile, d'autant plus que ce philosophe prévoit deux remèdes pour échapper à la douleur et à la fugacité du plaisir. Le premier est l'art qui par son aspect contemplatif nous délivre de la souffrance engendrée par l'action. Le second est la morale de la pitié conduisant à la négation du vouloir vivre et donc à l'abolition de la souffrance. Cette perception négative de l'existence, "La vie oscille de droite et de gauche comme un pendule, de la souffrance à l'ennui", conduira l'auteur de ces mots à faire l'apologie de la solitude


                                                           

enfin, être seul et fier de l'être,

"On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul: qui n'aime pas la solitude n'aime pas la liberté, car on est libre qu'étant seul. Toute société a pour compagne inséparable la contrainte et, réclame des sacrifices qui coûtent d'autant plus que la propre individualité est plus marquante. Par conséquent, chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi...
Ce qui dégoute de la société les grands esprits, c'est l'égalité des facultés et des productions (sociales) des autres. La soi-disant bonne société apprécie les mérites de toute espèce, sauf les mérites intellectuels; ceux-ci y sont même de contrebande. Elle impose de témoigner une patience sans bornes pour toute sottise, toute folie, toute absurdité, pour toute stupidité; les mérites personnels, au contraire, sont tenus de mendier leur pardon ou de se cacher, car la supériorité intellectuelle, sans aucun concours de la volonté, blesse par sa seule existence.
Donc cette prétendue bonne société n'a pas seulement l'inconvénient de nous mettre en contact avec des gens que nous ne pouvons ni approuver ni aimer, mais encore elle nous permet pas d'être nous-même, d'être tel qu'il convient à notre nature; elle nous oblige plutôt, afin de nous mettre au diapason des autres, à nous ratatiner pour ainsi dire, voire à nous défigurer nous-même."
                                                               Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie,

                                                           

                                                                         

heureusement Nietzsche est arrivé,

Pour Nietzsche, la lutte, expression de la rivalité et de la hiérarchisation des instincts, est l'expression même de la vie, dans laquelle la volonté de puissance apparaît comme une force créatrice affrontant la matière brute  pour lui donner forme, pour la féconder. La volonté de puissance se situe donc au carrefour de la compétition et de la création, en acte. Dans ce rapport de forces, compétition et création, la supériorité et la domination ne s'expriment pas comme pouvoir ou négation mais comme puissance de créativité, c'est à dire affirmation pure: "La volonté de puissance n'est pas la force, mais l'élément différentiel qui détermine à la fois le rapport des forces (quantité) et la qualité respective des forces en rapport. C'est dans cet élément de la différence que l'affirmation de la différence se manifeste et se développe en tant que créatrice. La volonté de puissance est le principe de l'affirmation multiple, le principe donateur ou la vertu qui donne", Gille deleuze, Nietzsche et la philosophie. La conquête et la création sont donc un rapport à la vie, c'est un acte qui permet de se surmonter soi-même et dont la qualité va dépendre de l'orientation donnée.
Nietzsche fait la différence entre une volonté de puissance négative et affirmative. Ce n'est pas la distinction entre la faiblesse et la force mais les qualités de la relation entre la vie et l'action, selon que la volonté suive une ligne descendante ou ascendante: il existe une volonté de néant (nihilisme) et une volonté de vivre.


et Nietzsche réagit

Chez Nietzsche le couple action-réaction est un élément essentiel de la théorie de la volonté de puissance. Action et réaction sont les moyens de mise en oeuvre de la volonté de puissance. Le jeu des forces actives est inconscient, il échappe totalement ou presque totalement à la raison et à l'analyse. Ces dernières ne peuvent atteindre que les résultats des forces réactives et de forces actives par lesquelles elles sont dominées. La conscience est essentiellement réactive et le devenir de toutes les forces est un devenir réactif. Dans ce devenir les forces actives sont coupées de leur propre puissance  et livrées à une volonté de néant qui s'exprimera dans les figures de la réaction: le ressentiment, la mauvaise conscience, l'idéal ascétique. Le nihilisme permettra la transmutation ou la transvaluation  de toutes les valeurs: conversion du négatif dans l'affirmatif, de la réaction dans l'action.
                                                                     

                                                                                                                                      

et nie tout ça.

Nietzsche pense la ruine des valeurs sur lesquelles la civilisation occidentale s'est construite: le monde transcendant des valeurs n'est en fait que l'envers sublimé des propres besoins psychologiques de l'homme. Le nihilisme nietzschéen est à la fois auto-destruction de toutes les valeurs morales et religieuses et création de nouvelles valeurs mises au service de la vie.


                                                             

                                                                           Michel Onfray explique Nietzsche            

                                      
Michel Onfray en voyage nietzschéen,

"Pour brûler comme la salamandre dans un brasier qui consume et qu'on attise de ses sucs, j'avais rejoint Rapallo, dans le Golfe de Gênes, sur la côte ligure, afin d'y retrouver l'ombre et le souffle de Zarathoustra, fils de Portofino et de Sils Maria." La Sculpture de soi, Editions Grasset, 1993.
Ainsi le philosophe de l'Université Populaire (après avoir démissionné de L'Education Nationale pour cause de sensation d'étouffement, de dyspnée, je suppose) retrouve les lieux de villégiature et de travail de Nietzsche: "Sur la route qui longe la baie de Santa  Margherita jusqu'à Portofino, Nietzsche arpentait les lumières transparentes...Bientôt, il accouchera de Zarathoustra, une parturition appelée à d'effroyables échos, à d'incroyables méprises."(ibidem)     

En effet, l'oeuvre de Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, publiée en 1883, qui est un poème philosophique dans laquelle un prophète nommé Zarathoustra (celui qui a de vieux chameaux) se livre à un discours en direction des hommes pour leur livrer sa pensée, a été soumise à des interprétations erronées nazi ou fasciste, le surhomme dont il est question étant assimilé à tort au représentant de la race aryenne, ce qui jeta et qui jette encore un effroyable soupçon sur le philosophe, d'autant plus que sa complexité et son langage souvent métaphorique, polémique et enflammé laisse une place à des immixtions diverses et variées.  Aujourd'hui, elle fait frisonner les tenants du politiquement correct qui tordent leurs nez creux devant cette brise salutaire de liberté qui nous vient de celui qui philosophait à coups de marteau, selon cette vieille formule qu'il fallait placer dans ce paragraphe.

Zarathoustra clame que Dieu est mort et qu'il revient aux hommes, cette soit-disant finalité transcendante ayant disparu,  de fixer eux-mêmes leur destin en assurant leur propre dépassement sur cette Terre. Cette notion de dépassement donne naissance à celle de "surhomme" qui va occuper la place libre désormais de l'ordre ancien, une créature pitoyable et très faible l'homme, une entité très forte et omnipotente, Dieu. Dans cette vieille dichotomie les pulsions de l'homme et sa partie animale ont été éduquées afin d'accéder à une consolation supra-terrestre imaginaire et ainsi le christianisme mais aussi l'idéalisme antique et moderne ont façonné le type humain (pour le grand bonheur des pouvoirs divers qui ont vu là une opportunité parfaite de vivre un brin de Paradis ici-bas, pendant que le reste de l'humanité pliait le genoux dans les églises et autres pagodes et levait le nez au ciel en direction des Idées et cela continue.
Pour Nietzsche, le préfixe "sur" désigne cette transfiguration: un homme nouveau sort de l'élevage, surhomme par rapport à l'animal et surhomme par rapport à une métaphysique hypocrite et mensongère.   

                                                                                                                                                                     
Come on Zarathoustra!

"Lorsque Zarathoustra arriva à la ville voisine qui se trouvait le plus près des bois, il vit une grande foule assemblée sur la place publique: car on avait annoncé qu'un danseur de corde allait se montrer. Et Zarathoustra parla au peuple et lui dit:
 Je vous enseigne le Surhumain. L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu'avez-vous fait pour le surmonter?
 Tous les êtres jusqu'à présent ont créé quelque chose au-dessus d'eux, et voulez-vous être le reflux de ce grand flot et plutôt retourner à la bête que de surmonter l'homme?
 Qu'est le singe pour l'homme? Une dérision ou une honte douloureuse. Et c'est ce que doit être l'homme pour le Surhumain: une dérision ou une honte douloureuse.
 Vous avez tracé le chemin qui va du ver jusqu'à l'homme et il vous est resté beaucoup du ver de terre. Autrefois vous étiez singe, et maintenant l'homme est plus singe qu'un singe.
 Mais le plus sage d'entre vous n'est lui-même qu'une chose disparate fait d'une plante et d'un fantôme. Cependant vous ai-je dit de devenir plante ou fantôme?
  Voici, je vous enseigne le Surhumain!
   Le Surhumain est le sens de la terre.
Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espoirs supraterrestres! Ce sont des empoisonneurs, qu'ils le sachent ou nom.
   Ce sont des contempteurs de la vie, des moribonds et des empoisonnés eux-mêmes.
Autrefois, le blasphème envers Dieu était le plus grand blasphème, mais Dieu est mort et avec lui sont morts les blasphémateurs. Ce qu'il y a de plus terrible maintenant, c'est de blasphémer la terre et d'estimer  les entrailles de l'impénétrable  plus que le sens de la terre. (...)
Puis il dit:
L'homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, une corde sur l'abîme.
Il est dangereux de passer de l'autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière- frisson et arrêt dangereux.
 Ce qu'il y a de grand dans l'homme, c'est qu'il est un pont et non un but: ce que l'on peut aimer en l'homme, c'est qu'il est un passage et un déclin.
 J'aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au-delà.
 J'aime les grands contempteurs, parce qu'ils sont de grands orateurs, les flèches du désir vers l'autre rive.
 J''aime ceux qui ne cherchent pas derrière les étoiles, une raison pour périr ou pour s'offrir en sacrifice; mais ceux qui se sacrifient à la terre...
                                                                      Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra,1883.


     

                                                                        
à suivre...                                                                                                                                             

mercredi 24 octobre 2012

La sculpture de soi selon Michel Onfray -5-




Coups de marteau nietzschéen

L'apparition de la morale des "faibles"

"Lorsque les opprimés, les asservis, sous l'emprise de la ruse vindicative, de l'impuissance se mettent à dire: "Soyons le contraire des méchants, c'est à dire bons! Est bon quiconque ne fait violence à personne, quiconque n'offense, ni n'attaque,,n'exerce pas de représailles et laisse à Dieu le soin de la vengeance, quiconque se tient caché comme nous, évite la rencontre du mal et du reste attend peu de chose de la vie, comme nous les patients et les humbles et les justes..." Tout cela veut dire en somme, à l'écouter froidement et sans parti pris: "Nous les faibles, nous sommes décidément faibles; nous ferons bien de ne rien faire de tout ce pour quoi nous ne sommes pas assez forts."- Mais cette constatation amère, cette prudence de qualité très inférieure...grâce à ce faux monnayage, à cette impuissance devenue duperie de soi, a pris les dehors pompeux de la vertu qui sait attendre , qui renonce, se tait, comme si la faiblesse même du faible- c'est à dire son essence, son activité, toute sa réalité unique inévitable, indélébile- était un accomplissement libre, quelque chose donc de volontairement choisi, un acte de mérite. Cette espèce d'homme a besoin de foi au "sujet neutre" doué de libre arbitre et cela par un instinct de conservation personnelle, d'affirmation de soi, par quoi tout mensonge a besoin de se justifier.
(C'est)...par cette raison qu'il permet (cette illusion du libre arbitre) à la grande majorité des mortels, aux faibles et aux opprimés de toute espèce, cette sublime duperie de soi qui consiste à tenir la faiblesse de soi, pour une liberté, tel ou tel état nécessaire pour une vérité." (Généalogie de la morale paragraphe 13)




       

Le faible chez Nietzsche n'est donc pas le gringalet, il n'est pas celui qui pense appartenir à une prétendue "race supérieure", c'est plutôt celui qui accepte sans broncher ce qui lui est imposé de l'extérieur de lui même et en premier lieu une morale transcendante d'origine divine ou dérivant d'un idéalisme. C'est l'homme qui suit, qui ne résiste pas , qui a peur, de refuser, de se révolter, de dire non, de tout.
Ainsi Nietzsche fustige dans Par delà le bien et le mal "la morale du troupeau" ou "morale grégaire". Les hommes ont été ainsi rassemblés , réduits à une foule indistincte par l'ajout d'une morale qui sous des traits "objectifs", "neutres", "désintéressée", impose une forme de volonté de puissance, celle-ci étant une surdétermination, un jugement que la vie, en la personne de la volonté de puissance du moraliste (Platon, Kant, Moïse, Jésus et aujourd'hui les partis politiques, les médias, les artistes idolâtrés...) prononce sur elle-même.
C'est dans un premier temps la religion qui est dénoncée en tant que chose grandiose, sublime, qui s'impose dans la conscience de l'homme, avec l'apparence de la recherche désintéressée de l'absolue vérité. Selon le philosophe, si on gratte un peu ces splendides monuments de l'histoire de l'humanité, si on les envisage sous l'angle de leur apparition et des différentes significations accumulées au cours des temps, on voit que le sublime est lamentablement lézardé, fissuré, gangréné, et cela derrière les belles façades des maisons bourgeoises, des églises et de tous les bâtiments religieux, les palais et parlements, derrière lesquelles se trouvent la cruauté, la violence et l'oppression.     


   

Textes complémentaires des Nietzschéens modernes s'expriment.

Patrick Declerk, membre de la Société psychanalytique de Paris, auteur, entre autre de Garanti sans moraline,  Le sang nouveau est arrivé, L'horreur SDF.

Nietzsche est d'abord l'homme qui a tué Dieu. Connaisseur par excellence en pourriture, antéchrist médecin-guérisseur, contempteur de ce Jésus Le Petit, esclave revanchard, nihiliste auteur de "bienheureux les pauvres d'esprit", escroc platonicien et cornichonesque commis voyageur d'arrière-mondes à l'usage des vieilles filles hémorragiques, des débiles et des fatigués.
Et puis, il y a Nietzsche au haut mépris pour le bétail démocratique. Nietzsche à la haine implacable de l'homme, c'est à dire de lui-même. Nietzsche qui n'est que crachats et injures pour les hommes-nains, homoncules démocratiques, cloportes agglomérés en grappes frileuses, frémissantes d'égoïsme, de revendications de myopes et de haine pour tout ce qui les dépasse. "La démocratie, c'est le christianisme naturalisé", c'est à dire le crétinisme garanti, le divertissement crapuleux, le nivellement du fumier par le fumier pour le fumier.
Nietzsche se méfiant, se défiant de la pitié et se jetant en pleurs au cou d'un cheval battu. Nietzsche de toutes les contradictions. Homme supérieur et humain, trop humain, raté de tous les ratages. Ami sans  amis. Erotique sans femme. Errant les bras en croix, comme le Christ, son double haï et nécessaire."( Philosophie Magazine, février 2007 )   




Kendell Geers, artiste sud- africain vivant à Bruxelles. A participé à l'exposition "Dionisiac" au centre Georges Pompidou. Ses installations "interrogent les pulsions dévastatrices de notre monde".

Parce que tout artiste, par définition, s'engage dans la bataille entre les forces apolliniennes et dyonisiaques quand il s'efforce de faire jaillir une logique du chaos (je suis nietzschéen) .La conception nietzschéenne de l'art est d'une actualité frappante. Nous vivons dans le plus contradictoire, le plus violent et le plus irrationnel des moments de l'histoire, avec ses relents de croisades et de terreur. Le monde se partage aujourd'hui entre les menaces imaginaires que brandissent les politiques pour servir leur propres intérêts d'un côté et l'opinion publique dominée par sa peur qui les suit aveuglément de l'autre. Le monde est devenu dionysiaque, si ce n'est "amnesiac". Dans un monde absorbé par la folie et la démesure, ce dément qu'est l'artiste devient l'antidote le plus efficace. Telle est la leçon de Nietzsche. Seul l'art peut parler de vérité tout en mentant, en jouant sur l'illusion.Contre notre monde contaminé par la société du spectacle, un monde devenu lui-même illusion, avec la télévision, les clips de MTV, le nivellement de la réalité par la téle-réalité, l'art doit réagir. L'art doit lancer des pavés et des coktails molotov contre ce simulacre de la réalité, simulacre confortable qu'est devenu la culture populaire. L'art doit mettre, comme le dit Nietzsche, dans la troisième dissertation  de Généalogie de la morale, mettre le spectateur face à ce qu'il a de plus enfoui en lui, son instinct de liberté." Ibid


Installation de Kendell Geers
                                            

                                                                
  Some music for fun


                                                                                                                                                                 

lundi 22 octobre 2012

La sculpture de soi selon Michel Onfray -4-



Il faut, pour comprendre Michel Onfray, pénétrer, connaître, l'essentiel de la pensée de Friedrich Nietzsche. Je ne m'attarderai pas sur la biographie celui qui philosophait à " coups de marteau" que l'on trouvera sans peine sur Wikipédia. Cependant, j'aimerai signaler que la folie de Nietzsche, qui sert d'argument massue à ces détracteurs, était due à la syphilis contractée pendant ses années d'étude, et que cela ne remet pas en cause la validité de sa pensée; au contraire: elle a, selon moi, servi d'aiguillon, de moteur, à la formulation d'une philosophie nouvelle et rebelle dont on a pas encore mesuré la véritable portée pour l'homme, toujours empêtré, jusqu'au cerveau des vieilles certitudes, qui conduisent aux catastrophes que l'on connaît et que nous serons amenés à connaître. Incessamment sous peu, semble-t-il.
Voici donc quelques concepts nietzschéens agrémentés de quelques commentaires et illustrations textuelles et iconiques et souvent ironiques (ouch!).

Quelques coups de marteau nietzschéens


La mauvaise conscience

Pour Nietzsche, la conscience morale n'est pas transcendantale, située dans le Ciel des Idées ou donnée par commandements divins , ni inconditionnée et détachée de la réalité historique et sociale. Elle n'est pas, non plus, le produit d'une réflexion individuelle ou collective, dans le sens où des hommes auraient pu se mettre au travail pour formuler des règles de conduite propres à faciliter les comportements humains. La morale est au contraire le produit de la culture et, plus précisément une construction imposée par ceux qui ont pris le pouvoir pour en retirer les avantages et dominer le reste de l'humanité. Une des premières conséquences, nuisibles à l'homme, est l'apparition d'une véritable maladie psychique qui inhibe la véritable activité l'obligeant ainsi à s'intérioriser et rendant celui qui la vit incapable, entre autre, de se poser en tant que rebelle aux pouvoirs qui asservissent.
Cette mauvaise conscience a mis un terme à l'état de nature qui se caractérisait par le fait qu'une horde d'individus forts et violents imposaient leur loi au groupe des faibles. Cela peut paraître salutaire mais cela a mis un terme à la spontanéité naturelle, à l'instinct, à l'insouciance pour laisser la place à cette manie désastreuse de l'introspection et à l'habitude calamiteuse de la réflexivité. Ainsi,   sous le joug de cette morale de "faibles", établie par les hommes du ressentiment, ceux du combat contre la vie joyeuse et naturelle, les "forts" se sont affaiblis, ont été rendus malades, en étant mis en position de se reprocher ce qu'ils étaient. Les valeurs nobles ont été combattues et notamment, la honte a été associée à la satisfaction des instincts naturels et ainsi est née cette contradiction physiologique interne qui tel un "ver rongeur" met fin à l'innocence.
Nietzsche nomme "dyspepsie" cette incapacité qui hypothèque l'agir: l'homme ne parvient plus à assumer ses actes et se scrute sans arrêt soi-même, dans un ruineux et douloureux regard. La conscience est devenu un tribunal, les idéaux ascétiques dominent l'existence et, interdisent l'exercice de la vie naturelle.

" Je tiens la mauvaise conscience pour cette maladie grave à laquelle l'homme a dû succomber à la suite de la transformation la plus profonde qu'il ait jamais vécue, cette transformation qui s'est opérée lorsqu'il se retrouva définitivement captif sous le joug de la société et de la paix. Tout comme les animaux marins qui se virent contraints à devenir terrestres, soit de disparaître, ces êtres demi-animaux qui s'étaient adaptés avec succès au monde sauvage, à la guerre, à l'aventure, d'un coup, tous leurs instincts furent dévalorisés et suspendus. Il leur fallait désormais se tenir sur leurs pieds et se porter eux-mêmes, alors que jusqu'ici l'eau les portait: une pesanteur terrible les accablait, ils n'avaient plus leurs anciens repères dans ce nouveau monde inconnu, à savoirs les pulsions régulatrices qui les guidaient en toute sécurité et inconscience; ils en étaient réduits à penser, à inférer, à calculer, à combiner les causes et les effets, ces malheureux, réduits à leur conscience, leur organe le plus misérable, le plus trompeur....il leur fallait chercher des satisfactions nouvelles et en quelque sorte souterraines. Tous les instincts qui ne se déchargent pas vers l'extérieur se tournent vers l'intérieur, c'est là ce que j'appelle l'intériorisation de l'homme: c'est alors que pousse en l'homme ce qu'on appellera plus tard son âme. Tout le monde intérieur, aussi mince à l'origine que s'il était tendu entre deux membranes, s'est élargi et gonflé..." Nietzsche, Généalogie de la morale


   

" Ces bastions effrayants, au moyen desquels l'organisation étatique se protégeait contre les antiques instincts de liberté - les châtiments sont les premiers de ces bastions-, ont fait que tous ces instincts de l'homme sauvage, libre et nomade, se sont retournés contre l'homme lui-même. L'hostilité, la cruauté, le plaisir de traquer, de contrecarrer, de détruire - tout cela se retournant contre les  détenteurs de ces instincts: voilà l'origine de la mauvaise conscience. L'homme qui, à défaut d'ennemis et de résistances extérieures, engoncé dans l'étroitesse oppressante et la régularité de la coutume, se déchirait impatiemment, se traquait lui-même, se rongeait, se fouaillait, se maltraitait, cet animal qui ne laisse pas de se blesser aux barreaux de sa cage, que l'on veut domestiquer, ce nécessiteux que dévore la nostalgie du désert, contraint de faire soit une aventure, un lieu de supplice, une jungle inquiétante et dangereuse, ce fou, ce prisonnier nostalgique et désespéré devint l'inventeur de la mauvaise conscience." ibid


                                                           
  Ainsi, Nietzsche montre comment et à quel prix s'est formée l'âme, c'est à dire par le combat contre soi-même, jusqu'à la division, par le sacrifice de certains instincts. C'est l'origine du refoulement, de la castration psychique et ainsi,  l'élaboration d'un monde intérieur, médiateur de la réalité, l'exercice de la réflexion, du jugement, de la mémoire, de la méditation et de l'examen critique de soi devient un monde intérieur survalorisé  par rapport au monde pulsionnel, jusqu'à avoir honte de celui-ci..


Michel Onfray nous parle de Nietzsche: "Il n'y a pas de vérité, il n'y a que des perspectives."


          

                                                                                    

jeudi 27 septembre 2012

La sculpture de soi selon Michel Onfray -3-




Un visée esthétique opposée à la philosophie classique

La pensée de Michel Onfray délaisse les chemins balisés de la pensée classique, citons pour illustrer cette expression des philosophes comme Platon, Aristote, Descartes, Kant... et développe une "morale esthétique qui fait l'éloge, préconise, "la vitalité débordante", "la restauration de la "virtu contre la virtu chrétienne", "la culture du talent", "l'individualité forte"," la capacité à la magnificence dans une perspective hédoniste". Un véritable cauchemar pour les patrons, les europhiles, les politiciens institutionnels.Un dynamitage du politiquement correct.

"L'artiste est une figure qui me repose du philosophe lorsque celui-ci est devenu une caricature de lui-même. J'ai plus de plaisir, parfois, à la compagnie de Michel-Ange qu'à celle de Malebranche. Et même aujourd'hui, à celle d'un peintre, d'un sculpteur ou d'un architecte plutôt qu'à un professionnel de l'idéal ascétique. Et des vertus caduques. La philosophie sent la poussière et relève bien souvent de l'art d'accommoder les restes ou les vieux releifs laissés par les religions sinistres.
L'atelier de l'artiste est un monde à lui tout seul, une fabrique de rêve et d'images, une manufacture pour les formes. Celui du sculpteur est presque métaphorique: la terre brute, le chaos, puis le vouloir de l'artiste qui se fait démiurge et informe les volumes qui lui échappent ensuite. Ou celui du maître-verrier qui fait fondre ses matériaux pour produire des filets de pâte aux couleurs inattendues bien que voulues. Et le résultat intégrera la beauté, l'équilibre, l'harmonie, le charme, la grâce, toutes ces vertus qui rebutent le philosophe chien de garde préoccupé de tout sacrifier de ces qualités pour ce qu'il croit être la vérité, la logique, la conséquence, la certitude. Je me moque de la raison raisonnante et lui préfère l'intuition fine et foudroyante. Le verbe est toujours second, du moins il doit toujours l'être. Et l'émotion doit primer.
Quiconque met l'émotion avant la réflexion est artiste. Les philosophes qui ont toute mon admiration sont ceux qui ont injecté une forte dose d'art dans leur façon.Ce sont les mêmes qui se sont ri des prétentions aux métaphysiques pouvant se présenter comme sciences." (La sculpture de soi, Eloge de l'artiste,..)

                     


Une pensée établie dans le droit fil de Nietzsche      

Le philosophe de La sculpture de soi est l'héritier direct, pourrait-on dire, de Nietzsche, le concepteur du "philosophe artiste" dont "le signe distinctif est la capacité à  inventer de nouvelles formes d'existence". Il s'agit de rompre avec les "adhésions passives" de l'homme du commun" même si les voies qui s'ouvrent à cette perspective sont plus difficiles et plus dangereuses que celles "des réussites frelatées"  et des aboutissements des troupeaux populeux. La vie et l'oeuvre de Michel Onfray sont l'illustration parfaite de ce "chemin de traverse", lui qui a rompu avec l'Education Nationale, créé une Université Populaire et déclenché les cris d'orfraies des tenants d'une pensée en ligne droite.


Pour prendre contact avec l'excellent Michel Onfray... "On n'est pas couché", émission du 29-10-2011



                                                             


                                                                                 

mercredi 26 septembre 2012

rcredi 26 septembre 2012


La sculpture de soi selon Michel Onfray -2-





La maïeutique et le style

La maïeutique  est l'art de faire accoucher (maieuven, techné, en grec ancien). Au sens figuré, et la comparaison est due à Socrate dont la mère était sage-femme, c'est l'art de faire accoucher les esprits, c'est à dire de les conduire à une prise de conscience de ce qu'ils savent implicitement, à l'exprimer et à le juger. Faisons un bref détour par Platon.

". Socrate. -Mon art de maïeutique a les mêmes attributions générales que celui des sages-femmes. La différence est qu'il délivre les hommes et non les femmes et que c'est les âmes qu'il surveille en leur travail d'enfantement, non point les corps. Livre-toi donc à moi comme au fils d'une accoucheuse, lui-même accoucheur; efforce-toi de répondre à mes questions le plus exactement que tu pourras..." Platon, Théétète, 150 b-151 c)

La maïeutique est donc l'art de faire accoucher les idées, qui autrefois ont été contemplées et oubliées par l'homme selon la théorie platonicienne.Cette technique va conduire l'apprenti philosophe sur la voie du Bien et du Beau. Cette idée d'une absence de formes valides chez l'être originel est reprise par Michel Onfray:
"Tout le monde est précédé d'un chaos appelant le démiurge." (ibid, p.77).
C'est aussi le cas d'une personne en ce qui concerne ses éléments constitutifs tels que son tempérament et son caractère. Se développer, selon Onfray, consiste à mettre en forme les potentialités en "sélectionnant la formule la plus heureuse"  et en livrant au néant les autres. "Pas de constitution d'une singularité sans la mort de tout ce qu'elle aurait pu être hors de cette cristallisation particulière." (ibid, p. 78). Cette singularité, il faut comprendre cette personnalité unique, doit confiner à l'oeuvre d'art en se plaçant au-delà de "ces rapetissantes logiques, contre l'humilité qui rabougrit, la mauvaise conscience qui sape, l'idéal ascétique qui tue..." (ibid, p 21).
Et pour cela intervient l'esthétique, le style: "Pas d'oeuvre digne de ce nom donc, sans manifestation d'un style, sans distinction d'une manière, l'un et l'autre supposant une main particulièrement habile" (ibid p. 78). L'homme , dans cette perspective, dans ce travail de la forme, s'érige en oeuvre personnelle selon une esthétique. Il faut replacer cette pensée de la construction de soi dans cette fameuse notion nietzschéenne de "volonté de puissance", qui est à l'origine de nombreux contresens. Elle a souvent été présentée comme un appétit de domination, comme le culte du fait accompli, le triomphe de la force brute, ou encore, comme la possibilité d'une justification théorique des méfaits les plus tragiques.
Il s'agit en fait "d'une tentative de penser de façon active au-delà du ressentiment et de la mauvaise conscience, au-delà aussi des autres formes de nihilisme telle que le pessimisme moderne." André Simha, Nietzsche, Bordas, 1988.

Agir avec style
        à suivre                                        


mardi 25 septembre 2012

La sculture de soi, Michel Onfray, 1ère partie


 

L'idée de cet article qui sera une analyse de l'ouvrage de Michel Onfray, "La Sculpture de soi", publié en 1993 chez Grasset, m'est venu à la lecture d'un article de Libération du 8 août, "L'ego, vices sans fin" écrit par Eric Loret.
L'article débute par une phrase superbe: "Le seul domaine où l'être humain touche à l'infini, c'est le ratage". Ensuite l'auteur analyse le besoin irrépressible de résister à la concurrence de l'autre dans le style inimitable de Libé, et c'est pour cela que je suis un lecteur assidu de ce journal qui souvent me fait bondir pour ceci où cela, mais que je lis toujours, parce que j'aime la lecture qu'il me procure et ce style particulier fait de décontraction et de savoirs et de compétence pour l'écriture. Je précise que je n'ai aucune action chez lui et que je n'ai aucune action nulle part. Cette analyse dit notamment: "Dès ses premières expériences de sociabilité, le petit enfant s'aperçoit que la plupart des ses camarades sont plus beaux et plus intelligents que lui, qu'ils obtiennent plus de gâteaux et de bisous, qu'ils sont plus forts, lui pissent à la raie et veulent globalement sa mort. Certes, il en existe aussi de moins bien lotis que lui, mais il ne les voit pas car il est assis dessus". C'est à partir de ce constat enfantin, imagé et réaliste que l'individu va développer de très nombreuses stratégies pour séduire, travailler, gagner sa vie, d'une façon générale être performant y compris au lit, afin de ne pas être un laissé pour compte.


La lutte pour la vie
Ainsi dès l'Antiquité, toujours selon l'article de Libé, Antiphon, sophiste du Ve siècle avant JC soignait les peines par la parole et serait ainsi un des précurseurs de la psychanalyse. Il est, Antiphon, l'auteur d'une phrase remarquable: "Il y a des gens qui ne vivent pas la vie présente: c'est tout comme s'ils se préparaient, en y consacrant toute leur ardeur, à vivre on ne sait quelle autre vie, mais pas celle-ci, et pendant qu'il font cela , le temps s'en va et il est perdu. on ne peut pas remettre en jeu la vie comme un dé qu'on relance." (ibid)
D'où le succès des méthodes de développement personnel  concernant la timidité, l'affirmation, la gestion du stress, la transformation de sa vie et dans cette "idéologie de la remise à niveau permanente, les vingt dernières années ont vu le triomphe et la déchéance  de l'injonction du "be yourself". Le mythe libéral notamment à travers les émissions de télé-réalité avec cette "régression politique" des candidats qui s"assoient sur les autres et leur "pissent à la raie" et, ceux plus cools qui se contentent d'être ce qu'ils sont mais qui ne sont pas très à la mode.
Ce que l'on ne peut nier, c'est que l'on évolue sans cesse, que l'on adapte ou modifie sa personnalité au gré des besoins, des relations et au fil du temps; que l'on se construit pour réussir ou résister ou simplement survivre. Que dit Michel Onfray dans cette ouvrage au titre prometteur, "La Sculpture de soi" qui laisse apparaître l'idée que derrière cette construction permanente à laquelle nous nous livrons, si nous n'avons pas de tendance suicidaire, il y a une sorte d'oeuvre à accomplir et de préférence une oeuvre d'art.    

 La sculpture de soi selon Michel Onfray

La métaphore de la sculpture est aisée à comprendre. Retournons en classe de lycée pendant quelques lignes. Le comparé de cette figure d'analogie est le soi. Le comparant est la sculpture, c'est à dire l'art de tailler la pierre, le bois ou d'autres matières, avec divers outils en vue de dégager des formes, des volumes, afin de créer un effet artistique. Se sculpter soi-même est donc un projet qui consiste à se donner une forme avec des critères esthétiques. On pense immédiatement à la sculpture du corps telle que le permettent des sports comme le body-building ou plus simplement la musculation, les diverses formes d'aérobics, atttendons par là, toutes les formes sportives en salle ou en plein air qui engage en même temps un effort cardiovasculaire.Il faut remarquer que tous les sports présentent cet aspect de construction esthétique du corps. Il n'y a qu'à se rappeler les images des derniers Jeux Olympiques pour comprendre combien cela est important. A la beauté du geste ou de la performance, s'ajoute la beauté des corps (et des esprits) et, ces beautés rassemblées créent ce spectacle magnifique.
A mon sens, Onfray ne doit pas dédaigner ce type de sculpture de soi  qui consiste en un surpassement du physique ordinaire, de l'esprit commun (pour éviter d'être accusé d'élitisme-commun donc-) qui permet une liberté; dans le sens où l'athlète s'affranchit un peu plus de la gravité, de la lenteur, de la faiblesse, de la peur, de l'adversaire...Il y a donc un aspect esthétique qui ressort de l'emploi de cette métaphore. La transformation de soi n'est pas seulement corporelle ou psychique ou encore pragmatique du type "Comment avoir confiance en soi," "Comment prendre la parole en public?, "Comment vaincre ses complexes?", ou bien analytique comme peuvent le proposer des thérapies classiques du type cure freudienne, cette transformation se place, en partie, dans le domaine esthétique. L'oeuvre personnelle, selon ce philosophe libertaire, a un rapport étroit avec le Beau, la Grâce, qui manquent singulièrement au monde postmoderne.



Une sculpture philosophique

Malgré l'attirance que je soupçonne chez Onfray vis à vis des athlètes de toutes conditions, c'est en philosophie que ce travail des belles formes va se placer.
"Pas d'oeuvre, donc sans maïeutique et sans cette capacité à solliciter la matière en gésine." Tel est le début du chapitre intitulé "De la sculpture ou l'avènement des formes" (p. 77 de La sculpture...Biblio, Essais.). Il faut remarquer que le sous-titre de cet ouvrage est "La morale esthétique" et l'on comprend que Michel Onfray ne va pas entraîner ses lecteurs dans des chemins très parcourus. Comme pour l'athlète qui allie la beauté du corps à celle de la performance, les recommandations philosophiques sur le Bien et le Mal vont se marier avec le Beau. Ce qui est rafraîchissant car avouons le, la morale, l'éthique, les règles, sont tristes. La chair n'est pas triste comme le disent les pisse-vinaigre. La chair est érotique,douce au toucher et au regard. Il apparaît donc totalement bizarre de la cacher sous des voiles, mais il s'agit d'un autre sujet, à évoquer avec prudence, afin d'éviter le destruction des ambassades.