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samedi 27 mars 2010

La liberté chez Sartre, derniers concepts et perpectives ( suite et fin )

fragment du poème de Paul Eluard, Liberté,
                                            illustré par Fernand Léger.
 


Pour Sartre, cet exemple fameux de la série va bien au delà de la situation présentée: pour le philosophe, une opinion, au sens péjoratif du terme, en ce qu'elle est différente d'une connaissance, d'un savoir et dont on pourrait dire qu'elle est en fait une ignorance, une opinion reçue et répétée passivement devient elle aussi un objet sériel,, c'est à dire quelque chose autour de quoi se rassemble une série, comme les personnes qui attendent l'autobus.
Le salaire des patrons est justifié, les fonctionnaires ne font rien, c'est la mondialisation, la société a changé, l'économie s'organise ( bien) selon la loi de la libre concurrence, le secteur privé est meilleur que le secteur public.. voici pêle-mêle quelques opinions qui ont cours et qui n'ont rien à voir avec  le moment d'une praxis,
qui ne sont pas les éléments d'un travail, d'une recherche, qualitative et quantitative,de simples objets sériels autour desquelles se rassemblent des séries.

Mais il peut arriver que naisse un projet commun: il se trouve que mon projet est aussi le projet de mon voisin et ainsi pour tous les autres: il ya destructiondes séries dans le groupe en fusion. Cette denière expression évoque bien la disparition de la séparation des individus et de leur solitude: la praxis de chacun est celle de tous les autres; c'est la bruque résurection de la liberté., la sortie du pratico-inerte qui enfermait dans la solitude et l'opacité. C'est alors qu'on reconnaît la liberté de l'autre comme identique à la mienne qui devient "un ancien- autre", le même que moi, dans le même projet et la même praxis.
On peut citer les journées révolutionnaires, la Prise de la Bastille, Mai 68,..

Pour Sartre, la racine de toute signification et de toute intelligibilité est la liberté et non la soumission à des objets, choses ou idées parcellaires et diffusées. La liberté est une invention à plusieurs qui se dérobe à des concepts pré-établis. cette liberté là est nous le voyons bien difficile à définir mais il faut la passion de comprendre et celui-ci dit très justement:
" Finalement tout est dehors, tout, jusqu'à nous- même: dehors dans le monde, parmi les autres. Ce n'est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons c'est sur la route,dans la ville au-milieu de la foule, choses parmi les choses, hommes parmi les hommes."

Cette liberté souveraine nous protège de croire avoir compris et il y a toujours quelque chose qui nous échappe, comme sûrement dans les idées de Sartre. Et c'est une bonne chose.

vendredi 26 mars 2010

La liberté, derniers concept,situation, autrui, pratico_inerte et série


Sartre considère la liberté comme le coeur de l'existence humaine et celle-ci est moralement trés lourde. L'auteur de l ' Etre et le néant précise les conditions de l'exercice de la liberté, après en avoir défini les caractéristiques au niveau de la conscience.
La liberté se définit en pratique, par rapport à une certaine situation. Le corps propre en est le premier élément non choisi, mais dont peuvent être choisis la manière dont je le vis et le sens que je lui donne:
vais-je l'aimer narcissiquement, le haïr, le mépriser, le négliger, le cultiver,et le consruire par l'exercice?
Et cela peut-être étendu à toutes les autres situations(ce qui me fait penser qu' un auteur et je ne sais plus lequel disait que toute philosophie est une philosophie du corps). Cela est vraie donc pour toutes les situations que je choisis pas mais dont je peux choisir le sens que je leur donne.
L'idée capitale, si on a bien suivi, est qu'il n'y a de sens que pour une conscience qui sort de l'opacité de la chose en soi.
de structures qui perdurent au-  delà des intentions qui les on faits.

Pendant l'occupation allemande, toutes les attitudes étaient possibles, et chaque attitude révélait le sens donné à l'occupation, de la résistance totale jusqu'à la plus parfaite collaboration. L'occupation obligeait à choisir et cette attitude révélait par sa dureté la contrainte d'être libre.

Aujourd'hui, la situation me semble similaire bien que moins dangereuse physiquement: le néo- libéralisme financier, le politiquement correct, l'absence de liberté des travailleurs dans l'entreprise, les sujets sociologiques impossibles à évoquer, la montée des communautarismes de toutes sortes, la destruction de la planète, fait que l'ont parle de situation intolérable et que comme le dit Sartre une situation intolérable est une situation que l'on ne peut plus tolérer et qu'il n'y a pas de seuil de "tolérabilité": soit on supporte  plus ou moins lâchement sans rien dire ou presque, soit on s'engage.
La doctrine est dure: on ne peut se dérober aux exigences de la liberté et il ne s'agit pas de critiquer autrui mais chacun connaît où il en est de sa liberté en situation.

Toute philosophie de la conscience est une philosophie de la solitude mais pourtant les autres existent et autrui est d'abord rencontré comme sujet qui me "chosifie" par son regard: le conflit est ainsi le mode premier du rapport à autrui, et, on peut se demander même, si deux libertés peuvent " s'apprivoiser ": le langage , l'amitié, l'amour sont des tentatives vouée à l'échec, selon Sartre dont le pessimisme mais aussi le réalisme apparaissent dans toute leur dureté.

Cependant, si deux liberté ne peuvent coincider, les hommes vivent ensemble. Comment expliquer alors cet " être- ensemble"?
La réponse ne se trouve pas dans l' Etre et le néant  mais dans un ouvrage qui restera inachevé, La critique la raison dialectique.

L'Histoire y est présentée comme action des libertés humaines: et il faut insister sur le passage du singulier au pluriel cela va être vu plus loin. L'autre, le temps,la société et l' Histoire posent le problème d'une philosophie pure de la liberté qui on le comprend bien ne pourrait être atteinte que dans l' individualité.
Sartre propose de penser le temps collectif et de la praxis, terme issu du marxisme, c'est à dire, l'action humaine, la production d' objets ou
Sartre appelle l'inertie, le résidu d'une praxis, qui peuvent se retrouver dans ce qui est appelé le pratico-inerte, la manière dont la praxis s'autonomise et se pérennise dans une oeuvre qui se fige et devient imperméable à tout changement.
L'argent, dans l'économie, est l'objet d'une praxis  autonome et collective véritablement malfaisante, pour ceux qui en possède suffisamment pour agir dans le domaine cité qui rend problématique la moindre des réformes: le pratico-inerte est devenu un maléfice où la liberté se retourne contre elle- même et s'empêche elle-même à de rares exceptions près.

Le pratico-inerte a un lien étroit avec la notion de série.
Pour définir la série, Sartre prend l'exemple fameux d'une file d'attente à un arrêt de bus où chaque personne a le projet de prendre l'autobus sans que cela constitue un objet commun: le hasard a réuni ces pesonnes pour le même itinéraire. La série est donc une pluralité de solitudes, chacun pouvant même apparaître comme un obstacle ( l' acte de monter dans le bus plus ou moins rapidement, les places assises...). Chaque personne est indifférenciée, interchangeale, la seule unité étant dans l'objet pratico-inerte que tous attendent, l'autobus.
Cet objet sériel, l'autobus, qui constitue la série en tant que série provoque en fait la séparation et l'hostilité vague des menbres de la série. On le sent bien quand on prend le bus...

à suivre


.

dimanche 21 mars 2010

L'esprit de sérieux selon Sartre




" Nous sommes comdamnés à être libres"dit Sartre et cela provoque de la mauvaise foi et  de l'angoisse. La mauvaise foi est la conséquence de l'évitement de la liberté et du fait que "j'oublie" que je suis une liberté qui a la possibilité de dépasser le présent en direction d'un futur et remplacer une signification par une autre.

Je suis de mauvaise foi chaque fois que je me joue un personnage et que je  fais comme si quelque chose, un sentiment même, m'était imposé.

En fin de compte, on peut penser , sans trop se tromper, comme le fait Sartre, que l'homme joue, la plupart du temps, le rôle qu'il se donne, même si cela n'est pas drôle. Le philosophe appelle cela l'esprit de sérieux qui relève de la mauvaise foi, en est son corolllaire.
L'esprit de sérieux fait que l'homme croit à l'objectivité des valeurs et des significations, qui ne sont rien, en fait, en dehors de la liberté qui les les pose. Ce qui revient à dire , selon Sartre que l'on ne peut s'appuyer sur rien de transcendant.

" L'esprit de sérieux a une double caractéristique, qui consiste à considérer les valeurs comme des données transcendantes indépendantes de la subjectivité humaines et de transférer le caractére désirable de la structure ontologique des choses à leur simple constitution matérielle"
                                    Sartre, l'Etre et le néant, Perspectives morales,

L'esprit de sérieux considère la valeur comme située dans l'idéal, dans le monde de ce qui n'est pas, "la valeur écrite dans le ciel intelligible" écrit Sartre, en faisant référence à la théorie platonicienne. En effet, personne ne pourra contempler les valeurs morales, elles ne sont pas ailleurs que dans l'esprit de ceux qui les créent ( ou les imposent). Cest la première caractéristique de l'esprit de sérieux.
La seconde, consiste à tranférer, on peut conserver le mot, chosce qui appartient à la catégorie de l'être des choses ( pour l'ontologie classique ) à la matérialité, aux choses. Notre société en est un bel exemple.
Les constructions, les objets, et services véhiculant les figures du désirable (la structure ontologique de choses) sont innombrables et matérialisent donc les valeurs du libéralisme, dont on commence à peine à comprendre les nuisances. On pourrait en dire autant des divers socialismes appliqués dont on a bien compris les désastres qui ont ensanglanté la planéte.

Sartre a raison lorsqu'il dit plus loin dans le même chapitre:
"Toutes les activités humaines sont équivalentes car elles tendent toutes à sacrifier l'homme pour faire surgir la cause en soi. et qui toutes sont vouées à l'échec. Ainsi revient-il au même de s'enivrer ou de conduire les peuples. Si l'une des activités l'emporte sur l'autre, ce ne sera pas à cause de son but réel, mais à cause du degré de conscience qu'elle possède de son but idéal: et dans ce cas le quiétisme de l'ivrogne solitaire l'emportera sur l'agitation du conducteur de peuple."
                                                                             Sartre, ibid,

L'esprit de sérieux qui sait ou qui croit savoir ce qui compte ou ce qui ne compte pas, qui sait le destin de l'Etat et le sens de l'Histoire, l'esprit de sérieux est une ivrognerie de la conscience hébétée qui a enfin réussi à oublier qu'elle était libre.

vendredi 19 février 2010

Mauvaise foi et Liberté chez Sartre

Comme cela a été dit précédemment, être condamné à être libre est la cause d'une angoisse que l'on pourrait qualifier d'existentielle, pour mieux faire comprendre car l'expression a été employée peut-être  pour désigner divers états de conscience éloignés des concepts développés. Les hommes prennent peu de soins de leur liberté: ils croient l'aimer mais paradoxalement la contrainte de la liberté fait que  l'on aimerait bien s' y soustraire ( ne pas s'engager, ne pas lutter, suivre le cours des choses, se cacher derrière l' argument externaliste- c'est la société qui change-...

Sartre appelle cela la mauvaise foi. Celle-ci est une réponse à l'angoisse de la liberté, à la peur d'être entraîné dans l'inconnu.

"Il convient de choisir et d'examiner une attitude déterminée qui, à la fois, soit essentielle à la réalité humaine et, à la fois telle, que la conscience au lieu de diriger sa négation vers le dehors, la tourne vers elle-même.
Cette attitude nous a paru être la mauvaise foi."
                                                                                      Sartre, l' Etre et le Néant,

La mauvaise foi, c'est feindre pour soi-même (car cette mauvaise foi n'est pas un mensonge à autrui) que l'on est pas libre au moment où il faudrait assumer sa liberté.
Je suis de mauvaise foi lorsque je me vis sur le mode d'être de la chose, de l'en-soi et où j'oublie que j'ai une conscience, le pour-soi, toujours capable de dépasser le présent vers le futur et également de remplacer la signification de ma vie par une autre signification ( donner un nouveau sens à sa vie, dit- on communément).
Je suis de mauvaise foi chaque fois que je me joue un personnage auquel je me fais croire.


"Par le mensonge, la conscience affirme qu'elle existe par nature cachée à autrui, elle utilise à son profit la dualité ontologique du moi et du moi d'autrui..
Il ne saurait en être de même pour la mauvaise foi, si celle-ci, comme nous l'avons dit, est bien un mensonge à soi. Certes, pour celui qui pratique la mauvaise foi, il s'agit bien de masquer une idée déplaisante ou de présenter comme une vérité une erreur plaisante. La mauvaise foi a donc en apparence la structure du mensonge. Seulement ce qui change tout, c'est que dans la mauvaise foi, c'est à soi-même que l'on se masque la vérité. Ainsi la dualité du trompeur et du trompé n'existe pas ici. La mauvaise foi implique au contraire l'unité d'une conscience.
                                                                                                                                ibid,

 ( à suivre )

jeudi 11 février 2010

L'angoisse de la Liberté selon Sartre

Sartre part donc de l'opposition entre la conscience, le Pour-Soi et la chose, L'En-Soi. La chose ou l'être se caractérise par l'identité-à-soi: un cendrier est un cendrier. La conscience humaine est toujours conscience de quelque chose, comme le dit Husserl, elle est toujours en mouvement, elle est perception, imagination, réflexion, analyse...
La conscience n'est pas au sens où les choses sont, elle existe, ex signifiant le mouvement de sortie hors de soi-même: ex-istence signifie que la conscience est toujours au- delà d'elle-même. D'où la définition:

" La conscience est l'être qui est ce qu'il n'est pas et qui n'est pas ce qu'il est."

Expliquons: la conscience qui perçoit l'arbre est l'arbre et, n'est pas l'arbre. La conscience est intentionnalité, elle est mouvement vers l'arbre.

C'est pour cela que je ne peux pas dire que "je suis moi" car je suis plus et autre que je suis: je ne peux pas me réduire à mes déterminations telles que mon âge, mon sexe, ma profession car je suis toujours en mesure de les dépasser, les transformer ou de les alourdir par la signification que je leur donne.
Je peux vivre mon métier comme un choix, une fatalité ou un pur bonheur: je ne suis pas professeur de lettres comme un fauteuil est un fauteuil. Le réel est ce qui s'impose mais la conscience peut s'en dégager, peut en disposer. La conscience produit du néant à l'inverse du Dieu de la religion chrétienne, rien ne lui résiste , elle est pure Liberté.

La conscience est nécessairement libre puisque elle n'est ni cette détermination-ci, ni cette détermination-là. Pour lui attribuer un prédicat, il faudrait qu'elle ait une essence mais alors elle serait une chose. C'est pourquoi Sartre dit que l'existence de la conscience précède son essence et il s'oppose en cela à la théorie freudienne notamment celle de l'inconscient dont je pourrai parler par ailleurs et dont on peut tirer sur l'instant, un sujet telle que: analyse freudienne et analyse existentielle, différences et ressemblances ( ce qui a priori apparaît comme assez redoutable...)

Cette indétermination de la conscience suspendue dans le vide peut faire peur et Sartre s'appuyant sur Kierkegaard et sur Heidegger appelle angoisse, la découverte terrifiante que nous faisons de notre liberté:   "Je ne peux pas m'assurer contre moi-même, je suis moi- même mon plus grand danger et je ne peux pas me protéger de moi.": angoisse, expérience du néant, vertige de la Liberté, c'est ce que nous éprouvons.
" Nous sommes condamnés à être libres." dit Sartre et cette formule si elle est angoissante, elle est aussi propre à fournir une puissante vigueur.

" Mes mains: l'inappréciable distance qui me révèle les choses et m'en sépare pour toujours... Aussi inséparables du monde que la lumière et pourtant comme la lumière, glissant à la surface des pierres et de l'eau, sans que rien, jamais ne s'accroche et ne s'ensable. Dehors. Dehors. Hors du monde, hors du passé, hors de soi-même: la liberté c'est l'exil et je suis condamné à être libre.
Il fit quelques pas et s'arrêta de nouveau, s'assit sur la balustrade et regarda couler l'eau. Et qu'est- ce que je vais faire de toute cette liberté? Qu'est- ce que je vais faire de moi?"
                                          
                                                 Le personnage principal, Mathieu Delarue dans Les Chemins de la Liberté, Sartre, 1943.          

                                                                               



dimanche 31 janvier 2010

La liberté chez Sartre, la conscience comme néantisation, écart, choix, et rapport à la réalité

Les choses en elles-mêmes n'ont pas de sens, elles en reçoivent un, de la conscience. Dans La Nausée, Sartre,1938, Antoine Roqentin, le personnage principal, se laisse envahir par la vision d'un arbre et d'un jardin et la diversité de l'endroit disparaît: "Ce vernis avait fondu, il restait des masses montrueuses et molles, en désordre, nues, d'une effrayante et obscène nudité." La nausée est cette expérience où la conscience n'ajoute rien, aucun sens au monde; elle se contente de recevoir et se révèle que l'être n'est rien d'autre que cette présence massive et insignifiante ( sans signifié), cette "pâte" des choses qui est là, sans cause et raison.
Sartre définit cela par la contingence,du latin, contingencia, le hasard qui s'oppose au concept de nécessité:
est contingent tout ce qui pourrait être autrement qu'il n'est, tout ce qui pourrait ne pas être et n'a aucune raison d'être.
L'être est donc en son essence absurde:
"Moi qui tout à l'heure, j'ai fait l'expérience de l'absolu ou l'absurde.", Antoine Roquentin dans La Nausée.

L'être-en-soi est cette "pâte" massive et absurde dont on peut simplement constater la présence.
 L'Etre et le Néant, 1943, l'oeuvre de Sartre qui a séduit le public et qui a donné naissance à l 'Existentialisme et dont on peut penser qu'elle est est à l'origine ( entre autres) de la disparition du carcan bourgeois, s'appuie, donc , sur cette distinction entre deux régions, radicalement opposées:
-l'être pour-soi, c'est à dire la conscience,
-l'être-en-soi qui est cette opacité massive.

"L'en-soi n'a pas de secret: il est massif. Il est en pleine positivité. Il ne connaît pas l'altérité: il ne se pose jamais comme un autre être; il ne peut soutenir aucun rapport avec l'autre.Il est lui-même indéfiniment et il s'épuise à l'être."
                                                                      Sartre, L' Etre et le Néant, 1943.


Clair de lune dans les collines beaussetannes.

Si l'être est défini comme un être en soi, c'est à dire comme un tout, compact et fermé, un réseau de déterminations et de causes à effets, il lui devient impossible d'être libre. Un rocher est un rocher, il n'a pas d'autre identité. C'est la même chose pour le sujet qui s'identifie à ce qui 'l est, pour ne pas éprouver le vertige de la liberté: je suis journaliste, écrivain, professeur, garçon de café " comme un hètre est un arbre ou une truite un poisson".
Ces individus qui s'identifient à ce qu'ils sont, Sartre les appelle les "salauds".
En cela, la pensée de Sartre est le plus puissant des antidotes à tous les communautarismes, toutes les revendications culturelles, politiques, professionelles ou personnalisantes.

Pour que la liberté soit possible, il faut que soit possible un écart par rapport à l' être, une prise de distance qui lui permet de s'arracher, et de se délivrer des déterminations.
La conscience est cet écart: elle se présente comme une région distincte de l'en-soi.
Sartre nomme donc pour-soi, ce mode d être propre à la conscience.

Imaginons être pris sous une coulée de neige: il faut se dégager les yeux pour y voir, écarter la neige pour savoir où l'on est; alors, il est possible de prendre conscience de sa situation. Cest le comportement de la conscience: elle se désenglue de son opacité et de sa massivité en créant de l'espace vide autour d'elle, ce qui permet de mettre les choses à distance et d'en prendre conscience.
Ceci est exprimé dans la formule connue un peu compliquée, mais plus maintenant:
"Etre pour le pour-soi c'est néantiser l'en- soi qu' il est.", Sartre, ibid.

" Toutefois, il n'est pas donné à la réalité humaine d'anéantir même provisoirement, la masse d'être qui est posée en face d'elle. Ce qu'elle peut modifier, c'est son rapport avec celle-ci. Pour elle, mettre hors-circuit un existant particulier, c'est se mettre elle meme hors-circuit par rapport à cet existant.En ce cas, elle lui échappe, elle est hors d'atteinte, il ne saurait agir sur elle, elle s'est retirée par delà un néant.
Cette possibilité pour la réalité humaine de secréter un néant qui l'isole, Descartes, après les Stoïciens, lui a donné un nom, c'est la liberté."
                                                                                             Sartre, L' Etre et le Néant.
Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir


samedi 30 janvier 2010

La conscience comme néantisation (suite)

Pour Didier à Brooklin et aux autres philosophes, penseurs, révoltés, étonnés et poètes.

Se plaçant dans la lignée de Descartes, Jean- Paul Sartre va radicaliser sa théorie de la liberté.
Pour le philosophe du cogito, le moi est encore une chose, une substance, défiini par des caractéristiques bien précises. La découverte de l'intentionnalité permet à Sartre de donner une nouvelle définition de la conscience, non plus comme un rassemblement de soi dans son intériorité mais comme un pur mouvement d' extériorisation, " un éclatement vers le monde".

En effet:" Toute conscience est conscience de quelque chose." C'est la définition donnée par Husserl , le penseur de la phénoménologie dont nous aurons l'occasion de parler mais dont on peut dire rapidement qu'il s'agit d'un retour aux choses mêmes, en éliminant les prismes de la subjectivité, de la théorie, du scientisme et de l'idéologie: être dans la vie comme un cosmonaute arrivant sur une autre planète, m'a t-on dit un jour, je l'ai retenu facilement car question vol-plané-terre, je suis une sorte de champion dans le genre.

Cela, la conscience de quelque- chose, signifie qu'il n'y a pas d'un côté le sujet et de l'autre le réel, mais une mise en relation de l'un et de l'autre.

La conscience devient alors une "digestion": elle absorbe et dissout en elle les choses du monde pour les connaître. le sujet se définit ainsi comme une aventure aux choses, un pur rapport au monde que Heidegger nomme " l'être-au-monde".

Dans son mouvement d'extériorisation, le moi perd ses caractères de chose; il perd toute identité stable et définitive ( ce qui entre nous est excellent pour la santé) et y gagne une liberté absolue, puisqu'il n'est rivé à rien, tenu par rien.

" Toute conscience est conscience de quelque chose: il n'en faut pas plus pour mettre un terme à la philosophie douillette de l'immanence, où tout se fait par compromis, échanges protoplasmiques, par une tiède chimie cellulaire. La philosophie de la transcendance nous jette sur la grand route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière. Etre dit Heidegger, c'est-dans-le-monde. Comprenez cet " être- dans au sens de mouvement. Etre c'est s'éclater dans le monde, c'est partir d'un néant du monde et de conscience, pour soudain, s'éclater-conscience-dans-le-monde.
Que la conscience essaye de se reprendre, de coincider enfin avec elle- même, tout au chaud, volets clos, elle s'anéantit."

                                                                         Jean-Paul Sartre, in Situations I, 1939.

Arc en Ciel de Février.

dimanche 24 janvier 2010

La conscience comme néantisation ou la liberté chez Sartre

La pensée antique s'est employé à définir les objets du monde et à considérer que l'existence humaine était un objet parmi les autres.
La pensée médiévale considéra l'homme comme une créature de Dieu.
Descartes prit comme point de départ la conscience que posséde le sujet de lui- même pour découvrir une vérité absolue, le cogito ergo sum: je ne peux pas douter de ma propre existence. C'est la philosophie de la subjectivité, c'est à dire cette pensée qui fait de la conscience de soi le fondement de toute vérité. Le matin du grand soi pour faire un jeu de mots facile.
Sartre se placera d'emblée dans la lignée de Descartes. Si le sujet conçoit que sa propre existence est le fondement de toute vérité, alors il devient crucial de le définir ( le sujet) pour la pensée, le savoir, l'intelligence. L 'homme n'est pas une pierre ou un arbre, il faut qu'il sache ce qu'il est.

Or la pensée ne pense pas ce qu' elle veut: elle doit obéir à une norme, celle de la vérité qu'elle soit scientifique, sociologique ou politique. Et à fouiller plus, le risque est que la tentative de définition de l'homme passe par le renoncement de son autonomie: je suis contraint par les enchaînement logiques de telle ou telle science.

Comment donc maintenir l'autonomie de l'homme?

Descartes définit la puissance du doute, la possibilité de refuser le faux: il s'agit d'une définition de l' homme par sa puissance de négation. L'homme peut dire non.
" L'expérience de Descartes n'est pas celle de la liberté créatrice ex nihilo, mais d'abord celle de la pensée autonome qui découvre par ses propres forces des relations intelligibles entre les essences déjà existantes."

                                                 Sartre, La liberté cartésienne, 1946,in Situations I.

Cett expérience de l'autonomie ne coincide pas avec la productivité. Finalement, il faut dire oui ou non et décider seul du vrai.Il s'agit d'un acte métaphysique absolu puisque il se place dans l'intellection.
 "Cette liberté, précisemment parce qu'elle ne compore pas de degrés, il est visible qu'elle appartient à tout homme. Ou plutôt, car la liberté n'est pas une qualité parmi d'autres, il est visible que toute homme est liberté. Un homme ne peut pas être plus libre que les autres, parce que la liberté est semblable en chacun."
                                                                                                                                   Sartre ,ibid.


Lumières nocturnes, La Ciotat, vue du Beausset.

Jean Paul Sartre

Jean-Paul Sartre (1905-1980) fut Normalien puis agrégé de Philosophie. Il renonça rapidement à l'enseignement pour se consacrer à ses multiples activités d'intellectuel engagé, dont il contribuera à façonner le type. Cela influencera l'oeuvre philosophique et littéraire. Tout au long de sa vie, Sartre ne cessa de jouer un rôle de tout premier plan dans la vie intellectuelle française et dans les grands débats littéraires, politiques et idéologiques.
Ce que l'on peut appeler son militantisme  repose sur un authentique engagement philosophique de la liberté, liberté qu'il sentait foncièrement compromise face à la densité et à l'opacité du monde.

Hiver

jeudi 17 décembre 2009

Le moine et le philosophe, Jean- François Revel et Mathieu Ricard ***site JF Revel ***

Jardin d'hiver sur les hauteurs du Beausset


" L'échec pratique et le discrédit moral des systèmes politico-utopiques, qui est l'événement majeur de cette fin de XX ème siècle, c'est cela que j'appelle l'échec de la civilisation occidentale, dans sa partie non scientifique.
La réforme sociale devait remplacer la réforme morale, et elle a conduit au désastre, de sorte que l'on se trouve maintenant devant un vide. D'où le regain d'intérêt pour des philosophies plus modestes...qui s'explique par cette fantastique faillite des grands systèmes politiques, des grandes utopies. La science n'a aucune responsabilité dans cette catastrophe."

J-F Revel, Le moine et.... 1997, Pocket, page 237.

Cet ouvrage que je recommande est la traduction écrite du débat entre un père et son fils dont le thème est le sens de la vie.

Jean- François Revel de l'Académie Française est un ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, journaliste, écrivain et auteur de
nombreux ouvrages qui ont exercé une influence internationale.

Mathieu Ricard, docteur es Sciences, a été ordonné moine boudhiste en 1978 et a vécu dans un monastère au Népal. Il est l'interprète du Dalaï Lama depuis 1889.

" La société occidentale a davantage de moyens pour pallier les souffrances nées des conditions extérieures, mais elle manque sérieusement de moyens pour construire le bonheur intérieur."
                                                           Mathieu Ricard, ibid.

( en cliquant sur le titre accès au site de J.F Revel )

mercredi 4 novembre 2009

Un site sur Platon *** la théorie platonicienne des Idées***


La philosophie platonicienne un peu plus détaillée

La philosophie selon Platon***


 La philosophie de l'homme "aux larges épaules" (c'est la signification de son nom ) se définit par opposition à d'autres objets de désir, d'amour ou de passion qui sont: 
-le phil-édonos, la recherche des plaisirs, le sensualisme,
-le phil-argiros, l'amour de l'argent, la rapacité financière,
-le philo-chrématos, la recherche, de la richesse et des profit,
-le philo- nikos, la passion des succés militaires,
-le philo-archos, la passion du pouvoir, que l'on connaît bien et qui m'est complètement étrangère.
On comprend mieux à partir de là l'adjectif, platonique qui ne signifie pas
forcément, chaste,dénué de sexualité, mais qui a un sens plus large que l'on pourrait définir par un détachement des choses au profit de la pensée de l'intellect.

la philosophie a mal commencé


 Philosophie est un mot grec signifiant amour de la sagesse ( philo-sophia ).
Son commencement est gravement entaché par un événement dramatique: les Athéniens condamnent à mort le plus juste et le plus philosophe de tous les temps,
Socrate. Cela se passe en 399 avant JC et Socrate vient d'avoir 70 ans.
Le vieux philosophe doit mourir parce qu'il pose des questions sur tout et ce faisant, il remet en question, ce qui déplaît souverainement, aujourd'hui comme hier.
De plus, il ne croit plus aux dieux de la cité et pour cela il est accusé de corrompre la jeunesse.
Socrate acceptera sa condamnation refusant l'offre d'une possibilité d' évasion et ses derniers mots seront pour son serviteur auquel il rappellera qu'une dette doit être remboursée: il en en effet emprunté un poulet à un de ses amis.
Ainsi la philosophie se développera à partir de ce drame originel.
Socrate n'a jamais rien écrit. Son enseigement,son questionnement seront mis en texte par Platon, sous forme de dialogues dans lesquels il reste fidèle à l'idéal socratique qui sera formulé en doctrine, enrichi d'idées nouvelles, en faisant s'exprimer de façon fictive son maître.
La cité un peu totalitaire que Platon finira par imaginer pour résoudre définitivement la question de la justice aurait sans coup férir fait exécuter Socrate.
Donc tout cela commence mal mais en plus on est pas prêt d'en sortir.
                                                                                   
                                               Pat Palmer (par une matinée d'automne).

lundi 2 novembre 2009

Notions de marxisme ***

Voici un site qui répertorie les notion essentielles du maxisme.

La pensée calculante(suite) La religion de l'économie et ses stigmates

Le lien affiché concerne la théorie marxiste, ce qui peut paraître rétrograde mais le libéralisme d'aujourd'hui ne l'est il pas à son tour ? Je pense que l'on peut  faire un détour par Marx pour comprendre et avoir des arguments critiques face à la religion de l'économie dont voici quelques traits parmi les plus marquants:

   - une société d'opulence avec toujours plus de chômeurs;
   -la logique concurentielle comme norme ou éthique de vie;
   -une impression de rareté créée sur des marchés saturés;
   -un blocus social (rares sont les conflits qui aboutissent);
  -la compétition interne dans les entreprises et une pression accrue sur les salariés (dont on a vu les tragiques effets ces jours derniers);
  -l' acharnement à battre le voisin.


   "Dans la mesure où l'activité de l'Etat vise à la stabilité et à la croissance du système économique, la politique prend un caractère négatif: elle oriente son action de façon à éliminer les dysfonctionnements, et non pas de façon à réaliser des finalités pratiques.
La politique de type ancien était tenue de se déterminer par rapport à des buts pratiques... l'idée d'une vie bonne faisait l'objet d'interprétations qui étaient tournées vers des relations d'interactions. La progammation qui prévaut aujourd'hui ne concerne plus que le fonctionnement d'un système..."

                                                              Junger Habermas, La technique et la science comme idéologie, 1997.


 L'actualité offre un bel exemple de réforme allant dans le sens de cette religion économique: la réforme de la taxe professionnelle défendue avec le plus grand des cynismes par les porte - voix ( je n'ai pas écrit porte- flingue ) du gouvernement. A terme le citoyen un tant soit peut averti sent poindre l'inévitable augmentation des impôts locaux puisque les collectivités territoriales perdront un
volet important de leur financement ( à suivre pour bientôt l 'Assemblée des Maires de France ).

jeudi 29 octobre 2009

La pensée calculante( suite)

 S'il faut bien considérer les aspects négatifs de la technique, il semble que sans celle-ci, il n'y ait pas d' humanité. La technique est fondatrice de l'humanité au même titre que la parole ou la vie en société.
"Il n'est pas de nature de l'homme qu'on pourrait opposer à la technique.Non seulement, l'homme est essentiellement technicien, mais il est lui-même le produit de sa propre artificialisation ou technisation. L'aptitude de l'homme à manipuler son environnement en a fait inextricablement un producteur de paroles et d'outils"
                                                         D. Bourg, L'homme artifice. le sens de la technique, 1996


 L'homme se caractérise par un projet de faire: en amont, il y a ce qui répond à l'angoisse devant l'infaisable; en aval, le désir de faire jusqu'à ses propres limites. Une impulsion qui pousse à " trans- faire". En psychanalyse le transfert est le mécanisme qui fait le non-dit de l'un et de l'autre. De la même façon,les techniques instaurent un espace où les fantasmes  des uns et des autres peuvent se dire, se transférer. Par la technique, il y a une tentative de produire un faire pour atteindre un au-delà qui échappe.
 Les bouleversements de la technique peuvent mettre en cause le principe du droit au travail.(un certain nombre de sociétés transnationales brassent un quart des bénéfices mondiaux sans pour cela créer de emplois en proportion- fait dénoncé par les alter- mondialistes au sommet de l'OMC à Seattle).Cela est formulé aussi par le sociologue américain Jérémy Rifking, La fin du travail, 1997.
"Depuis la dépression des années trente, jamais le chômage n'a été aussi élevé. Les technologies de l'information envahissent la distibution,les banques, les tranports, l'agriculture, ou l'administation après avoir submergé l'industrie. Beaucoup de postes d'ouvriers, secrétaires, réceptionnistes,vendeurs, grossistes ou petits cadres sont condamnés.Quant aux jobs créés,ils sont surtout temporaires et souvent mal payés."


 Une société duale s'installe: une élite contrôlant une économie de plus en plus internationnalisée, de l'autre, un nombre croissant de salariés dont les emplois sont en danger permanent de délocalisation et sont souvent dénués de sens dans un univers automatisé.


 "Le travail n'est plus au fondement de notre société. Il n'est plus qu'un souci annexe de rentabilité des capitaux. A bien des égards celui qui travaille est même devenu une gêne, un grain de sable dans la machine à produire du profit."


                                                 Viviane Forrester, L'horreur économique,1996.

jeudi 22 octobre 2009

La barbarie du sujet

La barbarie du sujet



"J'aurais péri infailliblement si, par la force de mes propres bras, je ne m'étais enlevé par mes propres cheveux, moi et mon cheval, que je serrais fortement entre mes genoux"

R.E. raspes, Les aventures du baron Münchhauser



Aux deux bouts de l'histoire, l'oracle de Delphes et l'oracle de Vienne, Socrate et Freud, délivrent un enseignement similaire: là où est le chaos l'ordre doit advenir. Le ça qu'on écrase nécessite d'être sublimé en moi qu'on élève, pour donner naissance à cet être double qui vit et qui meurt de la lutte entre les pulsions d'Eros et les convultions de Thanathos .

De l'âme et du monde comme unification dans la raison universelle à l'homme intérieur détenteur de la vérité.

Dans l'antiquité, on voit converger l'âme, l'homme intérieur la personne et la conscience. Ces instances tiraient leur essence et leur dignité d'une origine extérieure à l'homme, divine ou démonique (une transcendance en mal ou en bien). La source vitale était ressentie dans une excentration qui interdisait à l'homme de se reposer en soi. Ainsi chez Platon, l'âme attachée à une étoile et fixée dans le monde est formée des Formes Pures étrangères entre autre au corps qui la reçoit et à l'univers qu'elle habite. Lorsque l'âme se détache du monde, elle sombre dans le chaos de la matière et le bourbier de la barbarie.

Chez les premiers Chrétiens, la quête de soi s'ordonne naturellement autour de cette intuition équilibré d'une âme ouverte sur l'univers et habitée par la divinité.

Au VI siècle, le pluriel de délibération (d'énonciation dirait le prof de Lettres) de la Genèse sera interprété comme des partitions réelles entre les personnes divines: seront distingués le Père,le Fils et l'Esprit Saint. C'est la naissance de la notion de personne qui ouvre l'espace à une nouvelle anthropologie qui insiste sur l'individuation et affaiblira le lien initial avec Dieu. La personne sera définie par Boèce comme" naturae rationnalis individua substancia"- une substance individuelle de nature rationnelle-.

La notion de conscience que Cicéron assimilait àla raison universelle interviendra plus tard, dans le monde chrétien pour témoigner de la parole de Dieu en l' homme. Le centre de gravité chrétien ne se trouve plus dans la Loi ancienne où sont restés les Juifs( extérieure à l'homme) mais dans la seule personne du Christ : " Vous tous, en effet, qui avez été baptisé en Christ, c'est le Christ que vous avez revêtu". ( Saint Paul).

L'esprit de Dieu en tant que règle morale universelle est fixé dans la conscience et la conscience dans l'intériorité, tout en sauvegardant l'extériorité de la source. C'est ce qui attache l'âme individuelle à l'âme du monde et avec les autres âmes : se trouve là les prémices de la raison kantienne qui place l'homme au centre de l'Univers. L'âme va sombrer dans "l'idion" et devenir une individualité livrée à son abandon. Ce mouvement de retrait de l'âme détachée du monde et de Dieu peut être interprété comme un processus d'intériorisation de la barbarie. Le barbare ne sera plus de l'autre côté du limes contenu par les frontières de la raison ou celles de la civilisation : il sera désormais à l'intérieur de soi. L'homme moderne va découvrir en lui cette fissure de l'âme, d'un côté un homme voué à l'universel (tel que le pensera l'humaniste de la Renaissance et de l'autre, un sujet replié sur le particulier, tel que le rêvera l'individualiste des Modernes. Cette fissure entre l'homme universel et le sujet va s'élargir pour devenir une fracture, bientôt un gouffre qui séparera l'homme de lui même.

Dès lors que le sujet tire son identité du seul entendement et que ce faisant il entre dans un processus de dissociation, dissociation de l'homme et de Dieu, de l'homme et du Monde, il contraint son identité à se soumettre à cette même dissociation. Celle-ci ( l'identité) met d'un côté sa dimension substancielle (sa nature profonde exprimée par l'universalité de l'homme, l'âme ou personne et de l'autre sa dimension formelle, c'est à dire le mode de fonctionnement du sujet défini par ses procédures internes, le labyrinthe). Le sujet moderne est fait de ses procédures de réflexion qui ne le renvoient jamais ou trop rarement à un contenu extérieur.

" Le passage de la substance à la procédure, d'un ordre qu'on trouve à un ordre que l'on construit, représente une immense intériorisation par rapport à la tradition morale platonico-aristotélitienne" . Taylor, Les sources du moi.

" L'autoproduction du sujet moderne, c'est l'autoproduction des règles virtuelles qui ne dépendent plus, à l'extérieur, d'une réalité universelle, mais d'un enchaînement de procédures formelles privées de finalité et de signification".

D'après JF Matthei, La Barbarie Intérieure.



L'homme contemporain

L'homme contemporain ne se conçoit plus comme un être subtanciel relevant d'une essence spirituelle, ce qui impliquerait la notion d'âme, mais comme un sujet procédural. La procédure se substitue désormais à la fin et le formalisme des opérations à la vérité de leur contenu. "L'intériorité du sujet évoque plutôt des enfilades de couloirs, de corridors, de bifurcations définies par des règles qui, suivies de façon correcte, ne conduisent l'homme qu'à son propre labyrinthe." JF M.

Le sujet contemporain fonctionne non pas avec un supplément mais un moignon d'âme. La plupart des hommes contemporains sont des barbares complaisants, nomades de leur propre désert.



Composition du sable mou de l'humanité
- la stratégie du vide,
- l'atomisation,
- l'apathie frivole,
- la désubstancialisation,
- la liquéfaction,
- la dissolution,
- la subjectivité totale sans but ni sens,
- le degré zéro du social,
- le repli douillet dans le ghetto intime,
- le narcissisme dans des relations humaines barbares et conflictuelles,
- la déchéance de l'inter subjectivité,
- le sentiment du vide intérieur,
- la culture individualiste et jusqu'au boutiste,
- un fond suicidaire,
- l'éclatement de la personnalité,
- la programmation disparate du moi,
- l'éradication des modèles transcendants,
- les violences sauvages,
- l'effet hard corrélatif de l'ordre cool,
- les tendances à l'autodestruction.

L'homme antique fondait la qualité de son âme sur le monde et ses néccesités ou un au- delà du monde platonicien, le Bien et ses déclinaisons. L'homme moderne fonde son moi sur lui-même : Me, myself, and I.

Ainsi : "Le subjectivisme extrême de l'homme moderne se manifeste par une double fuite ou une double retraite à l'égard du réel: la fuite de la terre pour l'univers et la fuite du monde vers le moi, avec le repli de la pensée réduite à un simple processus sur une conscience de soi totalement vide" Hannah Arendt


Le sujet moderne est un sujet dilaté, un sujet infini, refermé sur la clôture de son prope soi comme le dit Nietzche.

A ce niveau pour attrister un peu plus l'éventuel lecteur (ce début de blog est sélectif, ou ça passe ou ça casse, après le reste sera plus joyeux, plus porteur d'espoir), je ne résiste pas de citer les dernières lignes de la superbe métaphore filée d'Henri Laborit que l'on trouve à la fin de son essai, L'éloge de la fuite, 1976.

" Les hiérarchies occupèrent l'espace humain. Elles distribuèrent les objets et les êtres, le travail et la souffrance, la prospérité et le pouvoir. Les plumes bariolées des oiseaux de mes rêves remplissaient l'espace au hasard comme le nuage qui s'échappe de l'oreiller que l'on crève avec un couteau. Au lieu de conserver la majestueuse ordonnance de la gorge qui les avait vu naître, elles s'éparpillaient rendant l'air irrespirable, la terre inhabitable... les espèces dispararurent et l'homme se trouva seul au monde.

Il se dressa orgueilleusement, face au soleil, trônant sur ses déchets et ses oiseaux morts. Mais il eut beau tendre ses bras et refermer ses doigts sur les rayons impalpables, nul miel n'en coula.

Et du haut du clocher de ma cathédrale je le vis s'étendre et mourir. Le nuage de plumes, lentement s'afaissa sur la terre.

A quelques pas de là, perçant le tapis bariolé dont il l'avait recouverte, on vit lentement poindre une tige qui s'orna bientôt d'une fleur.

Mais il n'y avait personne pour la sentir."




jeudi 8 octobre 2009

Le mal penser

La pensée est la plus haute vertu.

Héraclite


Les hommes ont le tort de juger d'un tout dont ils ne reconnaissent que la plus petite partie.

Voltaire


 Edgar Morin fait de la complexité un problème fondamental à élucider. Au chapitre IV du sixième volume de La Méthode 2004, l'auteur énonce les différents modes du "mal-penser".


Edgar Morin


"Le mal-penser" :


1 / le morcellement et le cloisonnement des connaissances,
2/ l'ignorance des contextes,
3/ la simplification (" le black-out des complexités"),
4/ l'immédiateté, l'oubli du passé et la considération d'un avenir à court terme,
5/ l'absence de prise en compte de la relation passé, présent, futur,
6/ l'agir dans l'urgence et l'oubli de l'urgence de l'essentiel,
7/ La prédominance donnée au quantifiable et l'ignorance des notions de vie, d'émotion, de pensée, de malheur, de bonheur,
8/la logique déterministe et mécaniste de la machine artificielle appliquée à la vie sociale,
9/ l'élimination de ce qui échappe à une rationalité close,
10/le rejet des ambiguités et des contradictions comme erreurs du passé.
11/l'aveuglement face au sujet individuel et à la conscience,
12/l'obéissance au paradigme de la simplification,
13/l'insuffisance d'outils de compréhension et de diagnostics,
14/l'exclusion de la compréhension humaine.


 Certains de ces points méritent d'être développés, c'est ce que je ferai dans le courant de ce site.